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Vague de scandales : Le gouvernement face à l’indignation citoyenne

Ravi Rutnah, Showkutally Soodhun, Kalyan Tarolah et Ravi Yerrigadoo ont été au coeur de la polémique ces derniers jours.

Des dérapages qui suscitent colère et exaspération. À chaque tollé, c’est l’image du gouvernement et sa crédibilité qui prennent un coup. Aujourd’hui, ce dernier a du mal à se défaire de cette image écornée qui le poursuit et qui fragilise son mandat. Les citoyens, eux, en ont assez et ne se gênent pas pour le faire savoir.

Le feuilleton est palpitant et va de rebondissements en rebondissements. Il y a des insultes, des menaces de mort, des arrestations, des départs et même un peu de scènes hot. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une série télévisée mais bien de la réalité. Ces dernières semaines sont loin d’avoir été pauvres en controverses. La dernière en date : l’affaire Kalyan Tarolah, le Parliamentary Private Secretary (PPS) se serait donc permis de s’éclipser en pleine séance parlementaire pour faire des vidéos à caractère obscène (#lalanggate)et les envoyer à son amie. Les images n’ont pas tardé à circuler sur les réseaux sociaux et ont, une fois de plus, contribué à faire monter la mayonnaise.

 

Face à ce nouveau coup dur, les membres du gouvernement ont préféré faire profil bas, sauf peut-être Prem Koonjoo, ministre de la Pêche, qui déclarait à la sortie du dernier Conseil des ministres, que le gouvernement n’est absolument pas embarrassé : «Qu’est-ce qu’il a fait ? Sextos ? Je ne suis pas au courant. Je ne suis pas témoin. Le gouvernement fragilisé ? Nous avons plus de 65 députés.»Sir Anerood Jugnauth s’est, lui, fendu d’un «mwa ki mo kone ? Mo ti temwin ladan ?».Si le gouvernement veut faire bonne impression malgré les scandales qui éclaboussent ses membres, dans la rue et sur les réseaux sociaux, le ras-le-bol se fait sentir. 

 

Quelques jours plus tôt, c’est Ravi Yerrigadoo qui a démissionné de son poste d’Attorney General, accusé par Husein Abdool Rahim d’avoir participé à un plan de blanchiment d’argent avant que celui-ci ne se rétracte. Il a toutefois maintenu que le document manuscrit qui donnerait des instructions pour l’ouverture des comptes à l’étranger émanant du bureau de l’Attorney General ainsi que les messages WhatsApp sont véridiques. L’arrestation des journalistes qui a suivi dans le cadre de cette affaire a également suscité de nombreuses interrogations.  

 

Une semaine plus tôt, c’est Ravi Rutnah qui défraie la chronique en traitant une journaliste de «femel lisien» lors d’un congrès du Muvman Liberater. Un manque de respect décrié par le mouvement #nilisiennifemel réunissant les femmes journalistes, soutenu par d’autres journalistes et des citoyen(ne)s. Ravi Rutnah ne s’excusera pas auprès de la journaliste et préférera retirer ses propos. 

 

Avant ça, c’est la polémique Soodhun qui a enflammé l’opinion publique. Alors qu’il assiste à un atelier de travail, il s’attaque longuement à Navin Ramgoolam, faisant fi du thème initial de cette rencontre. Devant le dérapage du ministre, Nirmala Maruthamutu, qui assiste à la conférence, se permet de lui lancer un «out of subject». Piqué au vif, il lui ordonne de se taire, la qualifiant d’agent de Navin Ramgoolam, avant de tout bonnement l’expulser de la salle. Avant ça, le même ministre, habitué des dérapages, avait soulevé un tollé en menaçant de mort Xavier-Luc Duval. Il s’est d’ailleurs rendu aux Casernes centrales en fin de semaine pour répondre aux enquêteurs dans le cadre de l’enquête initiée.  

