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MMM : le temps des frustrations

Des membres de la régionale nº4 lors de la conférence de presse polémique.

Des membres de la régionale du nº4 disent avoir donné leur vie au MMM. Aujourd’hui, leur parti ne la leur rend pas…

Entertainment time. C’est l’heure du show des Mauves. Prenez votre paquet de pistas sale griye, l’épisode tient toutes ses promesses : les films de 18h30 n’ont qu’à aller épicer leurs scénarios. Cette semaine, le MMM a fait frémir la marmite politique à lui tout seul. Et avant le Comité central (CC), qui a eu lieu hier, samedi 21 avril, tous les ingrédients étaient présents pour en faire un plat d’exception : suspense, rumeurs, accusations et damage control de dernière minute.

 

L’issue de cet instant attendu, au début d’un week-end pluvieux, a fait fuir les nuages et l’ennui. Quel en était le but ? Voter les recommandations proposées par le bureau politique (BP), dans le courant de la semaine, concernant la suspension de Pradeep Jeeha – qui s’est transformée en expulsion (voir hors-texte). Et celle de six membres de la régionale du nº4 (Port-Louis-Nord – Montagne-Longue : la circonscription de l’ex-leader adjoint du parti). Ces six membres ont organisé une conférence de presse, le mercredi 18 avril. Il s’agit de Swadesh Babajee, Khalil Bengah, Sheila Babajee, Loganaden Sanasi, Feroz Imrith et Rajen Varden (qui est membre de la régionale, mais qui ne fait pas partie de l’exécutif du nº4).

 

Un point pour s’exprimer, car leur leader les avait accusés d’avoir boycotté la réunion de la régionale, qui a eu lieu une semaine plus tôt. (Ils avaient demandé qu’Ajay Gunness ne soit pas présent à cette réunion car «il n’est pas propre», explique Rajen Varden). Et pour s’exprimer contre le renouvellement de l’exécutif du comité régional du nº 4 (qui aurait eu lieu à cause de cette absence). Ces derniers jours, Pradeep Jeeha s’est, lui, lancé dans une représentation en multipliant les déclarations acerbes et critiques sur Paul Bérenger et les membres du BP. Les six membres du nº4 se sont montrés, eux, plus discrets. D’ailleurs, le vendredi 20 avril, la plupart d’entre eux préfèraient ne pas en discuter. Swadesh Babajee, ancien président de la régionale, le dit clairement : il ne veut pas faire de commentaire pour l’instant. Mais son cœur est militant et le restera. D’ailleurs, il était enfant, raconte-t-il, quand il suivait son papa, docker, au travail et écoutait Paul Bérenger : «Monn kontign travay-la.»

 

Pourtant, lors du fameux point de presse, il était plus volubile, en commentant les propos de Paul Bérenger et en estimant qu’il y avait bien «enn lakwizinn mov». Et parlant même de viol de la constitution du MMM. La raison ? Son leader a décidé de renouveler l’exécutif  (Swadesh Babajee a dû céder sa place de président à Gérard Nina) : «Paul Bérenger a violé la constitution du MMM.» Khalil Bengah, qui représente la régionale au CC,  ne voudra, lui, pas en dire plus. Sauf, peut-être, son attachement au parti : «C’est une histoire familiale. Je suis triste parski mo bien kontan MMM. J’ai toujours donné un coup de main.»

 

Soutenir Pradeep Jeeha

 

Sheila Babajee, membre de régionale et du CC, s’est, elle, montrée plus loquace et a raconté son militantisme depuis 42 ans. De son coup de cœur pour ce parti, alors qu’elle était encore à l’école, à ces derniers jours un peu sombres : «Mais je reste une militante. Qu’importe ce qui arrive, mo lalit pou kontigne lor terin.» Elle rappelle que c’est normal de soutenir Pradeep Jeeha : «Nous l’aurions fait pour n’importe quel autre membre de la régionale.» S’attriste que les instances dirigeantes du parti n’aient pas écouté la voix du nº4. La frustration de ne pas être entendue : «Nous demandions qu’on fasse notre autocritique, qu’on regarde où se trouvaient nos faiblesses. Il fallait voir où on pouvait faire des améliorations, renforcer notre base, redresser nos circonscriptions…» Et celle d’être traitée ainsi, après une vie de lalit militan…

 

Rajen Varden tient le même langage : «Nous voulons un MMM uni, fort et transparent.» D’autre part, l’un des fondateurs de cette régionale trouve «arbitraire» la décision du BP de ne pas leur donner la chance de s’expliquer : «On ne nous laisse aucune possibilité de nous défendre». Il était, lui, présent lors de la réunion de la régionale – où n’étaient pas Swadesh Babajee et ses compagnons du point de presse – et il s’est fait, dit-il, expulser de ce rassemblement : «Parce que j’ai posé deux questions sur des membres du MMM. J’ai demandé des éclaircissements et Paul Bérenger est entré dans enn laraz nwar. Moi, je dis qu’il faut que nous vivions notre slogan de lame prop.» Le syndicaliste, qui est un militant des premières heures, savait qu’il allait provoquer des remous. Ces interrogations, il les soulève dès qu’il peut, raconte-t-il. Mais il ne pensait pas que ça irait aussi loin : «Je savais que ça allait énerver. Je ne pensais pas que ça irait plus loin. Je n’ai pas de colère en moi. Beaucoup de bann kamarad sont passés par là. Je savais que ce serait mon tour à un moment ou à un autre.» 

 

Lors de son point de presse, hier samedi 21 avril, Paul Bérenger a souhaité «faire une précision» : «Rajen Varden dit qu’on l’a expulsé parce qu’il a posé deux questions ; c’est faux. Li permet li insilte dimounn. Dimounn ti plin ar li.» Un bon kari melanz comme sait le concocter le MMM. Après tout, c’est entertainment time !

