Les larmes de détresse auront enfin laissé place à celles de la joie et de la délivrance. Après près d’un mois d’attente insoutenable dans l’environnement ultra-médicalisé et confiné des hôpitaux, Elodie Thomas a été autorisée à regagner son foyer à Plaisance, Rose-Hill, ce vendredi 6 novembre ; un moment empreint d’une vive émotion qui marque la fin du cauchemar et le début d’une longue mais heureuse reconstruction. Portée par l’amour des membres de son entourage, elle laisse désormais derrière elle l’ombre de la mort pour entamer une lumineuse renaissance. Infiniment soulagé, son époux Jonathan nous confie, ému : «Aujourd’hui, plus que jamais, elle a la soif de vivre.» En effet, dit-il, revenir de si loin a profondément modifié le regard de la jeune femme sur le monde qui l’entoure. Désormais, elle souhaite balayer le superflu pour laisser place à l’essentiel : le bonheur d’être en vie et profiter de chaque instant auprès de tous ceux qui lui sont chers.
Lorsque ce grave incident s’est produit, Elodie Thomas et son époux Jonathan venaient d’emménager chez des proches de ce dernier à Plaisance, Rose-Hill, avec leur fille de 2 ans. Ils commençaient à peine à trouver leurs repères lorsque leur vie a connu un immense chamboulement. Employée comme caissière au supermarché Winner’s de Tribeca Mall, cette jeune femme de 27 ans se trouvait dans le van la ramenant chez elle après ses heures de travail le vendredi 9 octobre lorsqu’elle a été atteinte d’une balle à la nuque après qu’un sergent de police a tiré sur le véhicule durant les instants ayant suivi un contrôle. Admise à l’hôpital dans un état critique, Elodie Thomas a survécu grâce à une délicate intervention chirurgicale menée par des spécialistes indiens et mauriciens pour extraire le projectile qui s’était logée près de sa colonne vertébrale ; une opération qui aura duré sept heures. Après une période de convalescence au département Neuro ICU de l’hôpital Dr. A. G. Jeetoo, son état de santé a connu une nette amélioration, lui permettant très rapidement de se remettre à marcher ; un rétablissement inespéré que beaucoup qualifient de véritable miracle.
C’est dans une déclaration faite à la presse le jeudi 5 novembre que le ministre de la Santé, Anil Baichoo, a annoncé qu’Elodie Thomas retrouverait la chaleur de sa maison le lendemain ; une nouvelle qui a réjoui tout autant l’entourage de la jeune femme que la population mauricienne. «Elle est presque à 100% guérie», a-t-il précisé. Ce samedi 7 novembre, c’est donc dans la cour familiale, à Plaisance, Rose-Hill, que nous avons rencontré Jonathan, le visage encore marqué par les nuits blanches de ces dernières semaines d’angoisse, mais illuminé d’un immense sourire, pendant que son épouse se reposait à l’intérieur. S’exprimant sur leurs heureuses retrouvailles, il raconte : «Tout s’est bien passé. C’est une grande joie pour nous. Mo'nn plore, mo madam ousi finn plore. J’étais vraiment ému.» Idem pour leur fille qui, dit-il, «a ouvert les bras pour faire un énorme câlin à sa maman dès qu’elle l’a aperçue». Quitter l’établissement hospitalier a été un moment fort en émotion pour Elodie Thomas puisqu’«elle a passé les dernières semaines entre quatre murs, sans aucune possibilité de voir ce qui se passait autour d’elle, sans aucune notion du temps. Rien que le fait de voir les rayons du soleil à nouveau a été un grand moment pour elle».
Immense bonheur
Après avoir quitté l’hôpital, Elodie a souhaité faire une halte en chemin. «Nous ne sommes pas rentrés tout de suite. Elodie a d’abord tenu à ce que nous nous arrêtions à l’église pour prier. Ce n’est qu’après cela que nous sommes rentrés à la maison. Tous nos proches l’y attendaient», confie Jonathan. Dès qu’elle a franchi le seuil de la cour, elle a été accueillie par sa famille avec des bouquets de fleurs, des embrassades, des larmes de joie. Au milieu des éclats de rire, poursuit son époux en souriant, le destin a glissé une belle coïncidence : «Le même jour, ma tante célébrait son anniversaire. Se enn zoli kado ki li finn gagne.» Si le bonheur était immense pour tous ceux qui se languissaient de son retour, l’émotion était tout aussi palpable pour la jeune femme. «Elle s’est réjouie d’avoir retrouvé sa famille et le confort de sa maison. Se enn plezir trouv li marse, koze, riye, badine.» Elle a également pu profiter à nouveau des plaisirs les plus simples, comme celui de savourer un repas en famille. Conscient qu’elle ne peut rien avaler encore de solide, son époux lui a amoureusement préparé une purée de pommes de terre.
