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Partielle à Belle-Rose-Quatre-Bornes : Sur le terrain des… agents

Ils sont les travailleurs de l’ombre et se chargent de l’organisation des activités autour de la campagne pour leur candidat respectif. Rencontre.

Pour certains, c’est le baptême du feu. Pour d’autres, ça fait des années que la bosse de l’élection amasse de la mousse, des souvenirs et de l’expérience. Mais si l’émotion de vivre un tel événement n’est pas tout à fait la même pour chacun d’entre eux, l’essentiel du sentiment suit les mêmes lignes du cœur qu’on soit à sa première ou à sa vingtième élection. Les agents rencontrés à Belle-Rose-Quatre-Bornes (circonscription nº 18) qui bossent pour Arvin Boolell, Nita Judoo, Dhanesh Maraye, Kugan Parapen, Tania Diolle ou encore Roshi Bhadain parlent de leurs expériences, de leur dévouement et de leurs journées de campagne. De longues heures de travail et d’organisation en attendant l’élection qui aura lieu le 17 décembre. Nous les avons rencontrés le vendredi 1er décembre.

 

 

Ce jour-là, trois des partis en lice, le PTr, le PMSD et le MMM, ont animé des congrès. Chaque leader a annoncé que son parti irait seul aux élections générales (comme pour faire taire les rumeurs de rapprochements MMM-MSM et PTr-PMSD). Les Rouges et les Mauves ont réitéré ces affirmations lors de leurs points de presse, le samedi 2 décembre.

 


 

PMSD - Grace Fanchette : «Pour plus de vérité, on s’engage»

 

 

Bisous sur la joue échangés. Comme un rituel d’avant terrain. On prend les nouvelles, on en donne. Devant l’incontournable supermarché Central de Quatre-Bornes, un peu avant 17 heures le vendredi 1er décembre, c’est un peu comme une réunion de famille.

 

D’ailleurs, entre Quatre-Bornes et le PMSD, c’est une longue histoire. C’est ce que nous rappelle Grace Fanchette : «Ici, le PMSD est toujours en vogue. Xavier-Luc Duval a fait du bon travail.» Au quotidien, celle que ses camarades de parti considèrent comme «enn vie routie» est présente pour les exercices de porte-à-porte et les réunions au nom du candidat des Bleus, Dhanesh Maraye (qui ne tardera pas à rejoindre son équipe). À partir de 16 heures en semaine et dès 8h30 en week-end.

 

Pour cette partielle, sa vie est branchée politique. Il n’y a pas grand-chose d’autre. Pour ça, il en faut de la motivation, non ? «Quand on a envie de voir le bien, plus d’équité et de vérité et moins d’escroquerie, on s’engage», confie la madame fan de son candidat, sa casquette bleue bien vissée sur la tête. Mariée et maman de trois grandes filles (la «petite» dernière a 25 ans), elle a le soutien de ses proches dans ses aventures quatrebornaises. Même si son mari «ne s’occupe pas de la politique». Lui reste à la maison. «Les maris savent faire la cuisine aujourd’hui. Si ce n’est pas le cas, less li manz appolo», lance Grace avec humour.

 

À ses côtés, une copine que le surnom semble avoir prédestiné à participer à l’avenir de sa ville : Marie-Michèle Quatre-Bornes. Maman d’une petite fille de 8 ans – qui profite de sa grand-mère pendant que maman est lor koltar –, la jeune femme ne compte pas ses heures pour une simple et bonne raison : «Je veux participer au changement que les gens attendent.» Alors, tous les après-midis, elle s’amène, échange quelques bisous et va en vadrouille pour son candidat…

 


 

MMM - Reza Guny : «Nou bann militan, bann solda…»

 

 

À l’étage d’une maison mythique. C’est là que se passe la rencontre avec Reza Guny. Un fidèle des fidèles du MMM (il a rejoint le parti à 16 ans), avec une dégaine un peu à la Bérenger.

 

Moustache fournie en bonus. C’est cet ancien maire de la ville, conseiller municipal pendant de nombreuses années, qui précise l’histoire de cette habitation : elle a vu la première réunion du MMM, nouvellement formé, à Belle-Rose en 1970 : «C’était les années de braise.» Avec ses 10 élections générales et ses 10 municipales au compteur, il maîtrise l’art de faire une campagne. Et pour sa candidate, Nita Judoo, il n’hésite pas à faire des heures sup’ («mo madam lakaz, linn konditione», précise l’enseignant au Islamic College).

