• Kursley Favory, 43 ans, commet un autre viol après quatre ans - Ginette*, 80 ans : «Monn res fer lapriyer pou ki sa kosmar-la arete...»
  • Décès de Pankaj Udhas : cette voix d’or qui a marqué les Mauriciens
  • Manchester City vs Manchester United : règlement de comptes entre voisins
  • Quand Bruno Raya raconte Morgan Heritage et son chanteur décédé
  • Serge Moorjee : l’homme qui respirait le foot
  • Taekwondo : Sheldon Yan Too Sang aux Jeux d’Afrique
  • Huawei Matebook D16 : tout du bon côté
  • Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois : l’agroécologie, un levier pour une meilleure intégration sociale
  • François Lindemann et sa rencontre musicale où «Tou korek»
  • Ishfaaq Mudhawo : politique, social et... chevaux

Muhammad Suffian Ropun : le parcours inspirant d’un battant

«La natation m’a offert de la popularité, de la reconnaissance, et m’a permis de côtoyer des grands nageurs étrangers, de me faire des amis et de rendre fier mon pays», confie le jeune nageur.

«Je suis conscient que je suis un malentendant, mais je ne m’y attarde pas car je suis bien entouré, bien encadré et bien accompagné. J’ai appris à vivre normalement. Je me débrouille très bien seul. J’ai  obtenu mon permis de conduire, je voyage, je fais mes achats seul. Bref, par la grâce de Dieu, je suis comme “monsieur  tout le monde”», nous confie le jeune champion de natation qui a fait de sa réalité sa force et qui, aujourd’hui, met celle-ci au service des autres en offrant des cours de formation aux autres malentendants...

Il dégage de belles énergies… Une fougue communicative. De bonnes vibes qui donnent envie de le connaître davantage et de découvrir son petit monde... de silence. Car Muhammad Suffian Ropun est malentendant et sa réalité est devenue une force qui force justement l’admiration de tous ceux qui le côtoient. Si son nom et peut-être même son visage ne vous semblent pas inconnus, c’est parce que la réputation du jeune homme n’est aujourd’hui plus à faire dans le milieu sportif, plus particulièrement celui du handisport.

Et s’il ne rate pas une occasion de briller dans une piscine lors de diverses compétitions, sa prestation, sa pêche et sa volonté de fer lors des Jeux des Îles de 2019 ainsi que sa passion pour la natation avaient ému tout le pays lorsqu’il avait décroché l’or au 50m nage libre. Course qu’il avait terminée en 28,76 s, arrachant des larmes à ses parents mais aussi à tous ceux qui avaient été séduits par sa personnalité de fonceur. D’un défi à un autre, le nageur, premier Mauricien à avoir participé au 5th World Deaf Streaming Championship à Sao Paulo, au Brésil, a aussi fait sensation lors de nombreuses compétitions, que ce soit aux National Youth Games ou encore lors de championnats sous d’autres cieux.

 

Avec sa grande détermination et son esprit combatif, le jeune sportif a un parcours pas comme les autres, bien évidemment, mais qui traduit bien son côté persévérant et battant. «Je m’appelle  Muhammad Suffian Ropun et j’habite à Piton. J’ai 23 ans. Je suis devenu malentendant suite à une infection de méningite quand j’avais seulement 11 mois. J’ai fait mes études à l’école des sourds de Goodlands et j’ai complété mon parcours scolaire à l’école des sourds de Beau-Bassin. J’ai eu la chance d’avoir des enseignantes dévouées. L’une d’elles m’a énormément aidé à parfaire mes connaissances en informatique et j’ai réussi mes examens de City and Guilds», confie Suffian.

 

Il a aussi découvert dans le sport un moyen de se construire : «Très tôt, j’ai commencé  à faire du sport. J’accompagnais  mon père quand il jouait au foot et de ce fait, moi aussi, j’ai commencé à en pratiquer. Je jouais à Piton et aussi pour l’équipe nationale des malentendants. J’ai aussi fait du karaté, du cross-country et du cyclisme. À l’âge de 13 ans, je suivais des cours d’initiation à la natation à la piscine de Rivière-du-Rempart. Par la suite, j’ai intégré le Bupad, un club de natation, et j’ai commencé à participer à des compétitions nationales. C’est ainsi  que j’ai été qualifié pour ma première participation aux Jeux des îles de l’océan Indien en 2015. Je suis passé par le Club de natation sportive de Pamplemousses (CNSP) et actuellement, je suis au Club aquatique de Maurice (CAMO).»

