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Première femme au poste de vice-Premier ministre : Regard féminin sur la nomination de Fazila Daureeawoo

 Fazila Daureeawoo  a prêté serment jeudi dernier.

Certains sont contents, d’autres un peu moins. Les réactions autour de l’accession de Fazila Daureeawoo au poste de VPM et de no 4 du gouvernement sont mitigées. Des femmes nous donnent leur avis sur cette «première historique».
 

«Encore une fois, ce gouvernement marque l’histoire. J’ai nommé une femme comme vice-Premier ministre.» C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Pravind Jugnauth, en présentant Fazila Jeewa-Daureeawoo comme le nouveau no4 du gouvernement et ministre des Collectivités locales et des îles éparses. Une nomination qui n’a pas fait que des heureux allant même jusqu’à provoquer une «crise» au sein du MSM avec un Soodhun «déçu» par cette décision et qui aurait signifié son intention de démissionner comme député, mais qui se serait par la suite ravisé. 

 

Le nouveau statut de Fazila Daureeawoo divise. Pour beaucoup, la pression socioreligieuse pour nommer Fazila Daureeawoo au Front Bench serait à l’origine de ce changement au sein du gouvernement. 

 

«Pour l’équilibre ethnique au sein du gouvernement, ce poste devait revenir à une personne de la communauté musulmane. C’est une façon de rassurer toutes les composantes de la population mauricienne et surtout de faire plaisir à une partie de l’électorat», nous explique un observateur de la scène politique. 

 

La principale concernée, pour sa part, ne se laisse pas déstabiliser par les critiques et se dit motivée à mener à bien sa nouvelle mission. «Cette nomination est un grand honneur pour moi. Je remercie le Premier ministre pour sa confiance en moi. Je pense qu’il a envoyé un signal fort en nommant une femme au poste de vice-Premier ministre pour la première fois. C’est la toute première fois que Maurice a la chance d’avoir une femme à la State House, une femme speaker à l’Assemblée nationale et maintenant une femme comme vice-Premier ministre. Ce sont des étapes historiques pour le pays», nous confie Fazila Daureeawoo. 

 

Pour elle, la représentation féminine dans la politique a toujours fait défaut : «Il est important d’encourager les femmes à rejoindre la politique. Maurice a longtemps souffert d’un problème de représentation des femmes dans la politique et je pense que ce genre de signal peut encourager d’autres femmes à s’engager dans la politique. Avoir un équilibre hommes – femmes en politique apporte une meilleure diversité d’idées et favorise une bonne prise de décision.»

 

Compétences

 

Si les opinions sont partagées sur l’accession de Fazila Daureeawoo au rang de no4 du gouvernement, la nouvelle a, quand même, fait plaisir à de nombreux Mauriciens. Une femme au poste de VPM est à saluer, souligne pour sa part, Aisha Allee, directrice de Blast Burson-Marsteller: «Une personne compétente et intègre qui accède à un poste de pouvoir, peu importe lequel, c’est toujours une bonne chose. La diversité a toujours été source de richesse et avoir Fazila Daureeawoo comme vice-Premier ministre après la carrière qu’elle a eue est bien accueillie. Je suis aussi sûre que Madame Daureeawoo a accédé à ce poste grâce à ses compétences et aussi sa loyauté au parti. Les objectifs du millénaire pour le développement visent, entre autres buts, l’égalité des genres et l’accession des femmes dans les instances décisionnelles. Et ce discours semble également avoir une résonance chez nous.» 

 

Et que pense-t-elle de ceux qui crient que cette nomination surviendrait après des pressions socioculturelles ? «Si tel est le cas, ce serait vraiment dommage», lâche-t-elle. «Les groupes socioculturels font souvent un tort immense à notre pays. Nous avons besoin des gens qui sont valorisés pour leur compétence et leur intégrité. Le reste importe peu et ces personnes qui ont une responsabilité énorme envers la population ne devraient pas avoir besoin du soutien de ces groupuscules car ils sont redevables envers la population mauricienne qui les a mis à ce poste.» Aisha Allee ne peut que souhaiter bon courage à la nouvelle vice-Premier ministre dans ses nouvelles attributions. «Qu’elle fasse, en son âme et conscience, ce qu’il y a de mieux pour Maurice et qu’elle ne subisse aucune ingérence dans son travail.»

