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Moswadeck Bheenick, porté disparu après le naufrage du Sir Gaëtan | Mariam : «Je garde espoir qu’on retrouvera mon époux vivant»

Mariam, l’épouse du capitaine Bheenick, espère un miracle.

Ce devait être un temps de réjouissances pour les Bheenick. Moswadeck allait fêter ses 55 ans le 28 septembre et ce mois devait aussi marquer son anniversaire de mariage avec son épouse Mariam, une Brésilienne qu’il a épousée il y a 23 ans. Toutefois, à l’heure où nous mettions sous presse, le capitaine du Sir Gaëtan était toujours porté disparu après le naufrage de ce remorqueur dans la soirée du 31 août, à Poudre-d’Or. Malgré tout, Mariam Bheenick ne veut pas perdre espoir. Elle veut croire jusqu’au bout que son époux bien-aimé lui reviendra. Elle nous parle de son état d’esprit et nous raconte sa belle histoire d’amour avec le capitaine de son coeur.

Dans sa maison à Calebasse, Mariam attend désespérément des nouvelles de son époux Moswadeck Bheenick. Elle est angoissée, très angoissée même. Chaque jour qui passe est un supplice de plus pour elle et sa famille. Mais même si l’espoir de le retrouver vivant semble m’amenuiser à mesure que les jours passent, elle refuse de céder au fatalisme, de penser au pire. «Mo gard lespwar. Mo krwar dan enn mirak, ki pou retrouv li vivan», lâche-t-elle avec conviction, comme pour conjurer le mauvais sort.

 

Car un mauvais sort semble s’être abattu sur cette famille et plusieurs autres le lundi 31 août. Ce soir-là, le Sir Gaëtan, un remorqueur de la Mauritius Ports Authority (MPA), a fait naufrage au large de Poudre-d’Or. Il ramenait au port une barge qui se trouvait précédemment à Pointe-d’Esny dans le cadre des travaux de nettoyage post-Wakashio, quand il y a eu une collision entre les deux embarcations, causée par une mer démontée. Endommagé, le remorqueur a pris l’eau rapidement et a coulé. Bilan : trois morts, quatre rescapés et un disparu, le capitaine Moswadeck Bheenick. Les recherches pour le retrouver se sont avérées vaines jusqu’ici.

 

Mais son épouse continue à y croire. «Mon mari a toujours remué ciel et terre pour moi. Il n’a jamais voulu me perdre. C’est pour cela que sa disparition m’affecte encore plus aujourd’hui. Je garde espoir de revoir Moswadeck car il ne m’a jamais abandonnée», confie Mariam d’une voix cassée par l’émotion. Entourée d’amies et des voisines venues lui rendre visite, elle s’accroche de toutes ses forces à la possibilité que son époux soit encore vivant quelque part. «Je voulais participer aux recherches mais on m’a dit que c’était impossible», ajoute-t-elle.

 

En ce moment, c’est son immense amour pour son époux qui la porte. Cet homme pour qui elle a quitté son pays et sa famille, et s’est établie à Maurice au nom d’un sentiment plus fort que tout. Cette Brésilienne, née Vanda Da Silva, est à Maurice depuis 23 ans, soit depuis son mariage civil et religieux avec Moswadeck. Le couple s’est rencontré à Sao Luis, au Brésil, où le bateau sur lequel travaillait Moswadeck comme second du capitaine avait fait escale. À l’époque, Mariam travaillait, elle, dans un magasin spécialisé dans les souvenirs pour touristes.

 

«C’est de cette façon qu’on a fait connaissance. Je parlais un peu l’anglais et lui un peu le portugais», se souvient celle qui a aujourd’hui 45 ans. L’escale de Moswadeck avait duré un mois, au lieu de quelques jours, car un employé brésilien avait trouvé la mort accidentellement en faisant des travaux dans le navire. Mariam, alors âgée de 19 ans, rencontrait Moswadeck les jours où il était en congé.

 

Leur premier rendez-vous en amoureux a eu lieu au bord de la mer. Après son départ du Brésil, Moswadeck a gardé contact avec la jeune femme via téléphone. «Mo ti panse li pou bliye mwa kan li ale. Nou pa ti ena portab sa lepok-la me Moswadeck ti telefonn mwa souvan», se souvient Mariam. Leur histoire a continué et s’est embellie jusqu’à se conclure par un mariage trois ans plus tard. C’est à Maurice que le couple s’est dit oui civilement et religieusement. «Bann demars mariaz ti pli fasil dan Moris ki dan Brezil», précise l’épouse de Moswadeck qui prend alors le prénom de Mariam.