 

«Comme monsieur tout le monde»

 

Pour Suffian, son handicap n’a jamais été un obstacle ou un frein : «Je suis conscient que je suis un malentendant, mais je ne m’y attarde pas car je suis bien entouré, bien encadré et bien accompagné. J’ai appris à vivre normalement. Je me débrouille très bien seul. J’ai  obtenu mon permis de conduire,  je voyage, je fais mes achats seul. Bref, par la grâce de Dieu, je suis comme monsieur tout le monde», poursuit le champion qui estime que le chemin vers la réussite pour ceux qui partagent sa réalité est difficile : «L’île Maurice est signataire de plusieurs conventions sur l’inclusion des autrement capables et fait de son mieux pour respecter ses engagements. Toutefois, pour les malentendants mauriciens,  l’éducation au niveau du secondaire est inexistante. Même pour le primaire, il n’y a pas d’enseignants  qualifiés. De ce fait, le teaching and learning passent difficilement. Dans les services essentiels, comme la santé, certains médecins et employés ne font pas preuve d’empathie et de compassion. Ils ne font aucun effort pour nous comprendre. Certains sont même agacés de recevoir des patients malentendants dans leur cabinet. Dans les commerces, les restaurants ou les pharmacies, par exemple, nous sommes bien accueillis. Dans le domaine sportif, les malentendants  mauriciens sont omniprésents. On n’a qu’à voir le nombre de participants malentendants à des compétitions internationales et régionales», poursuit Suffian en partageant ses observations de malentendant par rapport aux lacunes qu’il note dans la société.

 

Aujourd’hui, il a trouvé son rythme avec un train de vie qui contribue à son épanouissement : «Je me réveille à 5h30. Je fais un peu d’exercices et je prends un petit-déjeuner que je prépare moi-même. Ensuite, je prends le bus pour me rendre au bureau de la Global Rainbow Foundation à Rose- Hill, où je donne des cours de formation aux autres malentendants.  À 15 heures, je suis à la piscine Serge Alfred, à Beau-Bassin, pour m’entraîner jusqu’à 17 heures. Quand je rentre chez  moi à 19 heures, je fais des exercices à sec pendant une heure. Ensuite, c’est le dîner, un peu de télé et au lit.»

 

La natation a forcément une place très importante dans sa vie : «Lors des Jeux des îles 2015, je ne m’entraînais que pour le 50m nage libre. D’ailleurs, on ne nous offre qu’une seule nage. Par la suite, pour les mondiaux, le Deaflympics et les compétitions nationales, j’ai découvert d’autres nages telles que le 100m nage libre, le papillon, la brasse, etc... Je m’entraîne régulièrement à ces nages et cela me permet d’étoffer mon parcours sportif. À chaque compétition, je suis à l’eau et les fruits de mes efforts ne dépendent que de moi. Certes, j’adore jouer au foot et je suis un grand fan d’Arsenal, mais c’est la natation qui m’a offert autant de popularité, de reconnaissance, et qui m’a permis de côtoyer des grands nageurs étrangers, de me faire des amis et de rendre fier mon pays.»

 

Chaque occasion de mettre en lumière Maurice est importante pour lui. «À chaque compétition internationale de natation de malentendants,  mon coach M. Bhoyroo  et moi, sommes les seuls Mauriciens. Notre participation permet aux autres de découvrir notre île dont ils ont rarement entendu parler. C’est une occasion de démontrer que les Mauriciens peuvent rivaliser avec les puissants d’Europe malgré nos moyens  limités», explique Suffian, avant de conclure avec quelques mots pour tous ceux qui sont en situation de handicap : «Assumez votre handicap. Do your best and leave the rest…»