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Agasthamuni Gujadhur: «Kot ou ale dimoun koz lekours dan Moris»

Propulsion (Russell Waterston), un des coursiers qui a porté fièrement la casaque d’Agasthamuni Gujadhur au Champ de Mars.

L’industrie hippique, du haut de ses 206 années d’existence, a été la partenaire priviligée de l’histoire de la jeune République de Maurice, qui soufflera ses 50 bougies le 12 mars. Souvent adulées, parfois décriées, les courses hippiques continuent toujours à déchaîner les passions, plus de deux siècles durant. Et ce n’est pas demain la veille que cela changera, à en croire Agasthamuni Gujadhur.

Avec un patronyme comme le sien, et surtout un père entraîneur de chevaux, Agasthamuni Gujadhur est tombé dans la marmite équine dès son plus jeune âge. «La famille Gujadhur a tout le temps été associée aux courses hippiques à Maurice, voire pendant plus d’un siècle même. Mon papa Amurdeeale, plus connu sous le nom de Bissoon, était d’ailleurs l’entraîneur des chevaux de la famille. Petit, je me souviens que mon papa nous avait acheté, à mon petit frère et moi-même des poneys et c’est de là qu’est née ma passion pour les chevaux.»

 

«J’avais une trentaine d’années quand j’ai fait l’acquisition de Disco Dazzler, mon premier cheval. Je l’avais acheté en partenariat avec feu Kiki Henry et il avait remporté la Duchesse en 1985. Je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Quand je suis descendu en piste pour la première fois, je me suis senti comme une mini-star avec l’ovation de la foule».  Selon lui, l’ambiance au Champ de Mars était tout autre à l’époque, une atmosphère complètement aux antipodes du «temple des zougader» que beaucoup qualifient de plus vieille hippodrome de l’hémisphère Sud de nos jours.

 

Lieu de pèlerinage

 

«Il faut dire qu’il n’y avait pas autant de chevaux que maintenant mais l’ambiance était bien mieux. Il y avait l’orchestre de la police, les enfants venaient en grand nombre avec la famille. C’était un véritable festival, comme un pique-nique».  Agasthamuni Gujadhur concède cependant que tout n’était pas rose à l’époque, prenant pour exemple les fâcheux incidents de 1981, qui resteront à jamais gravés dans la mémoire des plus anciens turfistes. «Je me souviens qu’il y avait eu une interférence en course, impliquant Federal Rock de l’écurie Ruhee et Silver Bow de l’écurie Desvaux. La rétrogradation du premier nommé n’avait pas plu aux turfistes sur l’hippodrome. Ti ena enn boug apel Latet, enn vrai bandit. Beaucoup disent que c’est lui et ses compères qui ont été à l’origine des débordements ce jour-là. Zot ti p kraz partou. Me erezman tonton Mica ek Gaëtan Duval finn ressi calme zot.»

 

Le betting, voilà le mal – nécessaire pour certains – qui ronge l’hippisme mauricien aujourd’hui, selon celui qui possède aussi des chevaux en Afrique du Sud. «Le jeu a tout changé dans ce sport. Comme les stakesmoney ne sont pas suffisants, les revenus sont malheureusement trop centrés sur le betting. A bien y voir, les choses ont sans doute commencé à se détériorer à la fin des annees 90.» Paradoxalement, l’intérêt des propriétaires n’a pas été entamé, à en croire le nombre important de nouvelles acquisitions (près de 150 à ce jour) attendues pour la future campagne. Pour que celle-ci perdure, notre interlocuteur reste convaincu qu’il faudra que le MTC et les instances gouvernementales travaillent de concert pour protéger le divertissement n°1 des Mauriciens.

 

La délocalisation des activités hippiques a été un thème qui a souvent alimenté les conversations dans le giron. Si Agasthamuni Gujadhur concède qu’un nouveau centre hippique moderne demeure une priorité, il regrettera toutefois le jour où le Champ de Mars n’accueillera plus les turfistes les samedis. «Le Champ de Mars est devenu un lieu presque de pèlerinage. Il a conservé un cachet bien particulier. Pour moi, il n’existe aucun autre hippodrome similaire à travers le monde. Il se trouve au coeur de Port-Louis, la capitale du pays. D’ailleurs, quand j’en parle avec des amis étrangers, ils ont du mal à me croire. Ils sont bouche bée quand ils viennent en visite chez nous». Le sponsorship est aussi un aspect qu’il faudrait exploiter dadvantage pour assurer la pérennité de l’industrie, selon Agasthamuni Gujadhur. «L’autre jour, j’ai lu que le Sheik Maktoum avait sponsorisé une course en Inde tout récemment. Mais pourquoi pas Maurice? J’estime que le niveau chez nous est aussi bon, voire mieux».

 

Agasthamuni Gujadhur reste cependant convaincu que malgré tous les commentaires négatifs qu’il peut entendre sur l’hippisme mauricien, celui-ci a encore de belles années devant lui. «On peut dire ce que l’on veut, mais les courses hippiques demeurent le sport qui attire depuis toujours le plus de monde à Maurice. Il y avait le football mais “it is as dead as the Dodo now!”. Des gens boudaient les courses à un moment mais ils y sont revenus. Ce sport a su se relever. Quand il y a de bons chevaux, les gens viennent les voir. Je pense que ce sport est bien ancré dans les familles mauriciennes. On pourrait presque dire qu’il fait partie de leur ADN. Kot ou ale dimoun koz lekours dans Moris. Je suis personnellement un gran fan des courses. Mo continue aste souval et mo pou toujour kroir ladan. Nou bizin ena ankor plis dimoun ki ena racing at heart pou nou kapav continie.»

 

Didier Simanarain