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La diaspora mauricienne en communion avec les marcheurs de Port-Louis

À Genève, en Suisse, en France, en Allemagne ou encore à Perth, en Australie, des Mauriciens de presque partout se sont rassemblés en solidarité avec ceux qui ont marché hier, samedi 29 août, à Port-Louis.

Des Mauriciens de plusieurs pays se sont mobilisés, le samedi 29 août, et certains la veille, pour tenir des rassemblements en parallèle avec la marche pacifique menée par Bruneau Laurette dans les rues de la capitale. Ils expliquent leur démarche...

«Je ressens une grande fierté. Les gens ont pris un jour de congé, se sont déplacés pour venir faire entendre leur voix. Je me sens plus que jamais mauricienne.» En s’exprimant, Ketty pèse chacun de ses mots. Elle a le cœur rempli d’émotion et le sentiment du devoir accompli. À des milliers de kilomètres de son île, devant l’office des Nations Unies à Genève, unie avec d’autre compatriotes de la Suisse en ce vendredi 28 août, le quadricolore flottant au vent, elle voulait exprimer son amour pour son pays mais aussi se montrer solidaire avec tous ces marcheurs qui, le samedi 29 août, à Port-Louis, ont affiché leur patriotisme lors de la marche pacifique organisée par l’activiste Bruneau Laurette pour dénoncer la gestion du dossier Wakashio.

 

Mais si Ketty a voulu faire partie de ce mouvement réunissant en simultané la diaspora mauricienne en ce samedi, dans des rassemblements un peu partout dans le monde, c’est surtout pour pousser, comme plusieurs personnes, un coup de gueule. Elle devait être là. Elle se devait d’être partie prenante de cette action citoyenne pour passer son message comme tous ceux qui se sont déplacés comme elle et qui, sur des panneaux et autres banderoles – «Morisien to racine pe brile», «As one people, one nation, we stand against corruption, dictatorship, drugs dealers & discrimination» ou encore «Démocratie en danger. Rendez-nous la liberté d’expression» –, ont laissé éclater leur mal-être face à certains événements de ces derniers temps qui mettent, selon eux, le pays en péril.

 

«Même si j’adore l’Europe et qu’il fait bon vivre ici, je ne suis pas et je ne serai jamais une Européenne. Mon cœur est attaché à mon île. Le gouvernement est en train de tout détruire. Si on ne se bouge pas, qui va le faire à notre place ? À Maurice ou ailleurs, nous avons dénoncé les magouilles et crié haut et fort que nous voulons du changement», confie la jeune femme qui a fait le déplacement de France pour aller manifester à Genève, en ce lieu symbolique : «Mon pays, je le porte en moi et où que je sois dans ce monde, je me déplacerai pour soutenir mon peuple. Fini la soumission. Ils doivent nous entendre !»

 

Si au cœur de ces actions, un certain ras-le bol est palpable, la solidarité était le maître-mot et l’élément phare de ces rassemblements aux quatre coins du monde. «Que le peuple mauricien à Maurice sache que nous n’avons pas abandonné notre île. Les Mauriciens à l’extérieur sont partis car ils étaient fatigués de bosser pour une misère pendant que le gouvernement profite du dur labeur de son peuple. Nous sommes là ! Nos voix comptent. Je fais une petite parenthèse pour les Mauriciens et expatriés bloqués à l’étranger et qui ne peuvent pas rentrer, c’est inacceptable ! Il y a des Mauriciens qui meurent de faim ici, qui ne savent plus quoi faire et qui n’ont plus de sous pour vivre. C’est triste. Nous avons affaire a un gouvernement sans coeur. Sachez, peuple mauricien, que où que nous soyons dans le monde, nous sommes avec vous et nous vous apportons notre soutien sans condition», ajoute la jeune femme qui, comme beaucoup de natifs de notre île, n’ont pas voulu rester en marge de cet événement qui a mobilisé des jeunes et moins jeunes de tous horizons à Maurice et ailleurs.

 

«Une île Maurice meilleure»

 

Les membres de la communauté mauricienne installés au Canada adhèrent aussi à la mouvance. «Je suis personnellement révoltée par l’attitude du gouvernement», nous confie Sheelpa Herry Biswas qui était de tout coeur, hier, avec les marcheurs qui ont fait entendre leurs voix dans les rues de Port-louis. À Londres, en Italie et dans d’autres parties du monde, des compatriotes ont également soutenu l’initiative de Bruneau Laurette pour «une île Maurice meilleure». C’est ce qui a motivé Adam Ramsahye et ses amis à être en communion avec les marcheurs de Port-Louis. «Nous sommes un groupe d’amis : Kreena, Didier et Lynsie de Strasbourg et Vanina et moi-même de Paris. Notre objectif est d’aider les ONG et la diaspora en France. Nous ne sommes pas physiquement à Maurice mais notre coeur y est. La marche du 29 août est une page qui se tourne dans l’Histoire de notre île. Le fait d’être à l’étranger ne nous exclus pas du combat pour une île Maurice meilleure. Nos compatriotes à Maurice organisent une marche et nous ne pouvons rester insensibles à cette opportunité unique de changer le cours de notre Histoire. Nous sommes d’humbles ambassadeurs de notre culture, de notre héritage et de toutes les valeurs qui font briller notre île. Cette mobilisation, ici à Paris, n’était pas qu’un intérêt mais un devoir», confie le jeune homme qui, avec d’autres Mauriciens, étaient rassemblés sur l’esplanade du Trocadéro.