 

L'amour de sa vie

 

Depuis, elle n’a pas regretté une seule fois d’avoir épousé l’amour de sa vie, malgré les hauts et les bas de la vie. «Mo mari inn touzour fer tou seki li kapav pou mwa. Kouma so kontra travay ti fini lor sa navir-la, li ti vinn zwenn mwa dan Brezil pou nou marye», raconte-t-elle. Entre-temps, Moswadeck était reparti la voir une deuxième fois, lors d’une autre escale au Brésil, mais ce séjour n’avait duré que quelques jours. En y repensant, Mariam ne peut s’empêcher de sourire au souvenir d’une petite anecdote. Un soir, Moswadeck était venu passer la nuit chez elle. Sa mère lui avait alors dit qu’elle ne voulait pas voir cet homme chez eux sauf s’il avait l’intention de se marier avec elle.

 

«Ma mère avait installé un hamac sous la terrasse pour le faire dormir. Intrigué, Moswadeck n’arrêtait pas de me demander comment il allait faire pour dormir dedans. Il avait finalement passé la nuit chez un proche qui habite à côté», se souvient Mariam. Lorsqu’elle débarque à Maurice avec son cher et tendre, le couple s’installe d’abord à Bon-Accueil dans la maison familiale des Bheenick. Mais un mois plus tard, Mariam rentre chez elle, au Brésil, suite à des conflits familiaux. Elle reprend alors son poste de Salesgirl. «J’avais dissuadé Moswadeck de me suivre car il venait de prendre de l’emploi à la MPA. À un certain moment, il voulait également m’envoyer de l’argent mais je lui avais dit de garder les sous pour notre future maison.»

 

Les tourtereaux se retrouvent un an et demi plus tard et s’installent, cette fois, à Coromandel, dans une maison en location. Mariam explique que Moswadeck a toujours fait des sacrifices pour elle. «Pendant mon absence, il avait travaillé très dur pour économiser, même s’il touchait un bas salaire. C’est ainsi qu’il a pu louer une maison à Coromandel où nous avons vécu pendant cinq ans, avant de retourner à Bon-Accueil à la demande de ma belle-mère.» De leur union sont nés deux enfants : Irfaan, 20 ans, qui se trouve actuellement en Afrique du Sud où il étudie pour devenir pilote aérien, et Ilma, 12 ans, qui est en Grade 7 au Rabindranath Tagore Institute.

 

Mariam avance que son époux est un père exemplaire, très proche de ses enfants. Il est aussi, précise-t-elle, un fils admirable. «Il est aussi très proche de sa mère. Il est fils unique. Il a trois sœurs.» Moswadeck plaçait sa famille avant tout, dit-elle. «Zame li pann les nou tousel. Linn touzour tre caring ek mwa ek so bann zanfan. Zame li pa ti pou kit nou koumsa. Zis lamor ki pou kapav separ nou. Nou finn touzour ansam. Zame li pann desevwar nou. Linn donn boukou de penn pou la fami. Li ti ena osi boukou responsabilite. Mo espere nou resi dir li mersi enn zour. Li pa fasil ditou pou mo garson ki lwin ek nou. Pou mo tifi osi li bien dir. So papa ti abitie pas tou so kapris. Li mank mwa osi boukou. Li ti abitie telefonn mwa 4 a 5 fwa par zour kan li ti pe al travay.»

 

Le jour du drame, Moswadeck s’était rendu au travail très tôt ; il avait pris son service à 6 heures. Il devait rentrer peu après 15 heures mais tel n’a pas été le cas. «Il était très fatigué car c’était son dernier jour de day duty. On s’est parlés vers 19h30 le soir du 31 août. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas trop converser. J’ai entendu des cris. Ses collègues hurlaient. Puis, la communication a coupé», se souvient Mariam. Vers 23 heures, elle a tenté d’avoir son époux à nouveau au téléphone mais «so portab ti deza off». Elle a alors pensé que la batterie de son téléphone était à plat. Elle a tenté de l’avoir une seconde fois vers 1 heure, avant de se remettre au lit, pensant qu’il allait rentrer au lever du jour comme il l’avait fait à plusieurs reprises dans le passé.

