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Corporate Social Responsibility : Le parcours du combattant des ONG

Plusieurs ONG ont été contraintes de mettre un frein à leurs services par faute de moyens.

Ils ont pris l’engagement de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin mais ne savent plus comment faire pour continuer leurs actions. Faute de financement, plusieurs associations menacent de mettre la clé sous la porte.

Angoisse. Incertitude. Crainte. Face à l’avenir, ce sont les sentiments qui prédominent. Aujourd’hui, alors que leur vocation est de venir en aide aux personnes vulnérables, les ONG ont de plus en plus de mal à remplir cette mission. Partout, le discours est le même. Tous décrient les nouvelles règles de la Corporate Social Responsibility (CSR) selon lesquelles les entreprises doivent remettre 50 % de leurs profits à la Mauritius Revenue Authority (MRA) avant que cette somme ne soit dirigée vers la National Corporate Social Responsability (CSR) Foundation, une instance créée dans le dernier Budget avec pour objectif de gérer les projets CSR. 

 

Importants acteurs de la société, ces travailleurs sociaux et de terrain s’engagent chaque jour à faire reculer la pauvreté, à tendre une main bienveillante à ceux qui vivent dans des conditions précaires et à ceux qui essaient de dépasser leur handicap. Grâce à leur expertise et leur savoir-faire, ils encadrent ceux qui luttent contre la drogue ou l’alcoolisme, offrent un service souvent omis par les autorités, militent pour de meilleurs soins, soutiennent les enfants exclus du système scolaire afin de leur donner une deuxième chance, accompagnent ceux qui, malmenés par la vie, essaient d’être autonomes. 

 

Cependant, depuis plusieurs mois, les fonds se font rares, menaçant leur fonctionnement. Certains ont même été contraints de mettre un terme à certaines de leurs activités. Il y a d’abord eu le Mahébourg Espoir Education Centre, dont la Manager, Sylvie Mayer, partageait dans les colonnes de5-Plus dimanche en avril dernier son inquiétude et sa crainte d’une éventuelle fermeture. Récemment, c’est l’association Ki Nou Été, qui œuvre pour la réinsertion des ex-détenus, qui s’est vue dans l’obligation de cesser une partie de ses activités. Il y a aussi l’association Espoir Revivre Barkly qui, toujours faute de financement, a été contrainte de fermer son local et de revoir à la baisse ses activités. 

 

L’école Joie de Vivre, un atelier de formation du réseau ANFEN (Adolescent Non Formal Education Network), est également menacée de fermeture si les fonds n’arrivent pas bientôt. Comme ces dernières, de nombreuses associations sont aujourd’hui dans le rouge. Pour survivre, elles comptent sur la générosité des Mauriciens, organisent des levées de fonds, comptent sur les rares bailleurs de fonds qui continuent, malgré la nouvelle formule de CSR, de les soutenir.  

 

Mais le parcours, disent les responsables d’ONG, reste difficile et semé d’embûches. Depuis que plusieurs bailleurs ont coupé court à leur financement, lance Koomaren Viken Vadeevaloo, Manager d’ANFEN, les ONG et leurs bénéficiaires ont vécu dans le flou jusqu’au Budget 2017. «Certains services n’ont pu être offerts et comme il y en a qui étaient essentiels, nous avons eu à jongler avec des activités de levée de fonds ou de réduction de budget ici et là.» Alors que beaucoup de portes se fermaient, les projets, eux, n’avançaient pas. «Il y a un blocage dans le mécanisme de centralisation partielle des fonds. L’administration gouvernementale est sujette à des lourdeurs. Cela pose problème. Nos projets en pâtissent et nous avons des difficultés à faire des prévisions ou à développer des services pour toucher davantage de bénéficiaires.»

 

Pour Friends In Hope, qui s’occupe des personnes atteintes de troubles mentaux, l’impact a été direct, la santé mentale ne figurant pas parmi les six axes prioritaires que le gouvernement a mis en place pour le financement des ONG. Depuis l’année dernière, souligne la responsable Neetysha Sawoky, l’association fait face à une importante crise financière. Face à l’incertitude des compagnies privées par rapport aux nouvelles mesures, le financement s’est fait rare. «C’était la même réplique à chaque fois qu’on frappait à une porte. Il nous a fallu trouver d’autres moyens pour que le centre puisse continuer à opérer. Nous avions cherché de l’aide, fait des levées de fonds, tout en sachant que nous pourrions mettre la clé sous le paillasson si la situation financière ne s’améliore pas», explique-t-elle. Avec un financement au compte-goutte, il a fallu, confie Neetysha Sawoky, jongler pour sauvegarder les emplois et ne pas laisser les services aux bénéficiaires. 

