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Arnaud Carpooran : «L’introduction du kreol au Parlement est réalisable à court terme»

L’apprentissage, l’enseignement et la formation doivent se faire graduellement si l’on veut que «les gens maîtrisent la langue»… C’est ce que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a indiqué au Parlement le mardi 27 mars. Selon lui, cet objectif se concrétise avec l’enseignement du kreol au primaire et au secondaire depuis cette année. Le Professeur Arnaud Carpooran, doyen de la faculté des sciences sociales et humaines de l’Université de Maurice, et auteur du premier dictionnaire officiel en kreol morisien, répond à nos questions.

Pour Pravind Jugnauth, l’introduction du kreol au Parlement peut être envisagé quand toutes les conditions seront remplies. La «volonté» est là. Comment analysez-vous cette déclaration ?

 

À chaque fois que la question revient sur le tapis, il y a une valeur ajoutée qui vient alimenter le débat. Il y a ainsi à chaque fois une évolution dans les réponses entourant cette question d’introduire le kreol au Parlement. Par exemple suite à la dernière question dans l’Hémicycle, il a été dit que oui le kreol a sa place au Parlement parce que c’est un facteur unitaire mais que cela se fera au bon moment. Cette fois, il y a eu des précisions sur ce qu’il faudra faire pour faciliter cela. Par exemple, il y a eu des précisions sur la question des éléments techniques qu’il faut voir. Cela a été soulevé, c’est concret, ils ont été identifiés et cela permet, à mon sens, d’établir un calendrier dans le temps.

 

C’est-à-dire ?

 

Auparavant, il y avait un refus de principe. Certaines personnes disaient non que le pays n’est pas encore près. Bien avant, les gens disaient que le kreol n’étaient pas un langage. Mais maintenant, plus personne n’utilise ces arguments. Un Premier ministre ne va certainement pas prendre le risque de dire cela aujourd’hui comme argument pour ne pas introduire le kreol au Parlement. D’autant plus que le kreol est enseigné à l’école ! Dans le passé, on disait aussi si le kreol est introduit, il faudrait aussi introduire x ou y langue. Au cours des derniers débats, ce genre d’arguments n’ont pas refait surface. Aujourd’hui, ce qui semble empêcher l’introduction du kreol au Parlement, sont des éléments d’ordre technique. Donc, il y a eu une évolution énome. C’est faux de dire que depuis 40 ans, des questions sont posées et nous avons les mêmes réponses. Les réponses ont évolués. Les blocages aujourd’hui sont davantages techniques et non pas philosophiques, idéologiques et politiques. Il s’agit maintenant d’identifier ces éléments techniques et voir comment les résoudre.

 

Est-ce que ça prendra du temps, selon vous ? 

 

L’accord de principe est déjà là. Dans le principe, il a été dit que oui, il faut introduire le kreol mais, on n’est pas encore prêt pour le faire parce qu’il faut faire des réglages techniques. Maintenant, il faut cerner ces éléments techniques. Le Premier ministre l’a lui-même énuméré : qu’il faut que les gens soient former pour écrire d’après la langue officielle. Cette formation ne va certaienement pas durer une éternité. Les personnes concernées doivent, un jour, pouvoir commencer à suivre une fomation dans un time frame. Au primaire par exemple, les élèves apprennent notre langue maternelle en deux ou trois mois. Ce n’est pas un problème. Il faut aussi que les parlementaires savent quel mot peut être utilisé au Parlement. Il faut ainsi un travail sur les vocabulaires unparliamentary. Si un parlementaire utilise ce terme, le/la speaker pourrait le santionner. Il nous faudra dresser une liste d’expressions qui reviennnent à chaque fois et qu’on utilise souvent au Parlement. Ces termes existe en anglais et peut-être aussi en français. Il s’agit donc de mettre en place une liste de ses expressions en kreol qui font parties des rituels au Parlement. Tout cela mérite une préparation. Il faudrait qu’un comité se rencontre, cerne toutes ces expressions et formules rituelles du Parlement. Il faut un temps de préparation pour tout cela, et je ne pense pas que cela va prendre beaucoup de temps. Puis, il a l’élément software – le speech text – qui a été soulevé. Dans ce cas aussi, il faut que quelqu’un puisse travailler sur cet aspect de la chose. C’est d’ordre informatique. Et ce n’est pas insurmontable. Dans le temps, si les problèmes sont essentiellement d’ordre technique, l’introduction du kreol au Parlement est réalisable à court terme.

 

Qu’est-ce qu’un tel changement va apporter au pays ?

 

Le kreol au Parlement élargit notre espace démocratique. Parce que c’est la langue de la mojorité des Mauriciens. 90 % de Mauriciens utilisent cette langue tous les jours. Forcément, ils seront plus en phase avec ce qui se dit au Parlement. C’est le lieu même où s’expriment les souhaits du peuple quand il a voté pour un gouvernement. Il a le droit de savoir ce qui se fait au Parlement. Les Mauriciens ont le droit de savoir quelles questions sont posées et quelles réponses sont données. Quand c’est fait en anglais, seul une poignée de personne comprend parfaitement ce qui se dit. Pour que l’ensemble des Mauriciens puissent comprendre, c’est logique que les débats se fassent en kreol, une langue que tout le monde comprend. Pour les parlementaires également, c’est un atout. Un parlementaire est souvent sous pression, dans une situation de contrainte. Est-ce qu’une personne sous pression est capable de s’exprimer mieux dans une langue étrangère que dans sa langue maternelle ? C’est définitivement dans sa langue maternelle qu’elle pourra mieux exprimer sa pensée. Je ne pense pas qu’on rend service aux parlementaires quand on les oblige à s’expremer dans une autre langue. Dans les deux sens, on élargit le stade démocratique et on améliore le contenu démocratique de ce qui se passe au Parlement.

 

Quel constat faites-vous de l’usage du kreol aujourd’hui par les Mauriciens ?

 

C’est clair qu’Internet a permis un agrandissement, de volume même, d’expressions écrites en kreol. Tous ne respectent pas forcément l’orthographe de la langue, mais c’est déjà bien que beaucoup choisissent de s’exprimer en kreol en écrit et cela, on le voit de plus en plus.