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Maha Shivaratree : Entre originalité et extravagance

Une célébration religieuse qui perd d’année en année son côté traditionnel. Aujourd’hui, le Maha Shivaratree est beaucoup plus moderne avec des kanwars toujours plus imposants qui convergent vers le Ganga Talao.

Toujours plus grand, plus coloré, plus remarquable. Chaque année, les pèlerins du Maha Shivaratree, célébration religieuse qui aura lieu ce mardi 13 février, rivalisent d’idées pour la confection de leurs kanwars. Si ce pèlerinage est l’occasion pour les hindous de rendre hommage au dieu Shiva en marchant vers le lac sacré de Grand-Bassin, c’est aussi le moment pour de nombreux jeunes de faire preuve de créativité et d’ingéniosité. Une fois encore, ces derniers n’ont pas manqué de frapper fort avec leurs créations les unes plus originales que les autres. Depuis deux jours, ils sont des milliers de dévots venant des quatre coins du pays à cheminer vers le Ganga Talao.

 

Sur les routes, ils ne passent pas inaperçus. Il est même plutôt rare de croiser des simples et petits kanwars. Le plus souvent, ils sont imposants en taille ce qui cause d’ailleurs des complications sur la route. Colorés et brillants de mille feux, ils mettent en scène des jardins, des montagnes, des statues géantes de Shiva sur son taureau, de Ganesh sur son rat, de Shivling géant, entre autres. Certains trouvent même des formes de kanwars originales comme un bateau, une tête de serpent pouvant toucher les nuages ou encore une scène montrant Shiva, Ganesh et Parvati ensemble.

 

Les jeunes du Shiv Shakti Mandir de Panchavati ont cette année décidé de monter encore en grade avec leur char de plus de 13 pieds sur lequel est posé un grand Ganesh à trois têtes et tout en bleu, qui ne fait qu’à lui seul neuf pieds de haut. «Nous sommes une trentaine de personnes à travailler la-dessus depuis le mois d’octobre. Petits ou grands, tous sont des kanwars mais si nous avons la capacité d’en faire un beau et plus grand, pourquoi pas ?» souligne Mevin Hujooree. Le groupe a quitté le Nord dans l’après-midi du jeudi 8 février pour arriver à Grand-Bassin, le lendemain à 17 heures sous une pluie battante.

 

Malgré la fatigue, pas le temps de se reposer. Ils alignent leur chariot là où tous les autres sont exposés comme dans une compétition. La manœuvre est délicate et compliquée. Une fois installée, il reste encore à le connecter pour que le kanwar puisse s’allumer. Modernité oblige, les kanwars offrent des jeux de lumière, crachent de la fumée comme sur une piste de danse, le tout rythmé de chants dévotionnels, remixés au goût du jour. Certains possèdent de puissants appareils à exploser les décibels et diffusent l’Aum Namah Shivaya Mantra sur Cheap Thrills de Sia ou Could you be love de Bob Marley. D’autres ont endossé en bandoulière costume et une fois leur kanwar bien placé, prennent leur tambour pour livrer une performance musicale.

 

Au milieu de tout ça, les dévots se dirigent vers le temple pour leurs prières pendant que d’autres vont se restaurer. Partout, les volontaires sont nombreux à venir en aide et assister les pèlerins en leur donnant à boire et à manger. Parmi eux, Sailesh et Neetusha Sookun qui chaque année viennent offrir un repas aux dévots. Cette fois, c’est du jus et des ti puri. Une donation importante à leurs yeux. 

 

Pour beaucoup, le pèlerinage de Grand-Bassin est un rituel, une tradition qui se partage au fil des années et des générations. Mais plus les années passent et plus les pèlerins veulent impressionner. Cela fait 18 ans que les Nag Boyz de Centre-de-Flacq font ce pèlerinage. «Nous sommes plusieurs jeunes à en avoir discuté. Nous voulions faire quelque chose d’original. Il nous a fallu un mois de préparation. Nous sommes contents du résultat et d’avoir honoré cette tradition», souligne Bushan Jogoo, membre du groupe. Cette année, ils ont voulu faire quelque chose de beaucoup plus artistique. Ils ont donc représenté Shiv Tandav sur sa montagne avec, à son pied, son garde du corps et un peu plus loin au pied de la montagne, entre des branchages et des fleurs, Ganesh et Parvati. Une vraie scène artistique. Après tout, disent-ils, rien n’est trop beau pour Shiva.

 


 

Kanwars traditionnels : Une compétition pour s’approcher de l’essentiel

 

Un kanwar doit-il être le plus haut, le plus grand, le plus coloré pour vivre l’essence même de ce que représente le Maha Shivaratree ? Beaucoup ne partagent pas cet avis. Arvind Bhagan en fait partie. C’est pour cela qu’il a décidé cette année d’organiser une compétition de kanwars traditionnels. Pour y prendre part, il y a plusieurs critères à respecter comme la dimension (1,2m x 1m x 0,2m), le fait d’être porté par un seul pèlerin ou encore contenir deux lota, récipients en cuivre pour ramener l’eau du lac.

 

Le but, dit-il, est de de se rapprocher de l’essentiel, du principe même de cette célébration religieuse. «Les gens pensent qu’il faut un grand kanwar pour faire le show mais est-ce que nous sommes en train de respecter Shiva en le faisant et de faire notre sacrifice comme il faut ? A-t-il plus de valeur en étant aussi impressionnant ?» À la base, dit-il, le kanwar est un simple morceau de bois auquel on a attaché deux lota aux deux extrémités. «Ce qui se passe aujourd’hui est le fruit des compétitions organisées dans le passé par des associations qui prônaient ces pratiques.» Ce qu’il souhaite aujourd’hui, à travers ce concours, c’est de revenir vers les valeurs traditionnelles de l’hindouisme et de cette célébration.