 

Pour lui, tous ces mouvements de compatriotes à travers le monde démontrent que le mauricianisme existe : «Nous sommes physiquement loin mais notre cœur est à Maurice. Tout ce qui se passe chez nous, nous concerne directement. La solidarité mauricienne n’a pas de barrières.» Des compatriotes de la ville de Montpellier, en France, se sont aussi rassemblés. «L’action symbolique que nous avons menée à Montpellier est née de l’amour que nous portons à notre pays et aux habitants humains et non humains vivants à Maurice et aux alentours. Après que le Wakashio s’est échoué dans le sud de l’île, j’ai suivi, à travers les réseaux sociaux, l’initiative citoyenne qui avait pour but de nettoyer les dégâts causés par le naufrage. C’est la première fois que je voyais une vraie unité nationale à Maurice. J’ai eu alors l’impression qu’il n’y avait plus de division au sein de la population, plus de différence de couleur de peau, de religions, de castes... Tout le monde était uni dans le besoin de protéger notre île. En étant loin de Maurice, j’ai ressenti de la colère, de la tristesse mais aussi de la joie et de l’espoir au vu d’une telle mobilisation citoyenne. Malgré la distance, nous avons envie d’exprimer notre soutien à ceux et celles qui vivent proches des endroits affectés et à tous les Mauricien(ne)s qui ont et continuent à donner leur temps et leur énergie pour la préservation de notre environnement», souligne Christopher Amurat qui suit de près l’actualité de son île.

 

Des revendications

 

Et il a tenu à faire partie du mouvement. «Nos revendications sont principalement écologiques. À mon sens, cela semble se présenter comme la priorité. Je ne vois pas l’intérêt de participer au jeu des divers politiciens de l’opposition et du pouvoir en place qui se servent de ce désastre écologique pour discréditer leurs adversaires et ainsi obtenir des voix pour les prochaines élections. Cette événement tragique peut, à mon sens, permettre à Maurice de se diriger vers des moyens énergétiques propres et locaux, ce qui nous permettrait de ne plus faire face à ce genre de situation dans le futur. En somme, cela permettrait à la génération future de vivre dans une île Maurice plus éco-responsable et moins dépendante des agents externes.»

 

D’un pays à l’autre, les mêmes messages et les mêmes interrogations par rapport aux événements de ces derniers temps, découlant de l’échouage du Wakashio. La mouvance a aussi atteint l’Allemagne où des compatriotes ont tenu à être unis avec tous les autres Mauriciens qui ont voulu faire résonner leurs voix jusqu’à leur île Maurice. C’est à Düsseldorf que Fiona Bellenstedt s’est réunie avec d’autres compatriotes en solidarité avec ceux qui ont marché à Maurice. «Quand je vois ce qui se passe actuellement, je me demande comment Maurice en est arrivée là ! De qui est-ce la faute ? Une réponse que nous ne saurons peut-être jamais. Comme beaucoup de dauphins et autres mammifères marins qui ont souffert avant leur mort, je souffre aussi. Malgré les 12 000 km qui me séparent de mon île, je suis furieuse et en même temps, dévastée par cette situation. Nous, les Mauriciens, avons fait le choix de vivre à l’étranger, mais n’oublions pas que sommes nés sur le sol mauricien et que nous appartiendront toujours à cette terre. Je dis toujours que mon âme restera toujours à Maurice. Comment rester insensible et silencieux face à toute cette injustice à laquelle sont confrontés les Mauriciens. Avec quelques Mauriciens, nous avons décidé de nous retrouver hier, à Düsseldorf pour montrer toute notre solidarité à la famille mauricienne. Que Dieu nous donne la force de surmonter cette épreuve !» nous confie Fiona Bellenstedt, contente de la dimension qu’a prise la marche du 29 août.

 

Au-delà des frontières, des images des personnes unies, de toutes les communautés confondues… À Perth, en Australie, des compatriotes ont aussi fait flotter le drapeau de notre île. «Sydney et Melbourne sont en lockdown. La communauté mauricienne de Perth a ainsi été le porte-parole des Mauriciens ici pour participer à cet acte de patriotisme», confie Nicholas Cangy, qui représente le mouvement de Bruneau Laurette à Perth et participe, avec d’autres compatriotes, à la manifestation To pays bizin twa.

Différentes pages Facebook ont aussi vu le jour ces derniers temps où des compatriotes de différentes parties du monde ont posté des messages de soutien et de solidarité à ceux qui ont marché hier à Port-Louis pour faire entendre leur voix pour une meilleure île Maurice pour tous.