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Retour aux Chagos : intenses émotions

Ce voyage à but scientifique dure une quinzaine de jours.

L’expédition se poursuit sur l’archipel des Chagos. Alors que les cinq Chagossiens à bord ont retrouvé leur terre, ce voyage n’est pas épargné par les critiques. 

Les images ont fait le tour du monde. Celles de mains levées au ciel et d'yeux pleins de larmes. Des images d’hommes et de femmes qui, genoux à terre, ont embrassé avec le cœur lourd cette terre dont ils avaient été chassés et où ils n’avaient plus remis les pieds depuis de longues années. Leur terre, les Chagos, objet d’une interminable bataille légale entre Maurice et la Grande-Bretagne qui refuse de céder malgré le jugement de la Cour internationale de justice de La Haye en 2019, décrétant qu'elle doit rendre l’archipel des Chagos à Maurice, et la résolution du gouvernement mauricien devant l’Assemblée générale des Nations unies.

 

Le 8 février dernier, Maurice a entamé un voyage à Blenheim Reef sur le bateau Bleu de Nîmes, qui a levé l’ancre aux Seychelles. Cette expédition, a expliqué Pravind Jugnauth, a pour objectif de mener une étude scientifique pour délimiter le territoire entre la zone économique de Maurice et celle des Maldives, mais elle est surtout primordiale dans le combat pour la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. À son bord, l’ambassadeur mauricien auprès des Nations unies, Jagdish Koonjul, des techniciens, des scientifiques, cinq Chagossiens, dont Olivier Bancoult, président du Groupe Réfugiés Chagos, des journalistes anglais et américains, mais pas un seul représentant de la presse locale.

 

C’est donc à travers la presse étrangère que les Mauriciens ont pu découvrir les images de ce retour lourd en émotions et hautement symbolique pour ce peuple chassé de ses terres par l’occupation anglaise. Les larmes de Suzelle Baptiste à l’approche de son île ont touché plus d’un. «Ça représente beaucoup pour moi.» À travers elle, c’est aussi sa famille qui vit un grand moment. «La famille est contente qu’elle fasse partie du voyage. C’est émouvant de la voir là-bas. On n’a pas vraiment de contact, mais on sait qu’elle est très heureuse d’y être parce qu’elle n’a pas pu profiter de son île natale. Nous sommes de tout cœur avec elle», nous confie sa fille.

 

«Un grand moment»

 

Désormais, c’est avec impatience qu’elle attend le retour de sa mère pour en savoir plus sur cette expédition. «On attend son retour pour qu’elle puisse tout nous raconter avec plus de détails. Ça a toujours été son combat auprès des autres membres du CRG pour retourner sur les Chagos. Même si c’est à la dernière minute qu’elle a été choisie, on est sûrs que c’est un honneur
pour elle.»

 

En débarquant sur la plage de Peros Banhos, l’une des plus grandes îles des Chagos, les cinq Chagossiens ont embrassé le sable de cette terre qu’ils ont longtemps rêvé de fouler en toute liberté. «C’est un grand moment. C’est notre lieu de naissance. Comment peuvent-ils nous refuser ce droit ?» a déclaré Olivier Bancoult à la BBC. Leurs premiers pas sur leur île les ont emmenés vers la jetée en ruine, la vieille voie ferrée ou encore l’ancienne église, faisant remonter chez eux de vieux souvenirs d’enfance. Ensemble, la délégation a hissé le drapeau mauricien qui n’avait pas flotté depuis des décennies. Une plaque commémorative y a même été installée.

 

Un moment historique qui ne se fait pas, cependant, sans polémiques. En effet, le gouvernement britannique a peu apprécié que le quadricolore flotte dans le ciel chagossien, jugeant cette action de Maurice provocatrice et déplacée. Le Foreign Commonwealth and Development Office persiste et signe malgré tout. Dans un communiqué, il a affirmé que «Maurice n’a jamais détenu la souveraineté sur le territoire et le Royaume-Uni ne reconnaît pas sa revendication». La réplique de Pravind Jugnauth ne s’est pas fait attendre. Il a ainsi qualifié le gouvernement de Boris Johnson de «conservateur» et «lamentable», affirmant que la position de l’Angleterre fait «pitié».

 

Outre le gouvernement britannique qui refuse de céder, des critiques sont aussi venues du groupe Chagossian Voices qui représente les Chagossiens installés en Grande-Bretagne. Si la communauté chagossienne a été aussi soudée que divisée par le passé, cette expédition sur les Chagos ne fait pas l’unanimité.

 

Ils parlent «d’insultes» et de «provocation» de la part du gouvernement mauricien qui enverrait à travers ce voyage «un mauvais signal», de «cirque médiatique», de «coup politique» et de «voyage de vanité» sur un yacht de luxe. Ils dénoncent ainsi un manque de communication dans l’organisation de ce voyage alors que certains ont affirmé que «les Chagossiens ne sont pas mauriciens. Nous sommes britanniques». La somme dépensée pour financer ce voyage – Rs 40 millions – attire aussi les foudres. À Maurice, l’opposition a évoqué un gaspillage de l’argent des contribuables. Face aux critiques, principalement celles venant de la communauté elle-même, les cinq Chagossiens n’en démordent pas. Dans The Guardian, Rosemonde Bertin déclare : «Ceux qui parlent contre ce voyage ne sont pas nés là-bas, contrairement à nous. Ça me fait mal au cœur.»