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Zohra Ellapen : ma vie au rythme des vagues

Ceux et celles intéressés par le petit monde de Zohra Ellapen peuvent la contacter sur la page KaiZo Kitesurf School.

«Depi mo bann lipie inn komans port mwa mo dan la mer. Monn apran naze mo mem. Après l’école, la première chose que je faisais, c’était de me retrouver sur la plage, à courir, sans même prendre le temps d’enlever mon uniforme. C’était un besoin pour moi. C’était vital. J’ai toujours eu besoin d’avoir ce contact avec l’océan.» Incursion dans le petit monde d’une jeune femme qui a fait de la mer son terrain de jeu... et  le lieu de son gagne-pain.

Quand elle est face à la mer, ça la démange. Car c’est en ayant les pieds dans l’eau qu’elle se sent dans son élément. Et que dire quand elle est accrochée à son kite, les pieds sur sa planche... à tout faire pour dompter le vent ? C’est à ce moment-là qu’elle se sent le plus en vie, en contact direct avec les éléments. Et c’est dans son élément, face à la mer, qu’on rencontre Zohra Ellapen. Elle sort à peine de l’eau et, bien évidemment, elle affiche un grand sourire après s’être ressourcée et après avoir fait le plein de bonnes énergies avec son sport de prédilection : le kitesurf.

 

D’aventure en aventure, la jeune femme ne cesse, depuis quelques années déjà, d’expérimenter tous les frissons que lui procure cette discipline sportive. Et durant le mois de juillet, cette année, c’est en tant que jury, lors du Rodrigues International Kitesurf Festival, que la jeune femme a vécu une autre facette de sa passion. «Ça a été un honneur et un privilège pour moi d’être jury durant la dernière édition du Rodrigues International Kitesurf Festival, après y avoir participé plusieurs fois en tant que compétitrice. Cela m’a permis de vivre l’événement différemment. Je suis très contente de cette expérience et d’avoir été partie prenante de cette belle initiative qui met à l’honneur la pratique du kitesurf. Le festival met en lumière la pratique d’une discipline sportive qui se vit en étant en contact direct avec la nature et ce rendez-vous donne aussi une visibilité à Rodrigues comme destination sportive», nous confie la jeune femme, très amicale, la tchatche facile.

 

Avec son physique d’athlète et sa bonne humeur communicative, Zohra nous met tout de suite dans le bain et nous transporte dans son univers. Et quand il lui faut parler de sa passion, elle ne se fait pas prier : «J’ai 14 ans d’expérience dans la pratique du kitesurf. J’ai commencé assez tôt, à 17 ans, et je suis aussi devenue monitrice très tôt. Mais ma relation avec la mer date de plus longtemps. Dès l’âge de 9 ans, j’ai commencé à faire de la plongée. Depi mo bann lipie inn komans port mwa mo dan la mer. Monn apran naze mo mem. Après l’école, la première chose que je faisais, c’était de me retrouver sur la plage, à courir, sans même prendre le temps d’enlever mon uniforme. C’était un besoin pour moi. C’était vital. J’ai toujours eu besoin de ce contact avec l’océan. Après ma scolarité, je savais que je n’étais pas faite pour me retrouver dans un bureau. Je savais que je n’allais pas me sentir à ma place...»

 

C’est avec un grand sourire qu’elle revient sur son parcours. «Au départ, mon objectif était de devenir une monitrice de plongée. J’ai passé toutes les étapes et à l’âge de 17 ans, je suis devenue rescue diver. Mais pendant les formations, je me suis rendu compte, que la plongée ne me faisait pas que du bien. Je tombais souvent malade et j’avais fréquemment des maux de tête. Il m’a fallu prendre une décision pour ma santé et j’ai décidé d’arrêter la plongée. Ce même jour, en revenant de Péreybère en autobus, j’ai vu des personnes à Anse-La-Raie avec des sortes de cerfs-volants. Et elles se trouvaient hors de l’eau, attestant que ça ne nécessitait pas de se retrouver dans l’eau. Je me suis tout de suite dit que c’était ce que je voulais faire...»

 

«Une enfant de la mer»

 

C’est à ce moment-là que la jeune femme a plongé dans sa destinée. «Dès le lendemain, j’en ai parlé à ma mère et elle m’a tout de suite emmenée voir Nico Kux, pionnier de l’introduction du kite à Maurice. Je venais de compléter ma Form V et j’attendais mes résultats. Nico Kux m’a alors fait une proposition qui a changé ma vie. Il m’a demandé si je ne voulais pas travailler et apprendre en même temps. Je lui ai tout de suite dit oui. J’ai quitté l’école, j’ai tout quitté et j’ai commencé avec lui un 4 janvier. C’est ce jour-là que ma carrière a commencé», raconte Zohra. Son cheminement, poursuit-elle, n’a pas été tout rose : «Forcément, quand j’ai dit à l’époque que je voulais pratiquer le kitesurf, j’ai eu à faire face à des remarques. On me faisait comprendre que ce n’était pas pour moi, du fait que j’étais une femme noire, et je ne pourrai pas y arriver. J’ai eu plusieurs fois droit à ce genre de remarques mais cela ne m’a pas empêchée d’aller de l’avant. Je suis une personne bornée. Quand j’ai un objectif en tête, je fais tout ce que je peux pour l’atteindre. Ce trait de caractère m’a beaucoup aidée à avancer dans la vie...»

