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Sharon Paul : chroniqueuse gagnante et honnête sur nous

Lors de la proclamation des gagnants, en compagnie de Robert Furlong et Maryse d'Espaignet.

Un texte puissant. Et surtout, un texte gagnant. La proclamation des résultats suivant le concours de chroniques organisé l’année dernière par le Centre culturel d’Expression française a eu lieu le 11 février. Une quatrième édition ayant pour thème À contre-courant. Et c’est Sharon Paul, récemment auréolée du Prix Indianocéanie pour son roman Le cantique du rasta, qui en est sortie vainqueur, avec un texte qui analyse notre société et ses hypocrisies. L’auteure répond à nos questions. 

Le thème de cette année pour le concours est «À contre-courant». En quoi vous a-t-il inspiré pour votre participation ?

 

Très honnêtement, au départ, ce thème ne m’inspirait pas. J’ai fini par me dire que le courant ne passait pas avec ce thème et c’est alors que l’idée m’est venue de me le réapproprier et d’écrire autour de ce courant qui ne passe pas, et ce, par rapport à la société mauricienne. J’ai également abordé le fait que certains voguent sur les grandes eaux en laissant derrière eux ceux qui sont dépourvus de moyens. Des moyens qui auraient pu leur permettre de suivre le courant…

 

Vous parlez, comme dans votre récent livre «Le cantique du rasta» – lui aussi récompensé –, d’une société mauricienne complexe mais aussi hypocrite. On sent que ce regard sur votre pays est le thème principal de vos écrits. Pourquoi ?

 

Je pense que ce regard reflète tout simplement l’amour que je porte à ma terre. Ce que je cherche surtout à exprimer, c’est que beaucoup se voilent la face en affirmant que nous vivons en paix à Maurice. Il y a énormément de ressentiments (qui sont justifiés certes) mais à un moment donné, il faut avancer. J’aime bien cette phrase de Sylvain Tesson : «Chercher des coupables occupait le temps et économisait l’introspection.» Et au-delà de l’introspection, il y a la transcendance et les artistes le savent, c’est la libération. Sinon, ce n’est pas un hasard si les deux textes se répondent car je les ai écrits en même temps.

Votre chronique parle d’une société très fragmentée… Quelles seraient les solutions pour y remédier ?

 

Je ne crois pas qu’il y ait des solutions toutes faites. Ce qu’il faudrait d’abord faire, c’est inclure l’autre dans l’équation. De nos jours, nous faisons face au culte du «Moi». Le bien-être individuel prime sur le bien-être collectif. Il faudrait arrêter de penser en termes de ce que le pays a à nous offrir. Il faudrait plutôt se demander ce que nous avons à offrir. Je pense également qu’il faut arrêter de systématiquement adopter ce que font les autres pays. L’île Maurice n’est comme aucun autre pays au monde et il est temps de commencer à réfléchir à nos problématiques par nous-mêmes.

 

D’autres projets d’écriture en ce moment ?

 

J’espère bientôt commencer un nouvel ouvrage mais pour l’instant, je me pose. Je profite de quelques belles lectures.