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DLD Teen Hope Project : L’école qui sauve les enfants de la rue

L’école de pâtisserie et de boulangerie de DLD Teen Hope Project propose de nouvelles opportunités aux élèves.

Être des recalés du système scolaire, ce n’est pas la fin de tout. C’est ce que prouvent, chaque jour, les élèves du DLD Teen Hope Project, une école non-formelle de Cité-La-Cure, où les jeunes apprennent à lire et à écrire et où ils sont formés à des métiers. 

Nichée en plein cœur de Cité-La-Cure, elle se dresse comme un rempart contre l’exclusion sociale. Bien plus qu’une simple école, elle se dessine comme un refuge, un cocon qui accueille et qui protège de la rue et de ses dangers. Là-bas, on n’apprend pas uniquement à lire, à écrire et à compter. Chez DLD Teen Hope Project, tout ne se passe pas uniquement dans les livres. On y apprend d’abord à croire et à avoir confiance en soi. On y apprend surtout un métier afin qu’une fois le moment venu, on puisse devenir autonome et indépendant. Pour y arriver, on y apprend donc à faire des efforts. Tout le temps. Voilà, en gros, la mission de DLD Teen Hope Project, une école non-formelle de l’ANFEN (Adolescent Non Formal Education Network), qui accueille les jeunes qui sont en échec scolaire pour les former et leur permettre d’intégrer durablement la société.

 

Récemment, ce centre d’apprentissage est allé encore plus loin dans son engagement en lançant une école de pâtisserie et de boulangerie afin de permettre aux élèves de 14 à 16 ans d’apprendre et de se former à ces métiers, avant de pouvoir intégrer les hôtels, les entreprises ou pourquoi pas se lancer à son compte. «Cette école de pâtisserie, menée à bout de bras par Jacques Nauvel, Project Coordinator, a pour objectif de faire découvrir ce métier à ces jeunes pour qu’ils puissent développer une carrière et devenir des professionnels. La pâtisserie, c’est aussi académique. C’est une classe à part entière. Il faut connaître les chiffres pour pouvoir faire les pesées, calculer les prix. Il faut savoir lire pour comprendre les recettes et les réaliser», explique Joyce Lamarque.

 

Pouvoir faire que ces enfants bénéficient d’une deuxième chance et puissent trouver, un jour, un emploi qui leur permettrait de s’intégrer pleinement à la société, c’est l'un des objectifs principaux de DLD Teen Hope Project. Dans cette cité, tout a commencé il y a 22 ans suite à un constat d’une habitante. «Dolly Lamarque Duc, ma sœur, était infirmière. À l’époque, elle avait vu que beaucoup de jeunes filles avaient quitté l’école après des échecs et passaient leurs journées à ne rien faire. C’était des enfants de rue. Elle a alors monté un projet d’école avec le Dr Reshad Abdool, avec qui elle travaillait à ce moment-là.» Lorsque Dolly en parle à Joyce, qui est elle aussi très impliquée dans le social, cette dernière est immédiatement séduite par l’idée. «Ma sœur est décédée peu de temps après, sans voir son rêve se réaliser. L’association Noyau Social, qui regroupe plusieurs habitants du quartier, a repris le projet et l’école est née. Elle a été baptisée DLD, en référence à Dolly Lamarque Duc», raconte notre interlocutrice.

 

L’école débute alors dans une petite salle d’un centre communautaire avec quinze enfants. Aujourd’hui, ils sont 96 à bénéficier de l’enseignement et de l’accompagnement de DLD Teen Hope Project. Outre les classes de sport et les classes académiques réparties en plusieurs niveaux, qui proposent aux enfants un apprentissage taillé sur mesure, ils ont aussi droit à de nombreux ateliers – comme la peinture, l’artisanat et la musique dont s’occupe Rechad Chummun – qui les forment à de nouvelles compétences.

 

Un lien entre les parents et l’école

 

Chaque jour, les élèves reçoivent le petit déjeuner à l’école. Ceux qui viennent de milieux difficiles reçoivent aussi le déjeuner. «Nous collaborons avec un travailleur social qui fait le lien entre les parents et l’école. Nous devons connaître le background, les conditions familiales de l’enfant, pour l’accompagner au mieux», souligne Joyce Lamarque. Au fil des années, elle dit avoir vu Cité-La-Cure changer de visage à travers celui des jeunes qu’elle a vu défiler devant ses yeux. «Il n’y a pas que du mauvais dans une cité. Il y a aussi beaucoup de bon. Ces jeunes en sont la preuve.» Ceux qui, à un moment donné, se sont retrouvés en dehors du circuit scolaire, ont su se relever et avancer. Chaque année, de nombreux élèves intègrent la formation du Projet Employabilité Jeunes (PEJ) du groupe hôtelier Beachcomber, y suivent leur formation, avant de décrocher un emploi dans un hôtel. Les success stories, confie Joyce Lamarque, sont nombreuses.

 

C’est dans cette optique que son équipe et elle ont lancé l’école de pâtisserie et de boulangerie. Avec ce nouveau volet, c’est de nouvelles opportunités d’entrepreneuriat et d’employabilité qui se dessinent. Les classes sont menées par Jason Selmour, sportif et pâtissier autodidacte, qui a lui aussi quitté les bancs de l’école jeune, avant de pouvoir trouver sa voie. Il est épaulé par Véronique qui, après des cours, est venu rejoindre l’équipe. «J’étais venu ici il y a quelques années pour une causerie. Cette école m’a touché et j’ai eu envie de m’investir. Quand j’ai entendu parler du projet de monter une école de pâtisserie, je me suis dit, pourquoi ne pas venir partager mes connaissances et mon expérience avec ces jeunes», lance Jason Selmour.

 

Dans les classes de pâtisserie et de boulangerie, construites grâce au soutien d’un généreux donateur, les élèves découvrent avec enthousiasme et envie ce nouveau monde. Il y a Jeaneshta, 12 ans, Anastasia, 15 ans, Valencia, 14 ans, ou encore Winnans, 13 ans, qui au fil des jours prennent de plus en plus de plaisir à découvrir ce métier, à lire les recettes et à faire toutes sortes de petits calculs. Chaque semaine, ils réalisent plusieurs recettes de napolitain, de pain au chocolat, de pizza, de palmier ou encore de chemin de fer, entre autres, qui les poussent un peu plus à vouloir en faire leur métier. Si Anastasia aimerait bien ouvrir sa petite pâtisserie, Winnans et Jeaneshta, comme beaucoup de leurs camarades de classes, aimeraient faire carrière dans l’hôtellerie.

 

Rien d’impossible, à condition d’y croire et de le vouloir.