• Kendo – Formation et passage de grade : Rishi Bundhoo décroche son premier dan
  • Callisto Protocol : prisonniers de l’horreur
  • Future Hope Maurice : quand les enfants chantent l’espoir
  • Collision entre une voiture et un camion : vacances meurtrières pour Dayaneebye Ganoo
  • Match de gala Maurice-Réunion : du football inclusif pour malentendants
  • Huawei Nova Y61 : de l’entrée de gamme sympa
  • Le diabète, un danger pour le cœur
  • Qatar : dans l’ambiance d’un pays en fête
  • FoodWise : des recettes gastronomiques, zéro gaspi et économiques
  • Le PM répond à leur lettre : les membres de la communauté rastafari «déçus» mais «le combat continue»

Série de démissions au Parti Travailliste : déception, colère et malaise

Pour certains, Navin Ramgoolam n'est pas à l'écoute.

La liste des démissionnaires s’allonge de semaines en semaines, témoignant vraisemblablement de la crise que traverse actuellement le Parti Travailliste. Si certains parlent d’ingratitude des démissionnaires, d’autres estiment qu’il faudrait au contraire les remercier pour leur contribution au parti. Raviraj Sinha Beechook et Shakeel Mohamed s’expriment sur la question. 

La crise qui secoue actuellement le Parti Travailliste semble perdurer et avec elle s’accumule les départs. Après celui de Kalyanee Jugroo, suivie de plusieurs autres membres du parti, c’est la nouvelle du départ d’Ezra Jhuboo, autre membre phare du PTr, qui a secoué plus d’un. À cette liste vient désormais s’ajouter le nom de Sheikh Mukhtar Hossenbaccus qui a lui aussi claqué la porte. Si Kalyanee Jugroo avait expliqué que c’est le «manque d’égards, de respect, et de communication», entre autres, qui l’avait conduit à prendre ses distances et qu’Ezra Jhuboo avait, lui, fait part qu’il ne se sentait plus en phase avec la direction que prend le parti, le dernier démissionnaire en date s’est montré plus virulent envers le parti où il a passé 35 ans, dont une vingtaine comme membre du comité exécutif, autant d’années de bons et loyaux services qu’il estime aujourd’hui avoir perdues.

 

Dans sa lettre de démission soumise le jeudi 29 septembre, l’ancien lord-maire évoque un PTr qui est à son niveau le plus bas et qui ne jouit plus d’aucune crédibilité, principalement à cause d’un Navin Ramgoolam «qui n’est pas à l’écoute» et qui est un «bad leader», contrairement à Pravind Jugnauth qui est, selon lui, «à l’écoute» de ses mandants. Évidemment, dans le camp des Rouges, beaucoup estiment que le parti n'a rien à se reprocher. Pour justifier ces démissions, on parle même de «trahison» et «d’ingratitude».

 

Pour Raviraj Sinha Beechook, nouveau responsable de la communication du PTr, cette démission ainsi que les raisons fournies pour la justifier sont «déplorables». «Ces arguments ne tiennent absolument pas la route. Ce n’est pas une démission, mais une trahison. Il parle de manque de considération à son égard alors que c’est archi-faux. Il a été lord-maire avec le PTr, grâce à la confiance que le parti et le Dr Navin Ramgoolam ont placé en lui. Il a été chairman de plusieurs boards et a même été décoré OSK. Son acte témoigne de son ingratitude.»

 

«Bad leader»

 

De plus, remettre en question le leadership de Navin Ramgoolam est, avance-t-il,  grotesque. «Il y a encore deux semaines, il animait des réunions dans le no 2 où il chantait les louanges du leader. Qu’il vienne dire qu’il n’y a rien de nouveau dans le BP est aussi un mensonge puisque cette instance a été renouvelée avec 62 % de nouveaux. 58 % des membres du comité exécutifs le sont aussi. Il semble avoir la mémoire courte. C’est peut-être à cause de sa photo avec Pravind Jugnauth qui circule en ce moment. Nous laissons la population tirer ses propres conclusions.» En effet, depuis l’exercice de restructuration et de renouvellement du Bureau politique des rouges, un certain mal-être semble avoir gagné plusieurs membres. «Nous avons eu 5 000 demandes d’intégration et on a dû choisir 400 personnes uniquement. C’est donc tout à fait naturel que cela génère un certain mécontentement. Néanmoins, ce n’est pas une raison valable pour aller prendre une photo avec Pravind Jugnauth et le qualifier de meilleur leader.»

