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Ranjana Foogooa : «On ne peut pas faire sans le digital dans ce nouveau monde…»

«Les gens n’hésitent plus à faire entendre leur voix, que ce soit pour protester contre des injustices, parler de leur réalité, de leurs émotions, de la santé mentale... C'est une bonne chose.»

Elle ne jure que par le numérique ! Il faut dire que c’est quelque chose qui la passionne et qu’elle maîtrise super bien. Ingénieure de réseaux et systèmes informatiques à la base, Ranjana Foogooa s’est finalement spécialisée dans la communication/marketing digital/e et est à la tête de l’agence Sphere Media qui fête ses 10 ans cette année. Celle qui vient aussi d'être élue vice-présidente de l’Association des agences de communications de Maurice (ACA Mauritius) nous dit comment la Covid a changé sa vie, son métier, la société, et comment nous pouvons tous rebondir face à cette adversité et évoluer.

Comment je vis ces temps challenging depuis deux ans…

 

FAMILLE. La pandémie de Covid-19, malgré les difficultés et les bouleversements qu’elle a amenés dans nos vies, nous a surtout offert l’occasion de passer du temps en famille lors des confinements. Ce que nous ne pouvions pas souvent faire avant malgré toute notre envie. Ma belle-maman a passé les deux lockdowns chez nous et c’était chouette d’avoir trois générations – grand-parent, parents, enfants – réunies sous le même toit.

 

ÉQUILIBRE. Le challenge, c’était surtout la scolarité des enfants, de les encadrer, de les soutenir afin qu’il n’y ait pas de coupures, et aussi de trouver un équilibre entre les études et tout le reste. Car il ne faut pas oublier à quel point c’était dur d’être enfermé. On ne voulait que d’une chose : être libre ! Avec ce que nous avions, nous avons essayé de faire au mieux pour avoir la vie la plus correcte possible durant cette période.

 

RETOUR. Côté travail, à Sphere Media, nous avons work from home durant tout le premier confinement, avant de reprendre en présentiel juste après, et depuis le second confinement, nous travaillons de la maison. Le retour au bureau est prévu pour juin. Nous avons une équipe formidable et passionnée, et que ce soit en work from home ou au bureau, chacun fait de l’excellent travail. Nous échangeons beaucoup par Zoom ou WhatsApp et ça fonctionne bien. Même les réunions avec les clients se font toujours souvent par video call. C’est la nouvelle réalité, il faut s'y adapter.

 

PROVISION. Et heureusement, durant les deux dernières années, nous n’avons pas eu à réduire les salaires. Dans mon budget, j’ai toujours fait provision de neuf mois de salaire d’avance et avec l’arrivée de la pandémie, ça nous a bien servi. En tant que chef d’entreprise, je me dis que mon équipe doit vivre et non survivre. Et être privée d’une partie de son revenu peut avoir de sérieuses répercussions pour une famille.

 

Se réinventer pour mieux avancer…

 

VISIBILITÉ. Bien sûr, cela n’a pas été facile de maintenir le business à flot car nous avons perdu certains contrats ou avons dû baisser nos prix de 25 à 50 % tout en offrant le même service. Mais d’un autre côté, nous avons eu d’autres contrats car la communication et le marketing digitaux ont pris de l’ampleur durant les confinements. Les entreprises ont besoin de visibilité et ça passe de plus en plus par le digital. Mais alors que tout le monde est venu en ligne pour parler de tout et de rien, le challenge était, pour nous et nos clients, de communiquer mieux, de se démarquer dans ce bruit ambiant. De se demander à qui on parle, comment leur parler, ce que nous mettons en avant. De se rééduquer, de creuser dans les connaissances, l’expertise, pour voir comment communiquer dans ce nouveau monde. Il fallait aussi se préparer à la reprise, avec une bonne stratégie, pour quand les gens ne seraient plus aussi souvent en ligne.

 

OPTIONS. Il y a aussi ce mindset de costcutting avec les difficultés financières qui ont surgi pour beaucoup d’entreprises depuis le début de la pandémie. Elles se retrouvent devant plusieurs options : continuer à travailler avec l’agence de communication digitale, mettre une équipe interne qu’elles doivent former, etc., ou prendre un jeune qui devra tout gérer. Donc, nous, comment nous positionnons-nous par rapport à ces clients-là ? En tant qu’agence, nous avons, certes, l’expertise, les connaissances, mais nous devons aussi constamment innover, rechercher, observer, être à l’affût des opportunités, faire du upscaling, du upselling, du cross-selling pour continuer à proposer de nouvelles choses à nos clients, qui sont adaptées à leur réalité. Nous devons leur donner satisfaction d’un côté, tout en motivant l'équipe de l’autre.

 

Pour aller encore plus loin…

 

VALORISER. Nous voyons que le marketing digital prend de plus en plus de place, soit parfois jusqu'à 90 % du plan marketing des entreprises. Bien sûr, le marketing traditionnel a toujours sa place à Maurice, ça fait partie de nos traditions, nous aimons écouter la radio, lire les journaux, voir les affiches, et on doit continuer dans ce sens. Mais on ne peut pas faire sans le digital. On doit se rendre compte de tout ce que ça peut amener dans tous les secteurs de la société. C’est quelque chose qu’on doit valoriser, dans lequel on doit se perfectionner, se former.