 

Colère et révolte

 

Mais au matin, c’est le choc. En vérifiant sa page Facebook vers 6 heures, Mariam apprend la terrible nouvelle. «C’est de cette façon que j’ai appris le naufrage du Sir Gaëtan.» Paniquée, elle réveille Ilma et lui demande d’appeler la police. Peu après, un voisin la conduit à l’hôpital SSRN en voiture. «La police m’avait dit qu’il y avait quatre personnes qui se trouvaient sur le bateau là-bas. Sur place, j’ai appris que mon époux n’y était pas. Je me suis ensuite rendue à Poudre-d’Or où les recherches étaient en cours pour retrouver mon époux.» Les recherches sont toujours en cours.

 

Le ton de Mariam monte quand elle pense à ceux qu’elle juge responsables de la disparition de son époux et de la mort des trois autres marins. La colère et la révolte se mêlent à son chagrin. «Le Sir Gaëtan n’était pas en état de faire ce remorquage, surtout avec une mer complètement démontée. La météo était défavorable. Le temps s’était détérioré depuis samedi car il y avait un anticyclone. Mon époux et son équipage ne devaient pas sortir. Le plus révoltant est l’absence de communication de la part de la MPA. Le Port Master est le seul à m’avoir rendu visite mais je n’étais pas en état de bien comprendre ce qu’il m’a dit», avance Mariam. Des collègues de son époux lui ont également rendu visite. L’un d’eux, souligne-t-elle, lui a raconté les circonstances entourant la disparition de son époux. «So koleg inn rakont mwa ki 2 vag ti tap lor ti bato kot li ti ete sa zour-la kan Sir Gaëtan inn koumans koule. Koleg-la inn osi trouv enn vag pran li ale an ot mer. Li ti ena so zile sovtaz lor li. Li mem ti dernye dimoun pou kit Sir Gaëtan sa swar-la ; ti ena boukou presion lor li akoz li kapitenn.»

 

Selon Mariam, son époux n’arrêtait pas de faire des heures supplémentaires depuis le naufrage du Wakashio. Le 31 août, Moswadeck a dû prendre un van de Port-Louis pour aller à Mahébourg où il a embarqué sur un petit bateau pour rejoindre l’équipage du Sir Gaëtan et ramener le remorqueur au port. «Zame li pann refiz travay, sirtou kan kapitenn Newoor ti pe telefonn li», affirme Mariam.

 

Le capitaine Newoor est d’ailleurs celui qui aurait ordonné à l’équipage du Sir Gaëtan de sortir par mauvais temps et de nuit pour remorquer la barge L’Ami Constant – appartenant à la compagnie Taylor Smith – de Pointe-d’Esny jusqu’au port. Il a été longuement interrogé «under warning» par les enquêteurs du CCID durant la semaine écoulée concernant toute cette affaire, avant d’être autorisé à rentrer chez lui. Son interrogatoire reprend cette semaine. Un proche de Moswadeck Bheenick a aussi consigné une Precautionary Measure la semaine dernière dans laquelle il accuse la MPA de «négligence criminelle». Il a aussi fait part de ses craintes que des responsables de cet organise «manipulent des informations importantes» afin de pervertir le cours de l’enquête. Maintenant, toute la famille du capitaine Moswadeck Bheenick espère avoir des réponses et surtout, que les recherches pour le retrouver aboutissent.

 

En attendant, Mariam s’accroche à l’espoir, bien que toute cette situation la plonge dans un tourbillon émotionnel comme elle n’en a jamais connu. Et dire que le couple devait fêter son anniversaire de mariage dans quelques jours ainsi que les 55 ans de Moswadeck, le 28 septembre. À cette occasion, ce dernier voulait se rendre à son restaurant préféré au Mon Choisy Mall. Ce mois qui devait être festif s’est hélas transformé en cauchemar pour toute cette famille ainsi que plusieurs autres familles.

 

Jean Marie Gangaram

 


 

Pluie d’auditions dans les locaux du CCID cette semaine

 

Il y a eu plusieurs auditions dans les locaux du Central Criminal Investigation Department (CCID) durant la semaine écoulée afin de faire la lumière sur les circonstances de l’opération de remorquage de la barge L’Ami Constant, appartenant à la firme Taylor Smith le lundi 31 août, alors que les conditions météorologiques étaient défavorables. Celle-ci, ayant conduit au naufrage du remorqueur Sir Gaëtan qui, rappelons-le, a fait trois morts – Sylvain Jimmy Addison, Sujit Kumar Seewoo et Lindsay Plassan –, quatre rescapés – Antonio Sandro L’Aiguille, Clifford Philippe Montagne-Longue, Elvis Alain Eleonore et Kwong-Fa Yan Sun Fong – et un disparu, le capitaine Moswadeck Bheenick.

