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Marie Michèle Etienne : «Le mot solidarité a pris tout son sens ces deux dernières années»

«La lueur d’espoir, c’est le Mauricien lui-même avec sa résilience, ses ressources et tout ce qu’il est disposé à faire pour son pays.»

Une vraie lueur d’espoir et de positivité à elle toute seule ! Michèle, Marie Michèle ou «mamie» Michèle, peu importe comment on l’appelle, l’ancienne Speakerine à la MBC-Radio et présentatrice à Radio One reste fidèle à elle-même. Solaire, avec sa bonne humeur et son rire contagieux, elle nous dresse son constat de la situation actuelle, tout en nous donnant des raisons d’espérer en un avenir meilleur ; des lueurs d’espoir sous le signe de la solidarité et du vivre-ensemble. 

Comment je vis la situation depuis 2020…

 

L’angoisse. Quand on a commencé à parler de Covid-19, je me suis dit que ça paraissait bien sérieux mais qu’avec toute l’avancée médicale, ce sera une course au remède qui sera vite trouvé. Puis, les cas ont augmenté et là, on voyait bien que ça n’allait pas partir de sitôt. J’étais angoissée comme beaucoup de personnes à l’idée que ça touche notre rive. Je revivais un peu le même questionnement qu’à l’apparition du Sida, la même méfiance par rapport à ceux qui pourraient être porteurs, même si ce n’est pas du tout la même chose. Le point commun dans les deux cas, c'est qu'il s’agit de responsabilité globale et individuelle. Puis, quand le virus est arrivé chez nous, j’angoissais à l’idée d’être celle qui pourrait le transmettre à mes proches.

 

Vaccin ou pas ? Pour la deuxième vague, la question était plutôt s’il fallait faire le vaccin ou pas. Je n’avais pas vraiment de réponse mais à chaque fois que je regardais la télé et qu’on parlait de comorbidités, dont l’obésité fait partie, je recevais comme un coup de poing dans la poitrine. C’est ce qui m’a décidée finalement. D’autant que j’ai un côté caché : je suis assez hypocondriaque, donc j'ai tout le temps peur d’être malade. Mais je suis une hypocondriaque positive (rires).

 

Ce que cette crise nous a révélé…

 

Coup de pied. Je crois qu’on aurait pu s’en passer. Toutefois, la pandémie de Covid-19 (et tout ce qu’elle a entraîné) est comme un coup de semonce à notre société, pour que nous prenions conscience que nous étions peut-être en train d’aller trop loin dans notre individualisme, notre égoïsme, notre je-m’en-foutisme, que ce soit au niveau de l’humain, de l’environnement, etc. Avec ce gros coup de pied dans notre bulle, on s’est presque tous réveillés. Sauf, quelques-uns qui se croient inoculés et pas du tout concernés. Heureusement, c’est une minorité. On s’est aussi rendu compte qu’on pouvait vivre avec l’essentiel, sans tout le superflu dont on croyait avoir besoin.

 

Solidarité. Dans mon métier, ayant été avec le public dans des moments difficiles comme les gros cyclones ou les émeutes, j’ai vu à chaque fois cet élan de solidarité des Mauriciens. Mais là, avec la Covid, c’est encore plus marquant. Au départ, il y a eu une vague de solidarité extraordinaire. Malheureusement, à mesure que le temps passe, certaines mauvaises habitudes reviennent. Bien sûr, les ONG ont fait et font toujours un travail formidable mais il faudrait aussi une participation continue au niveau national, à tous les niveaux de notre société.

 

Opportunité ratée. Il est vrai aussi que les gens, souvent, agissent par rapport à l’exemple qui vient d’en haut. Certains se disent, avec raison : kifer mwa mo bizin fer zefor alor ki ena pli lao pa pe fer zefor ? Kifer pe koup mo la pey alor ki pa pe koup pou seki gagn plis ki mwa ? Il y a beaucoup de questionnement, de souffrance aussi chez certains. On voit bien qu’il y a un gros dysfonctionnement. C’est une opportunité ratée de montrer que chacun à tous les niveaux peut faire des efforts et de fédérer pour faire accepter le fait que nous devons lutter ensemble pour sortir le moins amochés possible de cette crise.

