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Thaipoosam Cavadee : Les dévots sur le chemin du sacrifice

Même s’il ne portera pas le Cavadee, Devendra Sunnassee du Ganesh Kovil de Beau-Bassin observe le jeûne comme les autres.

Dans quelques jours, de nombreux fidèles mettront leur foi à l’épreuve, le temps d’une procession en l’honneur du dieu Muruga. Selon la mythologie indienne, ce dernier a promis protection et récompense à tous ceux qui portent le Cavadee.

Se priver du confort, s’abstenir de tout plaisir, se refuser au bien-être matériel pour être en parfaite communion avec Dieu. Depuis une semaine, c’est l’état d’esprit des dévots qui s’apprêtent à rendre hommage à Muruga, fils du dieu Shiva et de la déesse Ouma, lors du Thaipoosam Cavadee. Cette célébration, moment fort du calendrier tamoul, aura lieu ce mercredi dans de nombreux kovils du pays. Ce jour-là, ils seront, en effet, des centaines de fidèles, qu’ils soient petits ou grands, à porter sur leurs épaules le Cavadee – une structure en bois orné de fleurs et de la figurine du dieu Muruga –, le temps d’un pèlerinage placé sous le signe de l’abnégation et du sacrifice.

 

Comme le veut la tradition, nombre d’entre eux se transpercent la langue avec des aiguilles ou s’attachent la bouche pour ne pas parler en signe de pénitence. D’autres se percent différentes parties du corps avec des hameçons auxquels ils accrochent des limons. Certains marchent sur des savates de clous alors que d’autres tirent, grâce à des crochets plantés dans leur chair, des chariots d’offrandes. Ils chantent et dansent, souvent en transe, au rythme du thappu, ce tambour traditionnel.

 

Outre ceux qui portent le Cavadee, de nombreux autres fidèles participent à cette célébration de manière différente. Il y a d’abord les femmes et les jeunes filles qui participent à la procession en portant sur leurs têtes le saumboo, un vase en cuivre remplit de lait sacré. Il y a aussi les garçons, à l’instar d’Aghilen Singaravaloo, 15 ans, qui portera le Vel, la lance de Muruga. Pour lui comme pour tous les autres dévots, la préparation en vue de ce grand moment a commencé le lundi 22 janvier avec le début du carême. Étudiant en Form V au collège du St-Esprit, c’est sa troisième participation. «Pour mes parents, c’est important que je le fasse. Pour moi aussi. Je me sens bien après. En paix», dit-il.

 

Même si la journée s’annonce éprouvante, ce n’est pas ce qui va le décourager. «À force, on s’y habitue.» D’ailleurs, souligne Aghilen, on ne lance pas dans un Cavadee comme ça. Il faut une préparation en amont. «Pendant dix jours, on ne mange que des légumes. Toujours à la maison et dans des ustensiles en métal. On dort sur une natte à même le sol et on vient au temple tous les jours pour des séances de prière».

 

Rajen Thandrayen, membre du Kovil Moorghen, accueille en ce moment de nombreux fidèles au temple. Mercredi, ils seront environ 125 à prendre part à la procession. «Le Cavadee est le contrôle de soi-même, le respect de soi et des autres, le partage. C’est aussi l’éloignement avec tout ce qui est matériel et on travaille sur son comportement pour devenir meilleur.»

 

Chez les Moorooven, le Cavadee est une histoire de famille et de tradition. Cette année, tous les regards sont braqués sur Yana et Yavin, des jumeaux de 10 ans, qui participeront à ces célébrations. Et pour eux, lance Shayaree, leur mère, c’est loin d’être une première. «Dès leur naissance, j’ai commencé à les prendre dans mes bras et à participer au Cavadee. Moi, ça fait plus de 20 ans que je le fais mais cette année, c’est eux.» Pour les enfants, c’est en effet un moment spécial. «Il n’y a pas d’école ce jour-là», lance d’emblée Yavin d’un air taquin alors que Yana explique que le Cavadee «c’est pour Muruga». Pour Shayaree, très impliquée dans la vie du temple où elle est chanteuse, c’est un moment fort en émotion.

 

Il y a aussi des personnes telles que Harry Curpen et Devendra Sunnasee, qui ont porté le Cavadee toute leur vie mais qui aujourd’hui, à cause de l’âge et de la vieillesse, n’ont plus la force de le faire. Cependant, même s’ils ne peuvent plus porter le Cavadee, ils y participent tout autant. «J’ai toujours porté le Cavadee et cela depuis que je suis enfant, mais à 70 ans ce n’est plus pareil. Je fais tout pareil sauf que je ne le porte pas. Je fais le carême, je viens tous les jours au temple et je participe aussi à la procession ce jour-là», confie Harry. Même chose pour Devendra qui suit les mêmes rituels, avec dévouement et ferveur.