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Procès et verdict autour du terrible incendie de la rue Erlanger à Paris - Kevin Ladouceur et Sandy Christ Bhaganooa : regards d'avocats

Les Mes Ladouceur et Bhaganooa ont cheminé avec les familles Hollandais et Allas en les accompagnant, les épaulant et les représentant durant le procès.

«La Cour d’assises a été très sensible au parcours de Revena Hollandais depuis son départ de Maurice et sa détermination à trouver du travail en France, puis sa capacité à envoyer de l’argent à ses parents...» C'est ce que nous confie Sandy Christ Bhaganooa de France. Avec son cabinet et son collègue Kevin Ladouceur, il a représenté les proches des victimes Revena Hollandais-Allas et son fils Adel. Les deux avocats reviennent sur cette triste affaire...

L'affaire a fait couler beaucoup d'encre. De larmes aussi. Et quatre ans après le terrible incendie à la rue Erlanger, à Paris, dans la nuit du 4 au 5 février 2019 – un drame qui avait fait 10 morts dont deux Mauriciens, Revena Hollandais-Allas, 37 ans et son fils Adel, 16 ans –, celui-ci continue à hanter les esprits. Plus particulièrement en ce moment, depuis la fin du procès qui s’est tenu du 5 au 23 février et a été à la fois haletant et douloureux pour les proches des victimes. La Cour d’assises de Paris a condamné l'accusée principale, Essia Boularès, 44 ans, à 25 ans de réclusion criminelle. Elle est accusée d’avoir provoqué l’incendie de l’immeuble où les 10 personnes ont perdu la vie. La peine a été assortie d'une sûreté des deux tiers, ainsi que d’un suivi socio-judiciaire pendant 15 ans, avec une injonction de soins.

 

Dans son verdict, la Cour d'assises de Paris justifie cette peine par «l'extrême gravité des faits», avec un départ de feu «volontaire», «en pleine nuit», motivé par «la colère et le ressentiment». Même si les addictions et les troubles psychiatriques d'Essia Boularès ont été reconnus lors du procès, la Cour d'assises de Paris a estimé que ses actes n'étaient «pas déconnectés de la réalité». Quelques jours après le verdict, la responsable de l'incendie a décidé de faire appel ce mardi 28 février. Elle espère davantage de clémence, alors même qu'elle a reconnu, durant le procès, avoir mis le feu au deuxième étage de son immeuble après un différend avec l'un de ses voisins.

 

Si ces derniers jours au rythme du procès ont été pénibles à vivre pour les familles Hollandais et Allas, qui nous ont confié leur «grande souffrance», sans oublier le verdict qui est maintenant connu, deux autres compatriotes en France ont aussi suivi avec attention cette triste affaire. C'est en étant au coeur même de celle-ci que Kevin Ladouceur et Sandy Christ Bhaganooa, tous deux avocats, ont accompagné les proches des victimes mauriciennes. Les deux hommes de loi exercent au sein du Cabinet LCMB & Associés en France, qui regroupe trois avocats associés, un avocat of counsel et un partenaire, tous inscrits au Barreau de Paris et également, pour trois d’entre eux, au Barreau de Maurice.

 

«Les familles Allas et Hollandais avaient pris contact en 2019 avec notre cabinet et mon associé Kevin Ladouceur leur avait, dans un premier temps, prodigué toute l’assistance juridique requise dans le cadre des formalités de confirmation de l’identité des corps et de rapatriement des corps à Maurice. Cette tragédie de la rue Erlanger nous a beaucoup touchés car il concernait notamment des compatriotes et la circonstance que cet incendie ait coûté la vie à une mère et à son fils de 16 ans était encore plus dramatique. Par la suite, même si notre cabinet est spécialisé en droit des affaires, nous avons continué à accompagner ces familles à titre pro bono en leur qualité de victimes et de parties civiles devant la Cour d’assises de Paris. Il était inconcevable pour nous de les abandonner, d’autant plus que certains membres préfèrent communiquer en créole uniquement, et nous pouvions en conséquence leur expliquer ce qui se passait», nous confie Me Sandy Christ Bhaganooa qui, comme le souligne la presse française, a plaidé l'affaire et assuré les audiences.

 

Moment d'émotion

 

Les Mes Ladouceur et Bhaganooa ont ainsi cheminé avec les familles Hollandais et Allas en les accompagnant, les épaulant et les représentant durant le procès. «Fait très symbolique, étant donné l’ampleur de la tragédie, le procès a eu lieu dans l’une des plus anciennes et grandes salles du Palais de Justice de Paris, soit la Salle Voltaire, qui existe depuis plus de 150 ans. Il y avait plus d’une centaine de parties civiles, victimes directes ou indirectes de cet incendie de la rue Erlanger, et la plupart des parties civiles étaient représentées par leurs avocats», explique Sandy Christ Bhaganooa en revenant sur les jours écoulés. «La Cour d’assises de Paris a eu à juger cette affaire après quatre ans d’instruction et les audiences se sont étalées quotidiennement sur trois semaines. Elles commençaient à 9h30 pour finir vers 18h30-19 heures», poursuit Me Bhaganooa, également membre du réseau Avocats Sans Frontières et titulaire d'un LLB (Hons.) de l'Université de Maurice, d'une maîtrise et d'un Master II en Droit privé général de l'Université de Franche-Comté et enfin, du CAPA de l’École des Avocats de Strasbourg. Il a également été Lecturer en droit civil et en droit des fiducies (Law of trusts) à l'Université de Maurice.