 

Les points de vue divergent sur cette première historique. Ameeksha Dilchand, Miss Mauritius 2011, estime pour sa part que le plus important, ce n’est pas d’avoir une équilibre entre les hommes et les femmes au sein du gouvernement : «C’est vrai que je vois qu’il y a beaucoup de personnes qui saluent cette nomination en se disant que c’est une première dans le pays, qu’une femme accède à ce poste. Que ce soit un homme ou une femme qui soit au no4 du gouvernement, ce qui devrait primer, c’est le travail pour l’avancement du pays et non un rang au sein du régime en place.» 

 

La jeune femme trouve dommage que «l’équilibre ethnique» dicte la politique à Maurice : «Ce n’est pas uniquement nos politiques qui engendrent cela. Si c’est comme ça, c’est aussi parce certaines personnes dans la population veulent que ce soit ainsi et je trouve cela triste. Parce qu’on souhaite tous avoir une bonne équipe à la tête du pays et que le travail soit fait.»

 

«Dommage…»

 

Tout en saluant cette nomination, Marie-Noëlle Elissac-Foy, directrice de The Talent Factory Ltd, estime qu’il ne faut pas oublier les circonstances qui ont mené Fazila Daureeawoo à ce poste : «Cette nomination se fait dans des circonstances qui ne font pas honneur au pays parce qu’elle vient après la démission de Soodhun. Je ne vois pas comment on peut venir dire qu’on met encore une fois une femme à l’honneur. Par solidarité féminine, je trouve que c’est important d’avoir une femme sur le Front Bench. C’est un symbole fort. C’est juste dommage que ce symbole fort précède une telle circonstance. À la veille des 50 ans d’Indépendance de notre île, c’est un signal fort et il en faut d’autres.»

 

Pour elle, la nouvelle VPM a été promue parce qu’elle a le bon profil : «C’est clair qu’elle a été choisie parce qu’elle a le bon profil. Qu’elle soit une femme, c’est the cherry on the cake. Mais on remplace un profil par le même et c’est dommage. Alors qu’on s’apprête à fêter nos 50 ans d’Indépendance, on devrait pouvoir dépasser ce genre de configuration ethnique. Je la connais, c’est une femme intelligente. Je pense qu’elle saura montrer un autre visage de la communauté musulmane qui est ouverte et tolérante. Je pense aussi qu’elle saura effacer la blessure qu’à causée Soodhun au tissu social mauricien.»

 

La VPM de son côté ne chôme pas et est déjà au travail. «J’ai eu l’opportunité d’être ministre de la Sécurité sociale et de l’Égalité du genre avant d’arriver au ministère des Collectivités locales. J’ai beaucoup appris de toutes ces expériences. Par rapport à mon nouveau ministère, je prends actuellement le temps de m’informer des différents dossiers et de faire un état des lieux. J’ai commencé par me pencher sur l’incendie de Shoprite. J’ai une pensée spéciale pour la famille du jeune homme porté manquant», nous dit celle qui a actuellement les projecteurs braqués sur elle.

 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : une nomination qui ne fait pas l’unanimité

 

«Inacceptable !» C’est l’adjectif utilisé par le leader de l’opposition pour qualifier la nomination de Roubina Jadoo-Jaunbocus en tant que ministre. Pour lui, il est inconcevable que celle-ci accède à un poste aussi important alors que les travaux de la commission d’enquête sur la drogue, présidée par Paul Lam Shang Leen, sont toujours en cours. 

 

Paul Bérenger a également fait une virulente sortie contre elle, rappelant qu’elle a rencontré 37 prisonniers en un jour. «C’est révoltant et inacceptable. La commission n’a pas fini son travail.» Outre les critiques de l’opposition, cette décision serait loin de faire plaisir à tout le monde. Le fait que l’avocate, membre du MSM depuis 2007, doive s’expliquer sur ses nombreuses visites en prison est l’une des ombres au tableau. D’autres se posent aussi des questions sur l’ascension du couple Jaunbocus. Son époux, Muhadjir Jaunbocus, un ancien coiffeur évoluant aujourd’hui dans l’immobilier, est très proche du Premier ministre. Il serait aussi impliqué dans une affaire d’agression contre Reza Uteem, en 2015. Muhadjir Jaunbocus était en cour, le jeudi 16 novembre, où il a plaidé non coupable. 

