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Marche du 29 octobre : les jours d’après

«L'ensemble de la population peut se montrer très concernée par un danger qui nous menace tous, comme dans le cas du Wakashio. Mais se sent-elle concernée de la même manière quand il s’agit d’un agent d’un parti qui était engagé dans des pratiques peu recommandables ?» se demande Patrick Belcourt en évoquant la marche du 29 octobre.

Une nouvelle manifestation pour dénoncer des scandales et la gestion des autorités a eu lieu le samedi 29 octobre dans la capitale. Que faut-il retenir de ces manifestations contre le gouvernement ? Bilan et analyses...

Quelles sont les leçons à retenir de la marche citoyenne du 29 octobre, organisée par Bruneau Laurette (à nouveau sous le feu des projecteurs cette semaine après son arrestation pour «trafic de drogue» et «possession d'armes à feu»), qui avait présenté cette manifestation comme un hommage au défunt Soopramanien Kistnen – décédé dans des circonstances troublantes – et aussi comme un moyen de dénoncer une nouvelle fois la gestion du gouvernement ? Ces rassemblements servent-ils à quelque chose ? Pour Bruneau Laurette, sollicité sur le sujet (avant son arrestation), la réponse est «oui» et pour lui,  l’objectif a été atteint.

 

«J’ai positionné les citoyens comme une opposition active. Avec le recul, une semaine après la marche du 29 octobre, je me dis que j’ai pu le faire, j’ai pu organiser une marche avec le succès que ça a eu. Je n’ai payé personne pour qu’il vienne. Je n’ai pas donné de bus, ni de briyani. Les gens se sont déplacés de leur propre chef. Pour moi, cela veut dire que la masse était venue pour voir. Pour moi, c'est très positif parce que ça démontre que les partis politiques doivent compter avec cette masse de citoyens pour amener le changement comme alternance pour le prochain gouvernement», nous a déclaré Bruneau Laurette le jeudi 4 novembre ;  il analysait toujours, à un jour de son arrestation, les retombées de sa dernière marche.

 

Pour Patrick Belcourt, d'En Avant Moris, qui était présent à la marche, tout le monde ne peut faire le même bilan de cette marche. «Je crois que Bruneau Laurette, en tant qu’organisateur, voulait éprouver la volonté des Mauriciens pour voir dans quelle mesure ils pouvaient passer du virtuel au réel pour exprimer leur mécontentement et leurs appréhensions. Il aura pu voir qu’il y a une masse qui a répondu à son appel, même si on doit honnêtement reconnaître qu’il ne s’agit plus de la même foule qui avait répondu à son appel initialement. Si l’on considère, du point de vue de ceux qui sont opposés à Bruneau Laurette, il est évident qu’ils vont interpréter la même marche comme une érosion de l’effet Laurette. Les deux réalités existent mais pour un véritable bilan, il nous faut sortir de ces logiques partisanes et éventuellement se mettre à la place de ceux qui ne sont pas venus à la marche. Quelle est la part qui relève du désintérêt ? Et quelle est celle qui relève de la désaffection ? Fallait-il s’en tenir à une seule cause pour mobiliser les gens ? Ce sont autant de questions que je me pose très honnêtement. Je me dis, par exemple, que l’ensemble de la population peut se montrer très concerné par un danger qui nous menace tous, comme dans le cas du Wakashio. Mais se sent-elle concernée de la même manière quand il s’agit d’un agent d’un parti qui était engagé dans des pratiques peu recommandables ? En tant que responsable politique, j’essaie de me livrer à une analyse honnête plutôt que de tenir un discours complaisant du fait que j’étais participant à cette marche», nous dit-il.

 

«De mal en pis»

 

Pour le leader d’En Avant Moris, s’il y a un résultat qui compte pour lui, c’est l’intérêt public. «La question d’une police qui détourne des enquêtes, qui torture et commet des abus est une question d’intérêt général. Par son attitude sur ce problème, le Premier ministre en fait une question partisane. Et quand on s’obstine à ne pas reconnaître un problème, on ne le résoud pas, on l’aggrave. Et si ça continue d’aller de mal en pis, je n’ose pas imaginer ce que cela pourrait être pour lui s’il venait à perdre les élections. Donc, le résultat de ce genre de marche est, en réalité, bénéfique pour le gouvernement. Encore faut-il qu’il tienne compte de ces expressions populaires et montre une volonté de changement.  Son porte-parole, le ministre Maneesh Gobin, s’est montré méprisant au sujet de la marche en évoquant un ''galimatia''. Je trouve cela indigne d’un homme politique», souligne Patrick Belcourt.

 

Est-ce que l’absence d’union au sein de l’opposition et l’opposition extra-parlementaire a joué, selon lui, contre la marche ? «J’avoue que je me pose des questions sur cette unité attendue de la part des partis d’opposition, qu’il s’agisse de l’opposition parlementaire ou extra-parlementaire. Est-ce que cette unité ne vient pas renforcer la bipolarisation de la vie politique ? C’est cette bipolarisation qui mène ensuite au choix des candidats selon des considérations communales et qui fait que l’on retrouve les mêmes partis au gouvernement comme dans l’opposition. Je me suis plus d’une fois prononcé en faveur de la diversité des orientations en politique. Comme vous pouvez le constater, En Avant Moris peut exercer sa solidarité en participant à la marche mais en même temps, nous tenons à notre spécificité. Je suis persuadé que la population mauricienne apprécie qu’on la traite de manière mature. L’absence de diversité interdit aux électeurs d’exercer un choix éclairé et condamne la population au fanatisme politique. C’est un tort immense qui est fait à la démocratie», fait ressortir Patrick Belcourt.

 

Du côté de Democracy Watch, le Dr Michael Atchia estime que même si la foule du samedi 29 octobre n’a rien à voir avec celle de 2020, ce genre de manifestation est un message que la rue envoie à nos dirigeants. «C’est l’expression de la démocratie. C’est une excellente chose que les citoyens puissent s’exprimer, du moment que ce soit bien fait, avec des demandes spécifiques et des propositions. Les politiciens avisés ont intérêt à écouter et entendre ce qui est dit», conclut le Dr Michael Atchia.