 

Trois des quatre rescapés entendus

 

Des quatre rescapés du naufrage, trois ont été interrogés par les enquêteurs du CCID mardi et mercredi. Le premier, Sandro L’Aiguille, a expliqué avoir reçu les ordres de son supérieur Jimmy Addison afin de faire partie de l’équipe devant conduire cette opération de remorquage. Il a expliqué que le rwayar utilisé pour rattacher la barge au remorqueur s’est cassé lorsqu’ils sont arrivés dans les parages de Belle-Mare et qu’ils ont tenté de le rattacher, en vain ; les conditions météorologiques rendant difficile leur tâche.

 

Lorsque la barge a heurté la coque du Sir Gaëtan, l’eau a commencé à pénétrer dans la salle des machines. Il a expliqué que le capitaine Moswadeck Bheenick a même essayé de pomper l’eau lorsque l’alarme s’est déclenchée mais que cela n’a en rien amélioré leur situation. D’après Sandro L’Aiguille, le capitaine aurait mentionné avoir pris contact avec des collègues de la Mauritius Ports Authority (MPA) pour que des secours leur soient envoyés. Il affirme que le capitaine a respecté toutes les procédures avant de donner à son équipage l’ordre d’évacuer le bateau et qu’il a été le dernier à quitter le remorqueur. 

 

Le Senior Technician Kwong-Fa Yan Sun Fong a donné la même version aux enquêteurs. Il a expliqué que le capitaine Bheenick a donné l’ordre d’évacuer lorsqu’il s’est aperçu que la salle des machines prenait l’eau malgré leurs nombreux efforts pour remédier au problème. Il se souvient que le capitaine se trouvait toujours à bord du remorqueur lorsque le canot de sauvetage sur lequel d’autres marins et lui se trouvaient a chaviré à cause d’une grosse vague. Le marin Clifford Montagne-Longue a avancé la même version, soutenant que le capitaine Bheenick avait suivi les procédures qu’il fallait. Il dit ignorer, cependant, d’où provenaient les instructions afin de conduire cette opération ce jour-là.

 

La version des faits du rescapé Elvis Eleonore est toujours attendue. Il n’a pas encore pu donner sa version des faits, son état de santé ne le permettant pas.

 

Interrogatoire «under warning» pour le Deputy Port Master Kavidev Newoor

 

Pendant plus de sept heures, le no 2 du port, Kavidev Newoor, a été interrogé par les enquêteurs du CCID le jeudi 10 septembre. Assisté de son conseiller légal, Me Neelkanth Dulloo, il a dû donner aux enquêteurs des éclaircissements sur sa tâche en tant que Deputy Port Master (DPM). Il a expliqué que la décision de conduire l’opération de remorquage avait été décidée une semaine plus tôt. Il a confirmé avoir été en contact avec le capitaine Moswadeck Bheenick plusieurs jours avant l’opération afin de lui donner des directives sur le remorquage de la barge.

 

Il avance que, selon les procédures à suivre, les membres de l’équipage auraient été mis au courant des mauvaises conditions météorologiques le lundi 31 août et que c’est au capitaine que revient la décision de conduire ou pas l’opération. Il déclare, cependant, ne pas savoir si le capitaine Moswadeck Bheenick avait obtenu tous les renseignements nécessaires avant le remorquage de L’Ami Constant, étant en congé ce jour-là.

 

Enfin, il a expliqué qu’après avoir été tenu au courant du drame en mer par le headquarter de la MPA, il y aurait eu des échanges de communication entre lui et le capitaine Moswadeck Bheenick. Il devra fournir les détails de leur conversation lorsqu’il sera à nouveau interrogé la semaine prochaine.

 

Le syndicaliste Jean-Yves Chavrimootoo questionné sur ses déclarations dans la presse

 

Il a soutenu, dans les médias, que les membres d’équipage avaient été forcés de remorquer la barge L’Ami Constant le lundi 31 août, et ce, malgré le mauvais temps, alors qu’il était prévu que l’opération ait lieu le lendemain. D’après Jean-Yves Chavrimootoo, négociateur syndical de la Mauritius Ports Authority Maritime and Other Staff Union, le DPM Kavidev serait derrière cette décision. C’est dans ce sillage qu’il a été convoqué dans les locaux du CCID, cette semaine. Il était accompagné de Me Jean Claude Bibi. Il a aussi expliqué que cela fait un an que le syndicat se bat avec le management du port pour que des équipements adéquats soient mis à la disposition du personnel et que la maintenance des remorqueurs se fasse correctement.

 

Elodie Dalloo