 

Mais les critiques n’atteignent pas la nouvelle ministre. Convaincue que Pravind Jugnauth l’a choisie pour ses compétences, elle dit être une citoyenne respectueuse de la loi qui a collaboré en toute sérénité avec la commission d’enquête sur la drogue. «Il a confiance en moi. C’est une nouvelle étape pour moi après mon passage comme PPS. Je vais faire de mon mieux pour que les projets aboutissent. Je suis là pour travailler pour le pays.» Ses priorités en tant que ministre ? Lutter contre la violence domestique. «Ce fléau gagne du terrain. Des femmes et des enfants en souffrent. J’ai des idées pour améliorer la situation.»

 

Le parti soleil sous tension ?

 

Certains parlent de déception, d’autres de mécontentement. Depuis le remaniement ministériel, il semble souffler sur le MSM comme un vent de malaise. «Le mood n’est pas bon. Il y a eu deux démissions de ministres en si peu de temps», affirme une source proche du MSM. Cependant, certains imaginaient monter en grade avec le retrait Soodhun. 

 

C’est d’ailleurs ce qui se dit au sujet du Parliamentary Private Secretary (PPS) Raj Rampertab, qui aurait, le jeudi 16 novembre, menacé de démissionner car il s’attendait à récupérer le portefeuille de l’Environnement, vacant depuis le départ de Raj Dayal. Déçu, il aurait même affirmé qu’il était prêt à rendre son ticket, avant qu’une rencontre avec le PM ne lui remette les idées en place et le fasse rentrer de nouveau dans les rangs. 

 

Lors de sa conférence de presse, Xavier-Luc Duval, n’a pas été tendre envers le PPS, affirmant qu’il n’a pas de «respect» pour ce genre de député dont l’unique ambition est d’être ministre. Mais, il se murmure que Raj Rampertab ne serait pas l’unique mécontent. «Certaines personnes ont fait pression sur le Premier ministre», affirme notre source. Le leader de l’opposition aurait, lui, d’autres informations selon lesquelles «un Senior minister marche avec sa lettre de démission dans la poche».

 

Si le choix de Pravind Jugnauth s’est porté sur Fazila Jeewa-Daureeawoo pour le poste de vice-Premier ministre au Front Bench, certains ne voient pas cette ascension d’un bon œil. «Ce n’était qu’un deal pour rassurer la communauté musulmane.» D’autres trouvent qu’en imposant son choix, Pravind Jugnauth a su montrer sa capacité de leader. 

 

Autre point de discorde, la promotion de Roubina Jadoo-Jaunbocus au rang de ministre, un choix qui ne fait pas l’unanimité. Selon certains proches du MSM, celle-ci ne méritait pas ce poste en raison des casseroles qu’elle traîne derrière elle. «C’est pour ça que SAJ lui aurait donné qu’un poste de PPS. Avec lui, elle ne serait jamais devenue ministre.» Des rumeurs alimentées par l’absence remarquée de sir Anerood Jugnauth lors de la prestation de serment.  

 

Showkutally Soodhun : démissionne, démissionnera pas ?

 

Colère, déception, incertitudes… Showkutally Soodhun passe par des moments difficiles. Depuis qu’il a été contraint de démissionner comme ministre, suite à la diffusion d’une vidéo dans laquelle il aurait lancé des propos à caractère communal, rien ne va plus pour lui. Dans son entourage, il se murmurait récemment que l’ancien ministre du Logement et des terres était prêt à démissionner comme député afin de faire pression sur Pravind Jugnauth. Raison ? Il serait déçu que son parti l’a sacrifié au profit de Fazila Jeewa-Daureeawoo. Une réunion de dernière minute aurait alors eu lieu entre le PM et lui pour calmer les choses. «Il y a eu négociation à la dernière minute pour empêcher Soodhun de démissionner comme député», affirme une source proche du parti. Cette dernière avance que le leader aurait tenté de ramener Showkutally Soodhun à la raison. Pour le convaincre, on lui aurait promis qu’il retrouverait sans problème son siège au Front Bench dès que l’affaire de propos communal sera classée sans suite. Un deal qui aurait ramené Showkutally Soodhun à la raison. Alors qu’il était même prévu qu’il parle de son avenir politique lors d’une réunion à Phoenix, vendredi 17 novembre, celui-ci affirmait au même moment à la presse qu’il n’était pas question qu’il démissionne en tant que député. Sur une radio privée, le lendemain matin, il a assuré qu’il a l’intention de rester là où il est. «Je ne suis pas un lâche.» Alors que certains réclament sa démission en tant que président du MSM, lui a bien l’intention de ne pas bouger, soulignant qu’il ne laissera jamais tomber Pravind Jugnauth et son père.

 

Textes : Christophe Karghoo et Amy Kamanah-Murday