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Natacha et Noureen, un couple de lesbiennes, se racontent

Les deux jeunes femmes projettent de se rendre à l’étranger afin de s’y installer.

Elles s’aiment et vivent leur amour au grand jour. Si, aujourd’hui, elles disent assumer pleinement leur relation, cela n’a pas toujours été facile. Elles témoignent.

Impossible de passer outre les panneaux d’affichage sur lesquels elles figurent, plus proches que jamais. «Nous nous sommes mises en avant pour cette campagne afin de changer certaines mentalités», explique d’emblée Natacha. Cette dernière et sa compagne Noureen ont, en effet, accepté de participer à la campagne du Collectif Arc-en-Ciel, lancée le lundi 16 février à la maison Eureka, à Moka.

 

L’objectif du collectif est, avant tout, d’appeler au respect des droits de la communauté LGBT (lesbiennes, gay, bisexuels et transgenres). Sur les réseaux sociaux, la campagne suscite d’ailleurs beaucoup de réactions, qu’elles soient positives ou négatives, et ne laisse, assurément, pas indifférent. C’est justement lors du lancement de la campagne que nous avons rencontré Natacha, 27 ans, et Noureen, 25 ans. Elles se confient sur leur vie de couple, une vie qui n’a pas toujours été de tout repos, disent-elles.

 

Les deux jeunes femmes se sont rencontrées il y a cinq ans. Elles ont d’abord été des amies, des «sœurs de cœur», précise Natacha. Au fil du temps, elles se rapprochent et se découvrent des sentiments l’une pour l’autre. Et voilà trois ans que le couple a emménagé ensemble. «J’étais mère célibataire et c’est elle qui m’a soutenue pendant plusieurs mois en étant présente, patiente et compréhensive. Petit à petit, j’ai réalisé que j’aimais ma bonne amie et que j’en étais tombée follement amoureuse», explique Natacha.

 

Évidemment, le couple subit dès lors le regard des autres. Mais «on ne se soucie pas vraiment de ce que les gens peuvent penser. On s’en fout», assure Natacha. Si Noureen et elle sont très complices, il n’en demeure pas moins que leur relation est difficile à accepter pour certains de leurs proches. C’est aussi pour cela que Noureen a accepté de donner un coup de pouce à la campagne du Collectif Arc-en-Ciel : «C’est un pas en avant pour faire cesser l’homophobie dans l’île.  J’ai aussi envie que mes proches m’acceptent comme je suis.»

 

Il est souvent dur, pour les parents, d’accepter l’orientation sexuelle de leurs enfants. Noureen en sait quelque chose : «Jusqu’à présent, ma mère souhaite toujours me marier à un homme. Pour elle, ce qui est important, c’est ce que ‘‘dimounn pou dir’’, en référence à mon style tomboy ou encore à ma coupe de cheveux. Je lui ai dit que je me sentais plus en sécurité dans ces tenues-là.» Pour la demoiselle, il est temps pour sa mère d’accepter son orientation sexuelle. Car, dit-elle, «cela me fait mal de savoir qu’elle veut me changer». Mais elle est consciente que «s’accepter soi-même et faire que les autres nous acceptent est un long chemin, parfois difficile, souvent semé d’embûches». Cependant, elle ne baisse pas les bras : «On veut faire comprendre aux gens que l’amour entre deux femmes est possible. Il existe beaucoup de préjugés et bon nombre de couples de la communauté LGBT vivent cachés alors qu’ils sont comme les autres couples.»

 

«Je suis tombée amoureuse…»

 

Qu’en est-il de la vie de famille ? Et bien, «ayant un fils à élever, j’ai toujours pensé qu’il fallait un père pour mon fils, un homme viril. Cependant, j’ai fini par me rendre compte que ce n’était pas cela que je recherchais, mais de vivre avec une personne compréhensive, qui est à mes côtés à 100 % et surtout à l’écoute», confie Natacha. Et d’ajouter : «Si j’ai décidé de m’affirmer avec une femme, cela n’a rien à voir avec mes expériences du passé avec les hommes. Je suis tombée amoureuse de Noureen et puis voilà, on est heureuses ensemble.» 

 

Noureen abonde dans le même sens : «On passe par des hauts et des bas comme n’importe quel couple, mais on s’entraide et on arrive à avancer.» À la maison, les deux jeunes femmes, qui ont de fortes personnalités, s’entendent très bien. Tantôt amusant, tantôt sérieux, leur quotidien est rythmé par leurs occupations respectives. «Les tâches sont partagées à la maison, je prépare le repas et c’est Noureen qui fait le ménage», explique Natacha. Avec son fils de cinq ans, tout se passe également très bien, dit-elle : «On l’élève comme il se doit. On forme une belle petite famille.»

 

Leur avenir, Natacha et Noureen l’envisagent ensemble. Elles projettent de se rendre à l’étranger afin de s’y installer. Mais leur plus grand souhait, c’est le respect des droits des LGBT.

 


 

 

Pauline Verner du Collectif Arc-en-Ciel : «Il ne faut plus se cacher»

 

La première campagne de sensibilisation du Collectif Arc-en Ciel à Maurice a été lancée le lundi 16 février. Elle a été mise sur pied, car «l’homophobie est présente au quotidien, que ce soit au travail ou dans le cercle familial», fait ressortir Pauline Verner, coordinatrice et chargée de plaidoyer du Collectif Arc-en-Ciel. L’objectif de ce projet, qui a vu le jour avec le soutien financier du Fonds canadien d’Initiatives locales et de l’Union européenne, est de sensibiliser la population aux droits humains fondamentaux, qu’il s’agisse du droit d’exister ou celui d’aimer des personnes lesbiennes, gay et transgenres. «Ces personnes ne demandent pas de droits spéciaux, juste de bénéficier des mêmes droits que les personnes hétérosexuelles. Nous sommes en 2015 et nous devons faire évoluer les mentalités. Il ne faut plus se cacher», soutient Pauline Verner.

 

Pour Christabella, pas question de se cacher. L’un des motifs de sa participation à cette campagne, «c’est de se faire respecter par la société, sans aucune discrimination». Pour Steeve Batour, 35 ans, «c’était un must d’être partie prenante de la campagne du collectif». Il se sent, dit-il, concerné par la lutte contre l’homophobie. Idem pour Nigel Evenor, 28 ans. «L’objectif de ma participation est de lutter contre l’homophobie et pour le respect des droits des LGBT», explique cet enseignant en informatique. Le plaidoyer du Collectif Arc-en-Ciel est axé sur : l’abrogation de l’article 250 du code pénal de 1838 pénalisant la sodomie ; la création d’une loi concernant les violences à caractère de haine (comprenant l’homophobie et la transphobie) ; et l’intervention de la société civile dans les écoles publiques afin de parler de la sexualité et des risques liés à la sexualité non protégée.