 

Porte-à-porte et réunions pour expliquer et convaincre en soirée : «Il n’y a que des agents locaux qui sont là. Nous misons sur la proximité, la discipline et le respect de l’environnement.» Et des journées en mode administratif - «travay papye», précise le président de la régionale du MMM au nº18: «Il faut gérer, organiser, communiquer.» Le don de son temps et de son énergie ? Il ne compte plus : «Nou bann militan, bann solda. La batay nou men li lor terin. Li dan nou.» Son plus grand souvenir de campagne ? Les élections municipales de 85 : «Le MMM était seul et avait réussi à faire plier l’alliance bleu-blanc-rouge qui avait l’appareil d’État en main. Nous avions gagné 24-0.» Kailash Gungabissoon est aussi un die-hard qui sillonne les rues de Belle-Rose-Quatre-Bornes, en ce moment. Lui s’inquiète de la «mauvaise foi» et des moyens des opposants. S’il y a une bonne entente sur le terrain, il y a bien des choses qui l’agacent : «Me nou pou manz ar bann ansien kof for la.» Parole de solda !

 


 

MP - Raj Bissessur : «Tania Diolle fait peur à ses adversairersaires»

 

C’est un peu Noël. Enfin presque ! Aux alentou rs du quartier du MP, posters XL, banderoles et oriflammes imposent le côté festif de cette partielle. Mais l’esprit joyful a été un peu calmé pendant la nuit. Plusieurs «déco» ont été arrachés, explique Raj Bissessur, l’homme de terrain de la candidate Tania Diolle. D’ailleurs, ça fait un moment que les affiches de la candidate subissent un traitement un peu cavalier. La raison ? «Elle fait peur à ses adversaires», explique cet habitant de Quatre-Bornes, novice en politique. À 50 ans, c’est sa première campagne. Et cet entrepreneur en bâtiment s’est engagé auprès du MP dans cette grande aventure. Depuis quelques semaines, il se donne à fond pour celle qu’il voit devenir Premier ministre, un jour.

 

Lors des porte-à-porte, exercice phare d’une campagne, il découvre qu’il aime le contact humain, les échanges et adore présenter sa candidate : «Elle est née dans cette ville, elle y a vécu. Et c’est ici qu’elle va se marier.» Dans le discours, le sens de la proximité, l’esprit de famille et la droiture : «Nous faisons cette campagne dans le respect de l’autre.» Avec son fils de 19 ans, il sillonne la région qu’il connaît bien. À deux, ils vivent cette expérience unique et nouvelle, qu’importe la différence d’âge : «Ma femme et ma fille nous comprennent et nous soutiennent. J’ai expliqué à ma famille qu’il était temps que le vrai changement arrive.»

 

Tous les après-midis, il n’a qu’une hâte ; rejoindre la circonscription et bosser avec l’équipe du MP. «C’est un super boost», explique l’entrepreneur.

 


 

Rezistans ek Alternativ  - Kevin Boojhoowon : «Le dégoût des partis traditionnels»

 

 

Ils descendent de la voiture de leur candidat. D’ailleurs, c’est Kugan Parapen qui est au volant ! À Rezistans ek Alternativ, la campagne se passe dans la simplicité.

 

«On veut faire les choses autrement», confie le jeune «impe responsab» de campagne, Kevin Boojhoowon, 20 ans. Il n’y a pas de porte-à-porte mais des conversations et des partages. Celui qui travaille dans un snack a rejoint le parti il y a quelques mois : «Il y avait ce dégoût des partis traditionnels mais aussi l’envie de politique et ce parti est ce que je cherchais.» Avec ses savates et sa dégaine un peu négligée, de jeune relax, on l’imagine plus sur les bancs de l’école qu’en pleine joute électorale. C’est sa première campagne et il apprend tous les jours, dit-il : «J’écoute les anciens. Et j’essaie d’apprendre de mes erreurs. Ce n’est pas tous les jours facile, mais on y arrive», dit-il. Il est 19h30 et le tour sur le terrain de la petite bande est fini.