 

Ces épisodes font suite à une série de scandales survenus depuis la prise de pouvoir de l’Alliance Lepep. Il y a eu l’affaire Vijaya Sumputh, proche du ministre Anil Gayan, dont le salaire mensuel est de Rs 323 000 en tant que directrice du Cardiac Centre. La saga Alvaro Sobrinho dans laquelle la présidente de la République serait intervenue auprès de la Financial Services Commission pour faciliter l’obtention des licences. Mais aussi celle de l’Euroloan du ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo, dont l’emprunt de 1,1 million d’euros a été accordé à un taux d’intérêt de 1,5 % à la State Bank of Mauritius. 

 

S’en était suivie l’affaire Rum and Sugar dans laquelle l’impartialité de la Speaker Maya Hanoomanjee avait été remise en question. Il y a aussi eu l’affaire bal kouler de Raj Dayal qui avait été contraint à la démission et l’affaire Youshreen Choomka qui aurait agi comme courtière auprès d’investisseurs étrangers. En outre, il y a eu l’épouse du ministre Yogida Sawmynaden qui aurait perçu des honoraires de Rs 7 millions en tant que notaire lors de la vente de l’hôpital Apollo Bramwell et l’accord du barachois de Poudre d’Or à l’époux de la PPS Sandhya Boygah sans frais et sans bail. 

 

Récemment, c’est une enseignante qui a porté plainte contre le ministre de la Bonne gouvernance, Sudhir Sesungkur, l’accusant de lui avoir envoyé des messages insultants. Le mercredi 27 septembre, c’est l’époux de la plaignante qui s’est rendu à l’ICAC pour porter plainte contre le ministre pour corruption. Autant de scandales qui n’ont, pour sûr, pas arrangé les affaires du gouvernement. 

 

Pravind Jugnauth : «Kalyan Tarolah ne démissionnera pas»

 

Il restera PPS et député. C’est ce qu’a déclaré Pravind Jugnauth hier après-midi à la sortie du bureau politique du MSM. Alors qu’il semblait avoir plié ses bagages de son bureau de PPS en semaine, son leader est venu affirmer qu’il reste toujours en poste. «Il y a une enquête policière suite à la déposition de la dame en question contre Kalyan Tarolah. Laissons la police faire son travail. J’aviserai de la marche à suivre en fonction des conclusions», a-t-il déclaré avant d’affirmer qu’il n’a pas peur d’une éventuelle partielle dans la circonscription no 10.

 

Paroles de citoyens engagés

 

Bhawna Atmaram : «Perdu beaucoup de crédibilité»

 

«La situation est alarmante. Comment des politiciens qui doivent être des role models peuvent-ils agir ainsi ? Des questions se posent sur notre système, sur la condition de la femme, sur la façon dont on la traite, on la considère. Ou allons-nous ? C’est ce que nous devons nous demander. Ce gouvernement a perdu beaucoup de crédibilité. Face aux faux pas, le chef du gouvernement n’a pas pu agir et rappeler à l’ordre. Des menaces de mort ne peuvent pas être tolérées ! C’est à lui, en tant que chef, de sanctionner. Nous avons besoin d’un gouvernement à visage humain, qui arrive à mieux communiquer et à mieux gérer les dossiers.» 

 

Avinash Teeluck : «Un manque de leadership»

 

«Il y a un sérieux manque de leadership. Nous avons un chef qui ne peut pas ramener à l’ordre. C’est pour cela que certains laissent libre cours à leurs pulsions une fois le micro en main. Qu’un ministre se permette d’agresser les gens est grave. Où est la démocratie quand il n’y a pas de respect envers la femme ? 

 

Aujourd’hui, il y a un downfall du système. Le Parlement est un bazar. La moralisation du politicien est essentielle. Nous ne pouvons plus accepter un comportement scandaleux de la part d’un élu. Il faut redéfinir un politicien, définir son profil, avant qu’il aille nous représenter au Parlement ainsi que les périmètres à ne pas franchir. Il faut non seulement renouveler la classe politique mais la réinventer.»