 

DIVERSITÉ. Dans notre agence, par exemple, nous offrons plusieurs services : marketing digital, stratégie, social media, websites and mobile apps creation, content creation (photo, vidéo, graphic design), technology solutions, entre autres. Nous avons aussi nos propres sites Web : analoula.com qui s’occupe d’activités touristiques ; trisik.mu, né à la fin du premier confinement pour venir en aide aux PME ; lobje.mu qui propose des coffrets-cadeaux pour la diaspora mauricienne ; spadeals.mu aussi qui reprend petit à petit. C’est dire la diversité des activités qui existent dans le secteur. 

 

Une société en (r)évolution…

 

VOICE OUT. Je trouve que depuis deux ans, les gens voice out plus qu’avant, souvent sur les plateformes digitales d’ailleurs. Ils n’hésitent pas à faire entendre leur voix, que ce soit pour protester contre des injustices ou alors pour parler de leur réalité, des émotions qui sont remontées à la surface durant la pandémie, de choses qui étaient un peu taboues auparavant, comme la santé mentale. Le coming-out de Vincent Duvergé à ce sujet récemment est extraordinaire et jette un éclairage sur un problème qui touche beaucoup de monde par les temps qui courent. Moi-même, j’en ai été proche à un moment. On doit s’informer sur les aides qui existent et comment y avoir accès.

 

SOLUTIONS. Et puis, notre société post-Covid a plus que jamais besoin d’institutions qui soient présentes pour elle, qui sont à l’écoute de la population et qui viennent de l’avant avec des solutions surtout. Notre société passe par des moments douloureux et a besoin de choses concrètes pour avoir de l’espoir, aller mieux, avancer. Nous avons besoin de right persons in the right places pour faire le job, d’exemples à suivre, d’inspiration.

 

Ces lueurs d’espoir qui brillent…

 

CONTRIBUTION. Les lueurs d’espoir sont, entre autres, ces PME à travers lesquelles des hommes et des femmes veulent faire quelque chose pour contribuer à l’avancement de la société et de l’économie du pays, et qui ont besoin de visibilité pour aller encore plus loin. Les lueurs d’espoir, ce sont ces jeunes qui ont un potentiel extraordinaire qui ne demande qu’à s’épanouir, se développer, encore faut-il leur offrir un encadrement, des opportunités, sinon leur motivation et leur joie vont mourir. Mais il faut à tout prix évoluer en termes d’éducation, par rapport à ce à quoi on éduque, à comment on éduque.

 

RECONNECTER. Deux ans après le début de la pandémie, on n’a toujours pas de plateforme digitale nationale pour accompagner les jeunes dans leurs études en cas de nouveau lockdown ou autre. C’est un comble ! Il faut se reconnecter avec le monde réel tel qu’il est aujourd’hui si on veut se positionner encore plus en Afrique et dans la région. Soyons solution driven en n’oubliant pas nos bases qui sont nos ressources, nos valeurs, notre famille, nos émotions, notre entourage et, on ne va pas se mentir, l’argent aussi.

 


 

Mon actu du moment

 

Sphere Media Agency fête ses 10 ans d’existence le 23 mai. Notre premier client nous a rejoints en juillet 2012 et il est toujours avec nous. C’est d’ailleurs ce client, Richard Stedman, qui m’a poussée à lancer mon entreprise. Il m’a été de très bon conseil en me disant notamment : «Do what you know and do it well» et «don’t try to put your feet in too many boats». J’ai commencé seule dans mon salon et aujourd’hui, j’ai un vrai bureau et 10 employés. Nous fonctionnons comme une famille mais nous travaillons aussi beaucoup. Chacun sait ce qu'il a à faire et qu'il doit bien le faire. J’essaie maintenant de trouver plus de clients en dehors de Maurice, en Afrique, dans la région et au-delà. De formation, je suis ingénieure en systèmes et réseaux informatiques. Après mes études à Maurice, j’ai obtenu une bourse pour aller faire mon DESS à Paris. Ensuite, j’ai travaillé en France, puis en Angleterre où vivait mon futur époux Ashwin. C’est là-bas que j’ai migré vers le marketing digital. J’ai travaillé, entre autres, pour shopping.com qui a par la suite été racheté par eBay. En 2009, après la naissance de notre premier enfant, nous avons décidé de rentrer à Maurice pour qu’il puisse grandir aux côtés de ses grands-parents et voir quelles opportunités existaient pour nous. C’est comme ça qu’en 2012, j’ai lancé mon agence de marketing digital car le secteur n’était pas encore très développé à Maurice. Tout le long, j’ai bénéficié du soutien de mon époux Ashwin (notamment pour le côté financier car c’est son domaine), de mes enfants Aditya, 13 ans, et Aditi, 11 ans, de mes autres proches, de mes clients, de mon staff… Et je leur dis à tous un grand merci.