Au-delà de la joie que lui ont procuré ces retrouvailles, c’est avec une profonde sensibilité que Jonathan nous énumère les profondes transformations qui se sont opérées chez son épouse, mais aussi chez lui. «Nous avons désormais une vision différente de la vie car nous avons constaté à quel point elle est précieuse. Nous avons une perception différente de tout ce qui nous entoure. Notre profonde reconnaissance a fait que nous voulons à présent venir en aide aux autres. Il est encore trop tôt pour savoir quelle direction nous allons prendre, mais nous voulons vraiment apporter notre soutien à ceux qui traversent des difficultés ; c’est notre priorité.» Il se dit lui-même «plus empathique à la douleur des autres. Je ressens les choses beaucoup plus intensément».
Il ne cache pas, non plus, l’autre versant de cette épreuve après le traumatisme vécu : «À chaque fois que j’entends la sirène d’une ambulance, je ne peux m’empêcher de penser à ce que peut ressentir la personne qui se trouve dans ce véhicule, comme l’a vécu mon épouse.» Il raconte qu’Elodie a, elle-même, gardé des séquelles psychologiques de ce par quoi elle est passée. Il l’a particulièrement ressenti pendant le trajet de l’hôpital jusqu’à leur domicile : «Elle me tenait la main et la serrait à chaque virage, à chaque mouvement brusque. Elle est toujours aux aguets. J’ai fait de mon mieux pour la soutenir dès le départ, et je continuerai de le faire. Mo pa pou kapav san li dan mo lavi.»
Maintenant que le plus dur a été traversé, Jonathan confie : «Je veux désormais donner du temps au temps pour ne pas brusquer mon épouse, mais je peux dire qu’elle remercie sincèrement tous ceux qui l’ont soutenue dans cette épreuve.» Si elle ne court pas encore, Elodie Thomas marche, quant à elle, vers sa nouvelle vie ; celle où elle est plus forte et regarde le monde avec un regard neuf.
Tir à Camp-Levieux : deux rebondissements dans l'enquête en 48 heures
L’affaire Elodie Thomas connaît une nouvelle série de rebondissements. Alors que trois policiers font désormais l’objet d’une nouvelle accusation provisoire de culpable omission, déposée cette fois par la police, le sergent Taukoor, accusé d'avoir tiré sur le van où se trouvait la jeune femme et de l'avoir grièvement blessée, a, lui, refusé de participer à la reconstitution des faits organisée le 4 novembre à Camp-Levieux.
Le premier développement est intervenu sur le plan judiciaire. Le 3 novembre, les sergents Ramuth et Guranna, ainsi que le constable Motah, qui étaient présents au moment du tir, ont comparu devant le tribunal de Rose-Hill. L’accusation provisoire de culpable omission, initialement déposée contre eux par l’Independent Police Complaints Commission (IPCC), a été rayée. La commission n’a formulé aucune objection à cette décision.
Dans la foulée, la police a déposé une nouvelle accusation provisoire similaire contre les trois hommes. Une démarche qui s’inscrit dans le cadre du relais pris par la police, l’IPCC ne disposant pas de pouvoirs d’arrestation. La commission poursuit néanmoins ses investigations et son enquête demeure ouverte. La défense a toutefois contesté la validité de cette nouvelle accusation.
Elle estime que l’enquête de l’IPCC n’est pas encore terminée. Une motion réclamant la radiation de l’accusation provisoire déposée par la police sera examinée le 2 décembre.
Autre fait marquant dans ce dossier : le refus du sergent Taukoor de prendre part à la reconstitution des faits organisée dans l'après-midi du mercredi 4 novembre à Camp-Levieux. L’exercice, s’est déroulé en présence de deux témoins. Parmi eux figurait le chauffeur du van à bord duquel se trouvaient Elodie Thomas et son collègue. Les trois policiers concernés par l’accusation provisoire de culpable omission ont également participé à cet exercice.
Le sergent Taukoor est soupçonné d’avoir tiré un coup de feu en direction d’Elodie Thomas, le 9 octobre, à Camp-Levieux. Arrêté peu après les faits, il fait l’objet de deux accusations provisoires : using firearm to intimidate et involuntary wounds and blows by imprudence. L’accusation provisoire de possession of Firearm with intent to endanger life, initialement retenue contre lui, a depuis été rayée.
Lors de son interrogatoire par les enquêteurs de l’IPCC, le sergent Taukoor avait contesté la version du chauffeur du can. Ce dernier avait affirmé que le policier l’avait menacé avec son arme de service alors qu’il lui expliquait son intention de s’engager sur une partie de la route pour déposer ses passagers. Le sergent nie catégoriquement cette allégation. L’enquête de l’IPCC se poursuit.