• Désir de maternité, problème de fertilité : comment faire face au mois de mai
  • Ebony Forest : protecteur de la nature
  • Un trentenaire agresse son épouse et leur fille de 4 ans au couteau - Ses beaux-parents : «Nou tifi inn pas boukou mizer depi linn marye»
  • Jasodah Boodhun, une centenaire bien dans sa peau
  • La flamme olympique en France : effervescence autour du feu sacré
  • Thyroïde : une petite glande, de grandes implications…
  • «Furiosa : une Saga Mad Max»  : encore de la fureur et de la ferraille
  • Enquête judiciaire au tribunal de Souillac - Rama Valayden : «Lapolis inn kwi vide ek lanket lor lamor Kanakiah»
  • Aurally Handicapped Persons Sports Federation : ne pas confondre athlètes sourds et para-athlètes
  • Journée internationale du thé : la Chartreuse, entre célébration et engagement pour une industrie équitable et durable

Polémique autour de «Bold Glamour» : TikTok, dis-moi qui est le/la plus… filtré/e

L’illusion est parfaite. Même quand on bouge le visage ou les mains, le filtre reste en place. Il ne bouge pas d’un pouce. Comme une seconde peau. Sauf que cette peau-là est plus qu’au top ! Que d’un coup, votre nez est affiné, vos joues creusées à la perfection, vos pommettes remontées, vos lèvres repulpées et toutes vos imperfections se sont faites la malle… Kotsa ? Pa kone (peut-être avec les Raptors d’un petit monsieur). C’est presque de la sorcellerie. Tout cela pourrait amuser, faire sourire et se dire «ayo, mo tro zoli» sans conséquences. Mais Bold Glamour, le nouveau filtre TikTok de la polémique, inquiète les professionnels de la santé mentale. Pourquoi ? Comment ? On vous dit tout. 

C’est quoi ce truc ? C’est un effet spécial à base d’intelligence artificielle. L’œuvre d’un Generative Adversarial Network ; un algorithme qui permet de créer des imitations parfaites d’images. Il n’est pas question de, simplement, se mettre des étoiles dans les yeux ou de s’accrocher des oreilles de lapin sur la tête, la technologie utilisée est beaucoup plus poussée. D’ailleurs, le filtre ne bouge pas, n’est pas flou.

 

Le cerveau «anbalao». «Si je n'étais pas un adulte, franchement, ce truc me détruirait le cerveau.» Ce sont les mots d’une animatrice de radio star de la téléréalité australienne, Abbie Chatfield, comme rapporté par l’AFP, horrifiée après avoir utilisé le filtre Bold Glamour. L’actrice Katherine Heigl a posté, après avoir partagé une vidéo où elle essaie le beauty filter : «Hum, je déteste cette garce. #boldglamourfilter n’est pas pour moi.»

 

Le mythe de la beauté idéale. Un mythe qui détruit. À l’ère où on tend à mieux s’accepter, que le mouvement body positive prend de l’ampleur, que les beautés diverses et multiples se retrouvent représentées petit à petit à la télé et dans les campagnes de pub, entre autres, voici un filtre qui ferait faire de gigantesques pas en arrière : «Selon des critères de beauté imputables à la chirurgie esthétique, la peau apparaît lissée et floutée, le nez plus fin, les lèvres repulpées, les pommettes plus saillantes. Difficile effectivement de ne pas se trouver plus ‘‘canon’’ avec ce filtre que sans. Et c’est bien ça le danger», peut-on lire dans le magazine Grazia. Kim Johnson, professeure en soins infirmiers à la Middle Georgia State University, confie à l’AFP que «c’est le dernier assaut en date du mythe de la beauté idéale» et que cela peut mener à «des régimes excessifs, à la comparaison aux autres et au manque de confiance en soi». Monica Keu, chirurgienne californienne, dira, dans une vidéo sur TikTok, le danger de ce filtre : «Le reflet biaisé de ce genre de filtre risque donc d’intégrer dans l’imaginaire collectif des standards de beauté illusoires et arbitraires.»

 

La fragilité de l’être. Sur TikTok, les vidéos se multiplient ; elles montrent des adultes complètement pris au dépourvu par ce filtre. Se retrouvant face à un physique «rêvé», une beauté normée et normative. Un «moi» qui répond enfin à tous leurs fantasmes. Maintenant, imaginez-vous qu’un public jeune, qui se cherche, qui se construit, qui vit ses différences comme des complexes, comme des freins, finit par se «trouver» dans une image qui n’existe même pas : «Ces effets ne participent qu’à alimenter des complexes physiques et à entacher l’estime de soi, en les faisant fantasmer sur un ‘‘idéal’’ qui n’existe pas», écrit le journal 20 minutes. Le psychologue et psychanalyste Michaël Stora explique à la publication : «À force de se regarder à travers des filtres qui gomment toute imperfection, le moindre petit défaut physique devient une obsession. Cela peut amener à une forme d’aliénation positive d’un visage qui, finalement, ne correspond plus à qui l’on est. Et cela peut ainsi engendrer de la dysmorphophobie [obsession pour une petite imperfection ou un défaut imaginaire].»

 

Parlez-en. Avec vos enfants, vos amis/es, vos collègues. Démystifiez cette beauté normative, rappelez que le filtre y tend. Et évoquez les beautés multiples et plurielles, celles qui se font avec les imperfections et les défauts, et qui sont uniques à chacun d’entre nous. Banalisez le filtre mais ne banalisez pas les effets destructeurs qu’il peut avoir sur la construction de soi.

 

En vidéos. Si vous voulez poursuivre votre réflexion sur ce filtre, voici deux vidéos qui sont intéressantes à voir et à écouter : https://bit.ly/vid1bold (Le Tribunal Du Net), https://bit.ly/vid2bold (Oh My Mag).