 

Paul Bérenger : son histoire d’eau

 

Le leader du MMM a fait part de ses inquiétudes, lors d’un point de presse. Surtout sur la question de l’augmentation du tarif de l’eau et de la privatisation de la CWA. Il a taclé Ivan Colendaveloo et a assuré qu’il n’y aurait pas d’augmentation de prix car ce dernier n’aurait pas le soutien du gouvernement sur ce dossier.

 

Comité central : Pradeep Jeeha expulsé et maintien de suspension pour les autres

 

Paul Bérenger l’annonce. La motion de suspension contre Pradeep Jeeha a été modifiée durant la réunion du Comité central. Il a été question d’expulsion : «Entre jeudi et aujourd’hui (NdlR : samedi), il y a eu des déclarations de plus en plus insultantes et blessantes de la part de Pradeep Jeeha. Des interviews absolument avilissantes. Le CC est révolté et dégoûté par ces insultes et a opté pour l’expulsion», a expliqué le leader du MMM, à l’issue du CC. C’est grâce à un vote à bulletin secret que l’avenir de Pradeep Jeeha au sein du parti a été décidé : 58 personnes ont voté pour son expulsion, 14 contre et il y a eu cinq abstentions. Nous avons tenté d’avoir une déclaration de Pradeep Jeeha mais sans succès.

 

Concernant les six membres de la régionale du nº4, le CC a décidé de maintenir la suspension qui fera l’objet «d’un review toutes les deux semaines» : «Nwava get latitid sa sis dimounn-la», a annoncé Paul Bérenger, qui a rappelé que leurs déclarations étaient «bien an kouyonad». Les principaux concernés ont, eux, réagi à chaud (à l’exception de Feroz Imrith, qui est resté injoignable) quelques minutes après les déclarations du leader du MMM.

 

Swadesh Babajee : «Ce Comité central est une salle de théâtre»

 

«L’expulsion du camarade Pradeep Jeeha est très triste. Et ma suspension à être revue toutes les deux semaines ? Mais ça ne sert à rien. Ce comité central est une salle de théâtre. De toute façon, je ne serai pas présent aux régionales. Je peux dire ki mo bien amerde. Je suis déçu et blessé. Mais je ne peux pas dire que je quitte le MMM. Je ne pourrais pas répondre à cette question tout de suite. Mo bizin get ar mo bann kamarad. La tête froide, nous prendrons une décision.»

 

Khalil Bengah : «Je pense à quitter le MMM»

 

«Le maintien de notre suspension n’est pas une surprise. D’ailleurs, je trouve que ce n’est pas une suspension ; le message est beaucoup plus clair que ça. Moi, je soutiens Pradeep Jeeha et je pense à quitter définitivement le MMM. Si enn boug kouma Pradeep zot pa rekonet li, kouma zot pou rekonet nou ? Avec mes camarades, nous allons nous rencontrer, nous allons discuter et décider de what next. Moi, je suis plus que déçu quand je pense au nombre de fois où j’ai quitté ma maison, ma femme et mes enfants pour ce parti. Je n’avais pas le temps pour ma famille. J’ai sacrifié mes loisirs et ma vie pour le MMM. Et un leader vient dire ki nou bann tret ! Fer leker fermal.»

 

Sheila Babajee : «Un coup de poignard»

 

«Cette suspension n’est pas une surprise. Mais ce review me dit que nos dirigeants ont, peut-être vu leur erreur, parski dan enn sans zot pe donn nou rezon. Nous avons le droit de demander des éclaircissements à notre leader ! D’ailleurs, j’aimerais lui dire que, depuis 42 ans, je donne ma vie au MMM. Pendant des années, tous les dimanches, je vendais des journaux pour lui. Le parti n’a pas reconnu ma sincérité. Avec mes camarades, nous sommes des militants koltar. Je me demande comment le leader peut agir ainsi. N’écoutant que certaines personnes qui l’entourent et qui sont de mauvais conseils. À cause d’eux, parti-la pe koule. Quand Paul Bérenger va finir par se réveiller, il sera trop tard ! Concernant Pradeep Jeeha, je suis vraiment triste qu’on le traite ainsi après ses années de dévouement et de contribution au parti. Paul Bérenger lui a donné un coup de poignard.»

 

Rajen Varden : «Je n’abandonne pas mon combat»

 

«Un review chaque deux semaines ? Me se enn fason pass diber ! Paul Bérenger croit que je vais revenir sur ma décision, que je vais rester tranquille et que je ne vais plus poser des questions ou demander des éclaircissements ? Mes principes restent mes principes ! Ce que j’ai dit, je le maintiens. Pradeep Jeeha ava get so zafer li. Moi en tout cas, je n’abandonne pas mon combat. Mopa pou sanz nanye. Je suis un militant et ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer. Quitter le parti ? Je ferai part de ma décision en temps voulu.»

 

Loganaden Sanasee : «Ala mo kado»

 

«Ce qui a été décidé, a été décidé. Je ne peux rien dire. Depuis 1993, je suis dans cette régionale… ala mo kado. Mo mari desi. Après tous ces sacrifices, samem nou rekonpans. Et dire que le MMM dit vouloir se présenter seul aux élections ! Comment le parti va faire ça ? Ar zot prop dimounn, zot pe donn koud bal. Nous avons été sur le terrain pendant des années, nous avons formé des jeunes, nous avons donné de notre temps et de notre énergie. Tout ça pour être traité ainsi. Moi, ça me décourage de la politique.»