 

Saffiyah Chady Edoo : «Une introspection de fond»

 

«Tous ces scandales ne font que justifier le besoin de revoir la manière de faire de la politique à Maurice. Il est clair qu’il nous faut une introspection de fond pour savoir ce que nous voulons vraiment pour l’avenir de notre pays. Il est très facile de jeter l’éponge et de dire ‘‘nanye pa pou sanze’’ mais c’est justement l’attitude à ne pas adopter, surtout dans la conjoncture actuelle. Au contraire, tout citoyen responsable se doit de prendre l’avenir du pays en main et de se préparer pour dire un NON retentissant à ce type de gouvernement. Non pour élire un autre parti qui sera similaire mais plutôt essayer de sortir de la comfort zone et aller vers d’autres possibilités politiques pour ne pas se trouver dans le même marasme pour la prochaine décennie.»

 

Carina Gounden : «Une grande mascarade»

 

«Ce n’est que la manifestation de la gangrène que nous avons laissé propager. Nous imputons nos malheurs au manque d’alternatives, l’air de dire que nous n’avons pas le choix. Je ne suis pas d’accord ! Les Mauriciens ont trop longtemps péché par complaisance. Aujourd’hui, la police perquisitionne à tout va. Nos institutions sont défaillantes, à peine crédibles. Nous ne pouvons pas croiser les bras et regarder défiler ce mauvais feuilleton. Nous ne devrions ni nous en amuser, ni banaliser, perdre notre temps dans des défouloirs virtuels. Il est temps de questionner nos vieilles habitudes, nos silences, notre incapacité à faire front contre tous ces abus. Nous sommes tous responsables. Et il est question que chacun honore ses responsabilités, citoyens et élus !»

 

Omi Adjodah : «Vendu un rêve»

 

«Le gouvernement Lepep nous avait vendu un rêve. Celui de ne plus voir de copinage, de favoritisme, un NON catégorique au projet de métro, à la création d’emplois, au non-accaparement de nos ressources telles que nos plages et nos sites historiques. Le gouvernement Lepep nous avait aussi promis une économie plus dynamique, des politiciens dignes de leurs programmes et gardiens de nos espoirs. Mais aujourd’hui, qu’avons-nous ? Un vice-Premier ministre qui lance des menaces de mort, un député qui insulte les femmes et s’en prend à une journaliste, un parlementaire qui se laisse aller en pleine séance parlementaire.»

 

Affaire Kaylan Tarolah : Latchmee Devi Adheen, celle par qui tout est arrivé

 

Le député élu du MSM à la circonscription no 10 est le talk of the town de ces derniers jours. Cela, depuis que Latchmee Devi Adheen, une habitante de Quatre-Sœurs, a consigné une Precautionary Measure contre le Parliamentary Private Secretary (PPS) au poste de police de Pope Hennessy, en présence de son avocat, Akil Bissesur, durant la semaine écoulée. La jeune femme accuse Kaylan Tarolah de lui avoir envoyé des messages et photos indécents alors que se tenaient les travaux parlementaires des 11 et 15 avril. Des images qui ont circulé sur les réseaux sociaux cette semaine, notamment grâce à une interview vidéo que la jeune femme a accordée au journal Sunday Times

 

Selon cette habitante de l’Est, Kaylan Tarolah aurait également menacé de faire licencier sa mère qui est employée dans un corps parapublic. Ce, après que cette dernière lui aurait demandé des explications après avoir vu des messages et photos obscènes sur le téléphone portable de sa fille. 

 

Latchmee Devi Adheen dit connaître le député depuis quelques années déjà et le considérer comme un «grand oncle». Kaylan Tarolah aurait notamment travaillé avec son père jusqu’à 1998. 

 

Selon la jeune femme, le PPS lui aurait promis, alors qu’elle venait de rentrer au pays après ses études aux États-Unis, de l’aider à trouver un emploi. Il aurait, en outre, promis de l’épouser. Ce, même s’il était déjà marié. 

 

Contacté, l’avocat de la jeune femme, Akil Bissessur, nous a informés qu’il fera une déclaration demain, lundi 2 octobre.

 

Textes : Amy Kamanah-Murday et Jean Marie Gangaram