 

Et c’est sur le bus stop Pepsi que le rendez-vous express a été donné (quand la journée est finie, elle est finie !). Leenesh Mishra Ramkissoon est aussi présent. Cet étudiant en droit a rejoint le parti en se lançant dans ses études et en s’informant sur les pouvoirs du législatif, de l’exécutif et du judiciaire : «J’ai trouvé qu’il fallait une alternative. Et Rezistans a répondu à mes attentes.» Être sur le terrain en campagne, c’est pour lui partager un programme, une vision de la société. Se faire entendre et comprendre…

 


 

Reform Party - Sheldon Samoo : «Nous avons besoin d’un changement»

 

À la recherche du bon timing. La rencontre avec les hommes de terrain du Reform Party a été laborieuse. Mais aux alentours de 20 heures, elle a lieu dans le QG du parti ; une maison dont une pièce a été repeinte en jaune flashy. Ce n’est pas la grosse fête : la plupart des activistes sont sur le terrain pour défendre les couleurs du candidat Roshi Bhadain. Mais Sheldon Samoo, 19 ans, et Vinay Ramkhalawon, 32 ans, qui viennent de Beau-Bassin, sont là pour répondre aux questions. Le premier est étudiant en Finance au Charles Telfair Institute et le second sans emploi. C’est leur première campagne (d’ailleurs, c’est la première de leur parti). Et ils sont ultra-motivés : «Nous le faisons bénévolement», soulignent-ils de prime abord. Pas un sou pour les longues heures de travail sur le terrain. Et uniquement de la motivation pour bosser 7j/7.

 

 

C’est la fougue des premières fois ? Non, assurent-ils : «Nous croyons en notre candidat et à son programme. Il a démissionné pour faire passer son message. Il m’a donné goût à la politique. Nous, les jeunes, nous avons besoin d’un changement. Et c’est Roshi qui va l’apporter», confie Sheldon. L’art des porte-à-porte et celui des réunions, la présence sur les réseaux sociaux et tous les rouages d’une campagne, ils s’y familiarisent tous les jours : «C’est le contact humain, l’impression de faire partie de quelque chose, de s’engager pour son pays : c’est magnifique», explique Vinay. Pour ça, néanmoins, il faut beaucoup de sacrifices, concède Sheldon : «Les sorties sont oubliées. Et concilier la campagne avec les études, c’est vraiment difficile.» Mais pour Roshi… il est prêt à tout !

 

 


 

PTr - Dev Dewkurun : «Cette élection est une stepping stone»

 

 

Il débarque, souriant, dans un nuage de parfum. T-shirt rouge à la gloire de son candidat, Arvin Boolell et quelques documents en main. Dev Dewkurun est responsable d’un polling (de la région autour d’un centre de vote ; le nº18 en compte 13) pour son parti. Cette élection, il la joue home. Alors, impossible de ne pas s’y impliquer. Et puis, cette joute électorale a une importance capitale, selon lui : «C’est une stepping stone. Celui qui la remporte formera le prochain gouvernement.» C’est dans son salon à Sodnac qu’il nous reçoit, en ce début de soirée. Une petite pause pour cet Insurance Broker, père de deux enfants (de 26 ans et 16 ans) avant le congrès des Rouges prévu dans une heure.

 

En ce moment, il ne fait que «passer» à la maison : «Madam, figir inn impe sanze. C’est le temps des festivités mais touletan pe al dan politik.» En même temps, elle est habituée au petit péché – mignon ? – de son mari : «Après le football, la politique est le deuxième sport national. Difficile d’expliquer pourquoi j’adore ça. Mais pa pou kapav san pase.» Dev a rejoint le PTr à 16 ans. C’était en 1983. Et de campagne en campagne, il en a vécu des changements : «Depuis 2014, c’est l’utilisation de whatsapp.» L’idée de grands meetings est révolue. Le temps des baffles et de la musique, aussi. Les baz lepok lontan également : «Les journées à jouer au karom, domino, c’est fini.» On parle de réunions avec quelques familles. De congrès avec chaises. Mais ce qui ne change pas, c’est le porte-à-porte : «Tout le monde n’est pas sur les réseaux sociaux.»

 

L’incursion de la VOH – qui a appelé à voter le candidat du PTr – dans la campagne des Rouges l’agace profondément : «Plus ces organisations restent loin, mieux c’est.» Surtout qu’il est persuadé qu’Arvin Boolell n’a pas besoin de ce genre de casseroles : «Je crois en lui. Il est le pont qui va rassembler ceux qui prennent la relève et les seniors.»