 

Avec le départ de Sheikh Mukhtar Hossenbaccus, qui était aussi le bras droit d’Osman Mohamed, des rumeurs persistantes sur la démission de ce dernier ont surgi. Face à celles-ci, c’est sur sa page Facebook que le député a décidé de réagir. S’il a exprimé la peine suscitée par le départ de son plus proche collaborateur, il n’a pas formellement démenti les rumeurs quant à une éventuelle démission de sa part. «Je tiens à préciser qu’à ce jour, je n’ai donné aucune déclaration à aucune presse écrite ou parlée. Donc tout ce qui a été dit et écrit, ne vient pas de moi. Je communiquerai en temps et lieu…»

 

Pour Shakeel Mohamed, il ne sert à rien de nier l’évidence. Non, tout ne va pas bien au PTr qui passe actuellement par des moments difficiles. À ses yeux, cette période de restructuration est comparative à celle de la grossesse chez une femme. «Il y a des difficultés qu’il faut traverser avant de donner naissance à un enfant. En ce moment, nous nous réinventons et à la fin de ce processus il doit y avoir un nouveau parti. Ceux qui ont engendré cette renaissance vont eux-mêmes ne plus faire partie de la vie de ce nouveau parti.» Que des personnes quittent le navire en cours de route n’est, dit-il, pas étonnant. Toutefois, il a une autre vision de comment les Rouges devraient gérer ces démissions. «Il faut que ça soit fait avec beaucoup de responsabilités. Une mauvaise gestion de cette période et ça peut mener à une fausse couche, et nous savons que pour un bébé comme pour un parti politique, elle est fatale.»

 

Face à ces trois départs, impossible, avance Shakeel Mohamed, de ne pas ressentir de la tristesse. «Ils ont grandement contribué au parti dans différentes façons, à différents niveaux, dans différentes positions et je les remercie pour cela. Au lieu de critiquer, dénigrer, je pense que le parti doit les remercier. Ils ont chacun leurs raisons et nous devons essayer de les comprendre au lieu de les traiter de tous les noms. J’estime que c’est un manque de compassion et de maturité. Dans ces moments-là, on prend note et on fait un travail d’introspection pour comprendre ce qui a causé cette situation. Même si on n’est pas d’accord sur certaines choses, nous devons être à l’écoute. Ce ne sont pas des ennemis. Pour moi, ils restent des amis.»

 

Shakeel Mohamed se dit d’ailleurs particulièrement peiné par le départ d’Ezra Jhuboo en qui il voyait l’avenir, la relève et une nouvelle ère pour le parti et pour le pays. «C’est un très bon orateur, qui vient avec des suggestions plus que valables pour le développement du pays. C’est quelqu’un qui représente les valeurs intrinsèques du PTr. Il a été là pendant des années et c’est aujourd’hui une grosse perte pour le parti. Il faut essayer de se mettre dans la peau de ceux qui sont partis. Ça n’a pas dû être une décision facile. J’espère qu’ils reviendront.» Il y a de part et d’autre, dit-il, des efforts à faire.

 


 

Le MSM pas en reste

 

S’il est vrai que les démissions sont plus rares que celles qui ont eu lieu dans les partis de l’opposition, le MSM n’est pas totalement épargné non plus. En effet, cette semaine, c’est Arassen Kallee qui a claqué la porte du parti soleil. L’avocat a aussi démissionné des instances où il avait été nommé, notamment à l’Employment Relations Tribunal comme membre et vice-président du Veterinary Council Mauritius. Au lendemain de sa démission, Arassen Kallee a rejoint le parti de Nando Bodha, le Rassemblement Mauricien (RM). Un choix qu’il a été, dit-il, heureux de faire. «Depuis 2019, j’ai été totalement inactif avec le MSM. Il y a eu beaucoup de scandales et à un moment donné il a fallu prendre une décision. La population dans son ensemble peut témoigner de la situation qui prévaut dans le pays.» Quant à Nando Bodha, il a déclaré que le départ d’Arassen Kallee lui rappelle sa propre démission pour «combattre un système mafieux et cadenassé». Selon le leader du RM, d’autres démissions au sein du MSM ne devraient pas tarder.