 

Le procès, raconte-t-il, a été riche en émotions. «La Cour d’assises a tenu à entendre toutes les victimes qui souhaitaient expliquer leurs souffrances et elle a également jugé le volet civil pour ceux qui le souhaitaient. Ce dramatique incendie a causé la mort de 10 résidents de l’immeuble et blessé au moins 90 personnes. Parmi les personnes décédées, trois se sont défenestrées, dont l’adolescent Adel. Le père d’Adel Allas ne pouvant faire le déplacement en France, la Cour d’assises a tout de même lu une lettre qu’il avait adressée à la Cour et diffusé, à sa demande, plusieurs photos. Ce fut un moment d’émotion et de tristesse extrêmement intense pour tous ceux présents. La Cour d’assises a été très sensible également au parcours de Revena Hollandais depuis son départ de Maurice et sa détermination à trouver du travail en France, puis sa capacité à envoyer de l’argent à ses parents. Fait très important qu’il convient de souligner, la justice française avait mandaté deux enquêteurs pour établir un rapport sur la personnalité de Revena et celle d’Adel, afin que les victimes décédées ne soient pas uniquement des noms dans cette procédure. La justice pénale française a consacré une place importante à la victime dans le procès, ce qui, à mon sens, est très important», détaille Sandy Christ Bhaganooa en s'attardant sur des moments-clés du procès.

 

«Parmi les révélations de cette procédure, il y a notamment le témoignage du voisin de palier de Revena et d’Adel, qui a entendu Revena crier avant de mourir, et quelques minutes plus tard, il a vu Adel se défenestrer. Le voisin était lui-même accroché à la rambarde extérieure de son balcon dans le but d’être le plus loin possible des flammes, et il était suspendu dans le vide. Il a dit qu’il pensait sauter également. Cette révélation a beaucoup ému la cour. La défense s’est principalement appuyée sur la circonstance que l’auteur de l’incendie, Mme Essia Boulares, a des antécédents psychiatriques. Selon les avocats de la défense, Mme Boulares est gravement atteinte du trouble dit de borderline de personnalité. La Cour d’assises n’a pas suivi le raisonnement de la défense et a condamné Mme Boulares à 25 ans de réclusion criminelle», nous déclare Me Bhaganooa.

 

Kevin Ladouceur, qui possède deux Master II de l’Université de Paris Descartes, un en Droit des affaires internationales et l’autre en Common Law et Droit comparé et qui est également Docteur en Droit, est aussi resté en contact direct avec les proches des victimes à Maurice, notamment avec Rudy Allas, le père d'Adel. «Je suis en effet la famille depuis le début et comme c'est une grosse affaire, j'ai demandé à Me Bhaganooa d'intervenir sur l'aspect pénal. Je suivais également la procédure pénale et j'intervenais principalement sur l'aspect civil du dossier. On avait un peu réparti le travail et notre associé Yvan Mallet intervenait sur les deux volets : pénal et civil. J'avais dès le départ suivi le dossier, notamment en étant en contact avec la famille Hollandais et Rudy Allas. On est ainsi restés en contact et comme il est loin, je lui faisais un compte-rendu des avancées dans le dossier par rapport à l'enquête et je lui expliquais des procédures à venir. Quand j'ai eu Rudy au téléphone, par rapport au verdict, il m'a dit que l'accusée aurait dû prendre plus que 25 ans, mais nous, au cabinet, on est contents. Pourquoi ? Parce qu'on aurait pu ne rien avoir. La partie adverse a plaidé la démence et elle aurait pu n’avoir que des condamnations de soin et là, ç’aurait été très très dur pour la famille. Maintenant, on attend aussi que le tribunal se prononce sur le montant du préjudice subi par nos clients, les familles Hollandais et Allas, et également les autres parties qui ont fait des demandes de dommages et intérêts», souligne Kevin Ladouceur.

 

Il revient sur le point qui rend cette affaire particulière. «La particularité de ce dossier, c'est la distance. J'étais à la fois en contact avec Rudy Allas et Sylvie Hollandais, la mère de Revena. De manière générale, l'avocat est toujours un lien entre l'aspect procédural du dossier et ses clients. Là, c'était encore plus vrai dans le sens où les familles ne recevaient aucun élément. Tout passait par nous. Elles n'ont pu déposer plainte contrairement aux autres parties civiles qui ont déposé plainte au commissariat. Elles ont été entendues par le magistrat instructeur et ça n'a pas été le cas pour nos clients à cause de la distance notamment», conclut Kevin Ladouceur en espérant, dit-il, que les familles Hollandais et Allas puissent poursuivre leur deuil plus sereinement...