 

«Cut cost»

 

Pour survivre, l’association a banni les recrutements et travaille avec un personnel réduit. Elle mise tout sur le fund-raising et a mis sur pied un projet de poules pondeuses. «Soyons réalistes, ces revenus ne peuvent couvrir qu’une infime fraction de nos dépenses. Nous n’avons pas fait de recrutement cette année. D’ailleurs, nous travaillons avec un personnel limité. Nous continuons à solliciter de l’aide auprès des entreprises et avons aussi soumis notre demande à la National CSR Foundation.»Pour Neetysha Sawoky, la santé mentale est l’affaire de tous. Les chiffres démontrent d’ailleurs qu’une personne sur cinq en souffre. «De plus en plus de personnes viennent vers nous pour les thérapies ou le service conseil. Malheureusement, à un certain moment, nous n’aurons pas d’autre choix que de refuser.»

 

Depuis les nouvelles règles, les associations ont vu les dons diminuer drastiquement. Étoile d’Espérance, centre de Réhabilitation pour les femmes dépendantes de l’alcool, a dû «cut cost» tout en ne baissant pas les bras. «Forts de notre expérience de 19 ans sur le terrain et malgré cette incertitude, nous avons continué le travail en espérant voir une éclaircie. Le plus dur, je pense pour les ONG, a été l’attente et le manque de communication», souligne Micaëlla Clément, directrice associée du centre. Après de longs mois de doute et de lutte, l’association a récemment appris que l’un de ses projets a été approuvé et que le décaissement se fera au mois d’octobre. Cependant, ce n’est pas le cas de tout le monde. 

 

Si AILES, association qui soutient et accompagne ceux qui souhaitent décrocher de la drogue, était pour un changement dans la gestion du CSR, l’équipe a vite désenchanté. «Nous espérions un nouveau système transparent, rapide, efficace. Notre projet a été classé “Non prioritaire”. Si les fonds ne tombent très vite, nous serons obligés d’arrêter certaines de nos actions et de licencier du personnel», soutient Brigitte Michel. Aujourd’hui, dit-elle, il est temps que la drogue et le VIH soient traités au même titre que la cause de la violence envers les femmes ou autre. «Ils doivent comprendre que le travail que nous faisons est dur, de longue haleine, fait de persévérance et que nous sommes essoufflés par le manque de personnel et de moyens.» 

 

Alors que le nombre de décès causés par la drogue ne cesse d’augmenter, il est temps, déclare Brigitte Michel, que les choses changent. «Le comité vient d'accepter de nous allouer la moitié de ce que nous avions demandé à la NCSR. Si nous avions plus de moyens, nous serions en mesure de soutenir plus de personnes et de sauver des vies. Pour le moment, on fait ce qu’on peut.» 

 

Parmi les ONG, il y a ce sentiment d’amertume mais aussi d’impuissance. Brian Pitchen d’ Espoir Revivre Barkly est, confie-t-il, à court de mots. Récemment, il a dû fermer le bureau de l’association et mettre un terme à plusieurs actions. «Nous n’avons pas les moyens pour continuer notre travail alors que nous pouvons faire beaucoup plus. Au quartier général, nous recevions les dépendants et leur famille, nous faisons la prévention et l’accompagnement ainsi que la canalisation vers d’autres services mais nous avons dû fermer.» Face aux critères de la CSR qu’il estime trop rigides, plusieurs projets ont été rejetés. «Nous sommes là pour faire reculer les problèmes sociaux, que ce soit la drogue, l’alcool, le VIH, le handicap, l'éducation, entre autres. Si toutes les ONG décident de fermer, ces bénéficiaires-là iront où ? Nous ne sommes pas des mendiants mais des acteurs principaux de cette lutte», lance Brian Pitchen. Aujourd’hui, tout le monde attend plus de dialogue avec les responsables de la National CSR Foundation. Ce n’est que comme ça, disent-ils, que les choses pourront avancer dans la bonne direction. 

 

CSR : 297 projets acceptés 

 

C’est en 2009 que la Corporate Social Responsibility (CSR) est introduite. Selon celle-ci, les entreprises doivent injecter 2 % de leurs profits dans des projets sociaux de leur choix. Mais dans le dernier Budget, Pravind Jugnauth est, lui, venu créer la National Corporate Social Responsability (CSR) Foundation, placée depuis sous la tutelle du ministère de l’Intégration sociale et gérée par un conseil comprenant les secteurs public et privé, et la société civile. 

 

Les activités de ce nouvel organisme ont commencé en janvier dernier selon six critères, dont l’allégement de la pauvreté des familles enregistrées sous le Social Register of Mauritius, le soutien à l’éducation aux familles enregistrées sous le Social Register of Mauritius, les logements sociaux, le soutien aux personnes souffrant de handicap sévère, les problèmes de santé résultant de l’abus des drogues et la protection aux victimes de violences domestiques. Désormais, les entreprises doivent verser 50 % de leurs profits à la MRA avant que cette somme ne soit dirigée vers la NCSRF. Ce pourcentage passe à 75 % l’année suivante et c’est à l’instance de décider à quelle ONG ira le financement. 

 

Selon le secrétaire général de la NCSRF, Ajay Sowdagur, un appel à projets a été lancé en avril dernier. «Nous avons reçu 297 projets et 177 d’entre eux ont été approuvés jusqu’à présent. 43 ne sont pas éligibles. Le processus d’évaluation est toujours en cours et nous pensons le terminer en septembre.» Un deuxième appel à projets devrait éventuellement avoir lieu plus tard.