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«On a fait de ma vie un enfer»

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Hemantgeer Haulkhory a été arrêté par la police cette semaine.

Quinze ans après les faits, elle a décidé de dénoncer celui qu’elle accuse de l’avoir agressée sexuellement et séquestrée : un dévot de l’Iskcon. Elle montre aussi du doigt des membres de cette association qui l’auraient «empêchée» d’avoir recours à la justice à l’époque.

Se libérer d’un traumatisme causé par un viol est une démarche qui nécessite beaucoup de courage. Surtout lorsque le processus implique la dénonciation de l’agresseur à la police. C’est le pas que Deepa, 32 ans, dit avoir franchi cette semaine. Ce, dit-elle, pour obtenir justice et vivre en paix. Aujourd’hui mariée et mère d’une petite fille de 2 ans, elle a porté plainte au poste de police de Sodnac, le mardi 11 mars, contre Hemantgeer Gosagne Haulkhory qu’elle accuse de l’avoir violée alors qu’elle était âgée de 16 ans.

Ce dernier, un dévot de l’Iskcon (International Society for Krishna Consciousness), a été arrêté et présenté en cour sous des accusations provisoires de viol et de séquestration. La police, ayant objecté à sa remise en liberté, il demeure en cellule policière jusqu’à sa prochaine comparution en cour. Depuis son arrestation, il clame haut et fort son innocence et affirme, dans sa déposition à la police, qu’il entretenait une liaison avec Deepa et que celle-ci était consentante pour avoir des relations sexuelles avec lui. Son épouse Karunika Haulkhory abonde dans le même sens. «Mon mari n’est pas un violeur. Il entretenait une relation avec cette personne à l’époque. Mais lorsque les membres de l’Iskcon l’ont appris, mon mari a mis un terme à cette relation. Je lui ai pardonné. Il a racheté ses fautes et s’est dévoué entièrement à Iskcon qui lui a aussi pardonné son erreur. Je ne comprends pas pourquoi cette personne accuse mon mari. La justice finira par triompher. »

Mais la présumée victime affirme haut et fort qu’elle a bel et bien été violée par ce dernier à plusieurs reprises. «Il m’a violée pour la première fois le 20 mai 1998 au siège de l’Iskcon à Phoenix. Après son forfait, il m’a menacée et m’a intimée de ne rien dire à personne, insinuant que nul ne va croire à mon histoire. Par peur, je n’ai rien dit à personne. Après cette première agression, je saignais beaucoup, sans doute en raison de blessures internes. On m’a même emmenée voir un gynécologue. Puis, j’ai essayé de vivre avec ce lourd fardeau jusqu’à ce que je décide de partir du centre et de les informer par la suite de ma décision. Un matin de juillet 1998, j’attendais le bus pour rentrer chez moi lorsque mon agresseur est apparu dans son véhicule. Il m’a forcée à y prendre place. Il était en compagnie de ses deux enfants, alors en bas âge. Il les a déposés chez quelqu’un avant de reprendre la route. Il m’a emmenée dans une maison où il m’a violée», explique Deepa qui donne des détails d’une précision déconcertante.

Toutefois, son calvaire, dit-elle, était loin d’être terminé. «Puis, il m’a laissée dans la rue. Je n’avais d’autre choix que de retourner au centre. J’y suis restée pendant deux jours seulement avant de repartir chez moi. Mais peu de temps après, des dévots du temple sont venus me trouver et m’ont demandé de retourner au centre. J’ai accepté. Mais là-bas, je revoyais mon agresseur et cela me perturbait. Un jour, il s’est livré à des attouchements sur moi. J’ai même pensé à me suicider. Je suis partie du temple et je me suis rendue à Mahébourg où j’ai tenté de me suicider en me jetant à la mer. Mais je me suis ressaisie et j’ai appelé le centre pour leur dire dans quel état j’étais. On m’a dit de ne pas commettre de bêtise et qu’on allait envoyer quelqu’un pour me récupérer», avance-t-elle les larmes aux yeux.

Et à sa grande surprise, elle dit avoir vu débarquer son présumé agresseur. «Je n’avais d’autre choix que de grimper dans sa voiture. Mais au lieu de me ramener au centre, il m’a conduite chez lui. Il n’y avait personne. Il m’a alors appris que sa femme et ses enfants étaient à l’étranger. Il m’a une nouvelle fois violée et séquestrée pendant trois jours.»

N’en pouvant plus de cette situation, elle brise le silence peu de temps après et se confie à sa petite sœur, âgée alors de 15 ans. «Elle ne m’a pas été d’une très grande aide. Car elle était elle-même une enfant. Plus tard, j’ai eu le courage de raconter tout ce qui m’était arrivé à une responsable du centre à qui j’ai signifié mon intention de rapporter l’affaire à la police. Mais elle m’a déconseillé de le faire et m’a dit qu’il fallait régler le problème en interne. C’est ainsi qu’elle m’a conduite chez sa sœur où je suis restée pendant quelques mois. Puis je suis retournée au centre où on m’a demandé d’écrire une lettre pour disculper mon agresseur de tout ce que je lui reprochais. Je n’ai pas accepté. Ils ont exercé beaucoup de pression sur moi au point où j’ai fait une tentative de suicide et j’ai passé trois jours à l’hôpital après quoi on m’a placée au domicile d’un membre. Là-bas, on m’a obligée à écrire cette lettre. Je n’avais d’autre choix que d’accepter. Une vingtaine de personnes étaient réunies autour de moi lors de cet exercice.»

Elle poursuit : «En retour on me proposait des voyages en Inde. Depuis j’ai fait le va-et-vient entre Maurice et l’Inde. Mais j’ai toujours signifié mon intention de porter l’affaire à la police. Mais dès que j’en parlais aux membres à mon retour de l’Inde, aussitôt ils me payaient un autre voyage pour que j’y retourne, dans le but de m’éloigner le plus possible des autorités mauriciennes. J’ai même envoyé des mails à la Child Protection Office de l’Iskcon qui avait promis d’enquêter. Mais, à ce jour, rien n’a été fait. J’ai finalement décidé de saisir la justice après avoir écouté plusieurs témoignages de femmes en difficulté le jour de la Journée internationale de la femme», dit-elle.

Affectée moralement, Deepa avance que sa vie amoureuse souffre beaucoup à cause de cette affaire. «Mon mari est membre de l’Iskcon. Il a consacré 20 ans de sa vie à ce mouvement. Il lui sera impossible de vivre sans. Mais toute cette affaire l’a affecté. Car on a même fait circuler cette lettre qu’on m’a forcée à écrire parmi les membres. Il l’a eue aussi. C’est aussi lui qui m’a encouragée à porter plainte pour dire une bonne fois que j’ai été violée et qu’on m’a forcée à écrire cette lettre. On a fait de ma vie un enfer.»

Contacté à cet effet un des responsables de l’Iskcon nous a fait la déclaration suivante : «Le comité va se réunir. Nous allons initier une enquête interne pour savoir ce qui s’était réellement passé car c’est une affaire qui remonte à 15 ans. Nous allons laisser la police faire son travail et collaborer pleinement avec elle.» De son côté, Deepa affirme être plus que jamais déterminée à obtenir réparation.

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