 

Méfiance. Et puis, il y a cette impression d’être un peu floué, qu’on ne nous dit pas tout, qu’il y a un manque de transparence au plus haut niveau. Les gens deviennent alors méfiants. Or, je crois les Mauriciens assez intelligents pour comprendre une situation quand on le leur explique correctement et clairement. Si la communication passe bien, qu’on sent la sincérité en toutes circonstances, c’est déjà ça de gagné !

 

Comment donner un nouveau souffle au pays…

 

Met latet ansam. Je n’ai pas la prétention de faire la leçon à qui que ce soit mais je crois qu'il y a une réelle réflexion à faire sur une sorte de comité élargi comprenant différents secteurs, opinions, compétences, courants politiques, tranches d’âge, avec l’objectif de met latet ansam pour sortir le pays de cette crise. Nous avons tellement de gens compétents, alors pourquoi ne pas les mettre à profit dans une telle situation d’urgence ? Ce serait aussi l’exemple d’une excellente santé démocratique.

 

Réinventons-nous ! Il y a énormément de belles choses à construire, à reconstruire, à tous les niveaux de notre société, toujours autour de cette solidarité mauricienne, ce vivre-ensemble que nous pratiquons si bien la plupart du temps. Faut-il tout casser ? Pas forcément. Prenons ce qu’il y a de meilleur et pour le reste, innovons, réinventons notre société ! On va s’en sortir, c’est obligé. Nous n’avons pas le choix. Donc, mettons-nous au travail !

 

Des lueurs d’espoir, oui il y en a…

 

Notre force. La première lueur d'espoir, c'est cette solidarité mauricienne qu’on a vu se décupler avec la situation que nous vivons depuis 2020. Notamment à travers le nombre de repas et de living care donnés à des familles durant cette pandémie et l’implication des Mauriciens dans la discrétion, y compris dans le domaine éducatif. Le mot solidarité, qui était devenu tellement cliché, a pris tout son sens durant cette période. C’était aussi : mo ena trwa pom de ter, mo donn twa enn, inpe la farinn, mo partaz ek twa. Tout le monde a vécu ce genre de situation ces deux dernières années. On l’a aussi vécu autour du Wakashio et à d’autres occasions. Notre solidarité, c’est notre force !

 

Agir. La lueur d’espoir, finalement, c’est le Mauricien lui-même, avec sa résilience, son courage, ses ressources et tout ce qu’il est disposé à faire pour son pays. Encore faut-il l’entendre, l’écouter et agir en conséquence !

 


 

Mon actu du moment

 

Après une longue carrière à la radio – 35 ans à la MBC et 4 ans à Radio One –, où j'ai commencé à l'âge de 19 ans, je me suis arrêtée en 2006. J’ai toujours pensé qu’il fallait passer le flambeau à un moment. Je me suis alors lancée en free-lance en donnant des cours de formation en communication orale. Mais l’un de mes meilleurs jobs, c’est de garder mes petits-enfants ; j’en ai cinq dont trois encore petits. Je suis aussi la maman de trois filles, Virginie, Priscille (Pic) et Pauline. Malheureusement, Pic, la cadette, nous a quittés il y a bientôt trois ans. Je m’étais toujours dit que si l’une de mes filles mourait avant moi, j’entrerais avec elle dans le cercueil. Mais malgré la terrible douleur, je me surprends à continuer d’avancer, bien entourée par la famille et les amis, et sachant que ma fille est là spirituellement. Aujourd’hui encore, il y a des moments difficiles, de la tristesse, mais je les accueille et je les vis, tout comme j’accueille aussi les bons moments et la joie.

 

Un autre bonheur, c’est de vivre en pleine nature à Les Mariannes depuis cinq ans. Mon époux Jean et moi y avons aménagé un jardin d’arbres fruitiers rares ainsi qu’un coin avec des plantes médicinales. Nous avons aussi, depuis récemment, une ruche à abeilles.

 

Sinon, j’ai le plaisir d’accompagner, souvent en binôme avec mon amie Pooba Essoo, quelques ONG, notamment Lovebridge et le Groupe Réfugiés Chagos. Je suis aussi la marraine de plusieurs associations dont le Collectif Arc-en-Ciel. Voilà en gros ce que je fais aujourd’hui, à 67 ans !