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Marianne Sarah Vieillesse : «Personne ne demande ce qui se passe dans la tête d’un rescapé d’un accident de la route»

Elle a deux vies : celle d’avant et celle qu’elle mène aujourd’hui. Marianne Sarah Vieillesse a 43 ans. Et le 21 avril 2018, sa vie a été complètement chamboulée. Alors qu’elle était en route pour l’aéroport à bord de sa voiture qui était conduite à ce moment-là par son frère Giovanni, ils ont été victimes d’un accident de la route. Son frère a rendu l’âme quelques jours plus tard et elle, malgré des séquelles physiques et psychologiques, a continué à avancer. Dans sa reconstruction, elle a imaginé l’association Sarah qui promet de venir en aide aux victimes d’accidents de la route. Elle nous explique comment cette structure va opérer.

Pouvez-vous comprendre l’état d’esprit dans lequel se trouvent les proches de Yannick Permal, tué dans l’accident du métro, ou encore ce que vivent les familles de Jean-François Gino Laval et de Viveksingh Hurdoyal, tous les deux victimes d’accidents de la route cette semaine ?

 

Je peux tout à fait comprendre comment cela se passe actuellement au sein de ces familles car je suis moi-même une victime d’accident, ayant fait un accident et ayant aussi perdu un être proche, mon frère, dans un tel drame. Je sais donc que ces familles se sentent perdues, désespérées et qu’elles sont aussi animées par de la colère. Il y a aussi de la tristesse. Un mélange de tout. Quand on vit une telle tragédie, on est comme foudroyés par quelque chose qui vient chambouler notre vie. On veut comprendre mais on n’y arrive pas.

 

Vous partagez cette réalité. Vous êtes aussi passée par là et vous dites que les rescapés et mêmes les familles ne sont pas encadrés. Comment est-ce qu’une association peut changer tout cela ?

 

Le but de l’association, c’est de mettre en lumière une réalité. Un des objectifs est de venir essayer de changer la mentalité des gens.

 

C’est-à-dire ?

 

Après un accident, il y a des personnes qui viennent juger les victimes, qu’il s’agisse de celles qui sont décédées ou celles qui s’en sont sorties. On juge souvent les victimes par rapport à ce qui s’est passé. La nature humaine, c’est d’essayer de chercher un bouc émissaire à chaque fois. On va donc essayer de changer cela. On a des plans de travail autour de la prévention.

 

Comment est-ce que votre association va venir épauler/aider les victimes et changer les choses ?

 

On travaille avec deux avocats, des médecins et une psychologue. Notre premier but est de canaliser les victimes vers les bonnes structures, vers les soins qu’il leur faut après un accident de la route. J’aimerais dire aux victimes qu’elles ne sont pas seules et qu’avec un soutien, un bon encadrement, on avance. I always believed that I was saved for a reason. If a person heals from a life tragedy after reading my story, my journey will have been worth it.

 

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un rescapé d’un accident de la route ?

 

Il y a beaucoup de choses qui changent. À un certain moment, certaines victimes peuvent se renfermer sur elles-mêmes. Ça m’est arrivé. On est jugés, on est pointés du doigt et il arrive des moments où on se sent aussi coupables. Après, on se pose beaucoup de questions autour de l’accident lui-même. Par exemple, dans mon cas, je partais à l’aéroport quand l’accident est arrivé. Je me suis dit : est-ce que j’aurais dû prendre un taxi ? Est-ce que j’aurais dû faire appel à quelqu’un d’autre au lieu de sortir ce jour-là avec mon frère ? Ce sont autant de questions qui se sont bousculées dans ma tête. On se sent aussi perdus et on ne comprend pas ce qui nous arrive.

 

Qu’est-ce qui s’est passé lorsque vous vous êtes retrouvée à l’hôpital après votre accident ?

 

J’ai reçu des soins mais pas d’encadrement psychologique. Or, avoir ce genre d’aide est très important. On ne sort pas d’un accident indemne. On a besoin d’être écouté. On doit recevoir un encadrement psychologique parce qu’un accident laisse toutes sortes de séquelles : physiques ou psychologiques. Je ne suis pas la seule dans cette situation, d’où la naissance de mon projet. Souvent, une victime se retrouve seule. Dans certains cas, le physique ne suit pas avec les blessures, tout comme le mental avec tout le traumatisme. Il y a la famille, certes, mais on se retrouve seul avec ce qu’on a vécu. Après un accident, c’est l’enquête, la police, les médecins, puis dépendant des cas et de votre état de santé, vous rentrez chez vous. Même si dans l’accident, vous avez perdu un enfant, un frère ou un proche, vous rentrez chez vous. Après, l’enquête suit son cours. Mais personne ne demande ce qui se passe dans la tête d’un rescapé d’un accident de la route, comment les victimes vivent cela, quelle est la vie après…

 

Depuis que mon projet a été dévoilé au grand jour, j’ai eu beaucoup d’appels, de messages : de personnes qui ont fait un accident ou qui ont perdu un proche récemment ou depuis très longtemps, qui me racontent leur souffrance et ce qu’elles vivent depuis le drame. On n’oublie jamais un accident. On n’en guérit jamais. On avance. Et quand je vois tous les responses autour du projet, je me dis que j’ai eu raison et que l’association Sarah a toute sa raison d’être. J’ai eu la chance d’être encadrée par des amis. Kouma nou dir an kreol, mem dan mo bez monn gagn boukou sans. On m’a écoutée. J’ai suivi une thérapie. Ce qui est difficile, c’est quand on vous regarde comme si vous étiez l’accusée, la coupable.

 

Pourquoi estimez-vous que votre association a sa raison d’être ?

 

Quand on parle des accidents, on parle souvent de la prévention mais jamais de l’après-accident, de ce que deviennent les victimes. La mission principale de la fondation est de venir en aide et d’informer ces victimes, ces rescapés d’un accident et leur famille. L’idée est donc d’apporter un soutien à ces familles ayant perdu un membre, un proche, un ami. On souhaite aussi aider à changer les mentalités pour que chacun essaie de se mettre à la place d’une victime avant de la juger. Lorsqu’on accompagne un proche atteint d’une grave maladie, le caractère prévisible de sa mort nous prépare à vivre un deuil, qui est dur mais qui est en quelque sorte amorti. Alors que la mort brutale ne laisse aucune possibilité de préparation, qu’elle soit psychologique ou matérielle. Le but de l’association est donc de mettre en place une cellule d’aide aux familles de victimes décédées et aux survivants, en particulier, ceux qui doivent faire face à des séquelles comme des blessures graves, des amputations ou ceux qui sont devenus handicapés d’une manière quelconque ou ne sont plus autonomes, aux témoins d’accidents et d’autres qui vivent dans le traumatisme d’un accident.

 


 

Une main tendue sur le chemin de la reconstruction

 

En sus de la mise en place d’un service d’écoute, l’association Sarah promet d’offrir un suivi, au moins une fois par semaine dans un premier temps, aux victimes. L’association, avec l’aide de psychologues et d’hommes de loi, propose aussi, entre autres services, d’accompagner des victimes dans des démarches administratives avec les enquêtes suivant généralement un accident. Les services sont gratuits, et une totale discrétion et de la confidentialité seront aussi assurées. L’association est joignable sur le numéro suivant : 5745 8676.