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Brutalités policières alléguées | David Gaiqui : «Personne ne mérite un traitement inhumain»

Cet habitant de Pailles a retrouvé les siens après une semaine de détention.

Il a été autorisé à rentrer chez lui après que le directeur des poursuites publiques a rayé la charge de vol avec violence qui pesait sur lui. David Gaiqui, rencontré chez lui, revient sur sa semaine éprouvante en détention et le traitement qu’il y a reçu.

Short en jeans. T-shirt blanc portant l’inscription Be brave. Il hésite à se lancer. «Pa fasil mo dir ou. Antie Moris inn truv mwa touni», lâche cet habitant de Pailles. En ce vendredi 2 février, il y a d’ailleurs un défilé de sympathisants à son domicile, à Cité Jonction. Quelques heures plus tôt, cet homme de 42 ans a été autorisé à rentrer chez lui après que le directeur des poursuites publiques a rayé la charge de vol avec violence qui pesait sur lui.

 

Ce père de famille avait été arrêté, soupçonné de faire partie d’un gang ayant commis une série de braquages dans l’île. Une photo de lui, prise par son avocat, Anoup Goodary, a fait le buzz sur Internet. David Gaiqui y est vu nu sur une chaise, les mains derrière le dos et les membres enchaînés, dans les locaux de la CID de Curepipe. C’était le vendredi 26 janvier. Ce jour-là, David Gaiqui allègue avoir été battu à plusieurs reprises après son arrestation. «Ils étaient violents parce que je refusais de faire des aveux. Le plus dur a été le moment où ils m’ont mis un morceau de tissu sur le visage avant de m’asperger d’eau. Je pensais que j’allais mourir. Je fais l’impasse sur les coups de poings sur plusieurs parties du corps. Je n’ai pas eu le temps de compter tellement j’en ai pris», se souvient David Gaiqui.

 

Deux jours plus tard, il a porté plainte à la National Human Rights Commission. Le CCID a également ouvert une enquête. Dans le cadre de cette affaire, un sergent et deux constables ont déjà été mutés, sur décision du commissaire de police. «Je suis soulagé d’avoir pu retrouver les miens. Je suis passé par des moments très durs. Il me sera difficile d’oublier ce que j’ai vécu. Le transfert de ces  policiers est une bonne chose pour la suite des enquêtes en cours. Personne ne mérite un traitement inhumain. J’ai failli craquer durant la semaine  écoulée. D’où mon admission à Brown-Séquard. J’avais toujours des menottes aux membres, même pendant mon hospitalisation. Je ne mérite pas un tel traitement, même si j’ai un passé de braqueur», confie le quadragénaire.

 

Il ne cache pas avoir fait de la prison pendant un an pour un cas de larceny en 1999. «Ti enn erer zenes. Mo ti ena 21 an. Monn fini peye pou sa.» David Gaiqui a également trois autres cas de possession d’objets volés. En 2010, il a dû payer une amende. En 2016, une première affaire a été rayée. La même année, il a été arrêté suivant des allégations dans une autre affaire de possession d’objets volés. L’enquête entourant cette affaire suit son cours.

 

Quant au traitement qu’il dit avoir reçu par les policiers, David Gaiqui va, dans un premier temps, consulter ses hommes de loi qui lui ont été, dit-il, d’un grand soutien durant cette semaine éprouvante en détention.

 


 

Me Sanjeev Teeluckdharry, Leading Counsel de David Gaiqui : «Mission accomplie avec honneur et intégrité»

 

L’avocat parlementaire se félicite du travail effectué par son équipe et lui durant une semaine très mouvementée suivant l’arrestation controversée de David Gaiqui et la menace d’une éventuelle arrestation pour breach of ICTA qui pesait sur son confrère Anoup Goodary. «Mission accomplie avec honneur et intégrité», souligne Sanjeev Teeluckdharry. Le directeur des poursuites publiques a décidé de rayer la charge provisoire de vol avec violence qui pesait sur David Gaiqui. La police soupçonnait son client d’être impliqué dans la série de vols qui secoue le pays depuis quelques mois.

 


 

L’inspecteur Coothen du service de presse de la police : «Il n’y a pas eu de transfert punitif»

 

 

Il est catégorique : «Il n’y a pas eu de transfert punitif.» L’inspecteur Shiva Coothen, responsable du service de presse de la police, souligne qu’il y a deux enquêtes en cours suivant les allégations de brutalités policières de David Gaiqui. L’une au niveau du CCID et l’autre au niveau de la National Human Rights Commission. Le vendredi 2 février, un sergent et deux constables de la CID de Curepipe ont été transférés à la SSU. «C’est dans un souci de transparence que le sergent et les deux constables ont été mutés», selon lui. Et d’ajouter : «Il y a toujours eu des transferts au sein de la force policière. C’est un exercice courant.»

 


 

Maneesh Gobin, Attorney General : «La loi sera appliquée sans concession»

 

 

Il n’a pas chômé. L’Attorney General Maneesh Gobin a rencontré le président de la National Human Rights Commission au sujet de l’affaire Gaiqui le lundi 29 janvier pour s’informer des progrès accomplis sur ce dossier suite à la plainte déposée devant cette instance par le principal concerné, le dimanche 28 janvier. L’enquête avance de façon rassurante et satisfaisante, avance Maneesh Gobin :  «Les institutions travaillent en toute indépendance et en toute sérénité. La loi sera appliquée dans toute sa rigueur et sans concession. Je m’abstiendrai de commentaires additionnelles en attendant les conclusions de l’enquête en cours.»

 


 

Lindley Couronne, directeur de DIS-MOI : «Cette photo est une prima facie evidence de torture»

 

Il ne mâche pas ses mots. «Si cette photo s’avère authentique, DIS-MOI la considère comme une prima facie evidence de torture», avance le directeur de DIS-MOI (Droits Humains Océan Indien), Lindley Couronne. Cette organisation, qui milite pour le respect des droits de l’homme, demande ainsi l’instauration d’une commission parlementaire des droits de l’homme au Parlement pour améliorer la culture des droits humains. DIS-MOI lance aussi un appel au gouvernement quant au projet de loi PACE (The Police and Criminal Evidence Bill), «qui dort quelque part dans un tiroir». L’organisation demande également aux Mauriciens d’être vigilants par rapport à ce cas et appellera bientôt à une manifestation citoyenne si justice n’est pas rendue.