 

En évoluant dans cet univers, Zohra se rend très vite compte qu’elle est comme un poisson dans l’eau. «J’ai toujours été une enfant de la mer et quand j’ai commencé le kitesurf, c’est, rapidement, devenu une passion. Pour moi, ce n’est pas comme un travail. Je me dis que je suis en train de vivre ma passion et de transmettre mon savoir. Et à chaque fois que j’y pense, quand je me retrouve à donner des cours, entourée d’eau, je me dis que j’ai fait le bon choix. Certes, comme pour toutes choses, je dois faire face à des points négatifs, mais je me dis toujours que les côtés positifs de mon boulot surpassent les aspects un peu moins réjouissants. Et pour la partie un peu plus sombre de mon histoire, je vais remonter aux années où je voulais créer mon école. J’ai eu à faire face à beaucoup d’obstacles, notamment du côté des autorités. Ça n’a pas été facile du tout d’avoir un permis-kite. Mo enn fam, mo Morisienn, mo dan mo pei, mo zen, mo dan la mer, mo konpran la mer, monn anvi kre enn zafer pou partaz mo pasion, lans mwa ladan... Me li pa ti fasil ditou. Je n’avais pas pour ambition d’amasser des millions. J’avais juste envie de vivre et de transmettre ma passion, mais je me suis heurtée à de nombreux murs. J’ai même abandonné à un certain moment. J’avais baissé les bras et j’étais résolue à tourner la page sur mon rêve.»

 

«La sécurité en premier»

 

Dans ces moments de doute, elle se dit chanceuse d’avoir pu compter sur le soutien de sa mère. «Ma maman Patricia Sophie était là pour me rebooster. Linn la pou mwa, linn ankouraz mwa, linn marse pou al fer bann demars. Je lui dois beaucoup et je lui serai toute ma vie reconnaissante. C’est grâce à elle si j’ai aujourd’hui un permis d’opération pour mon école.» Aujourd’hui entrepreneure, Zohra trace son chemin : «J’ai fait mes armes, j’ai fait des compétitions et j’ai évolué. Maintenant, je suis mon propre chef et je me donne comme mission d’encadrer et de partager mes connaissances avec les adeptes de ce sport qui permet d’être complètement en phase avec les éléments.» Son motto : «La sécurité en premier...» Un mot d’ordre appris de ses années de formation.

 

Et aujourd’hui, elle l’applique avec ses élèves : «Mon école s’appelle KaiZo Kitesurf School et elle se trouve à Anse-La-Raie ; cela va faire six ans, en octobre, qu’elle est en opération. Ce n’est définitivement pas facile d’être son propre chef. Il y a quelques années certes, les choses étaient beaucoup plus faciles, mais de nos jours, avec le train de vie actuelle, les choses ont bien changé. Les clients sont moins nombreux et les équipements pour la pratique du kitesurf coûtent très cher et la taxe est très élevée. Je dois m’accrocher pour m’en sortir. Et je le fais tout simplement parce que j’aime ce que je fais...»

 

À travers le bouche-à-oreille et de par sa réputation et son rayonnement dans la discipline, Zohra s’est bâtie une solide réputation dans le milieu. «J’aime ce que je fais. J’aime transmettre et en sus d’être fière de voir les apprenants réussir, je suis surtout heureuse de les voir être contents d’y arriver. Ce sont les petites satisfactions qui me motivent. J’accueille beaucoup de femmes et je suis honorée de cela, de savoir qu’elles me font confiance... Tout le monde peut apprendre à kitesurfer à partir de 12 ans. Garçon, fille, homme et femme. Le kitesurf, ce n’est pas tant le physique, c’est surtout de la technique. Si enn dimounn interese pou fer enn zafer, o mwin esay li enn fwa. Pa pans si pou resi ou pa kar deza sa pou enn blokaz. Mo touzour dir, si nou pa saye, nou pa pou kone. Quelqu’un va savoir, dès le premier cours, si le kite est fait pour lui ou pas», souligne la monitrice qui tient à livrer un message aux Mauriciennes : «Je voudrais dire aux femmes qui hésitent, qui ont peur de se mettre à la pratique du kitesurf de venir me voir. Il nous faut plus de femmes dans ce domaine. Je vous invite à venir apprendre, à venir découvrir cette sensation de liberté quand on est entre ciel et mer. Si j’ai deux à trois femmes, je suis même prête à les initier gratuitement. Alors mesdames, lancez-vous !»

 

Zohra n’a qu’un souhait : que la pratique de ce sport soit accessible à plus de Mauriciens. «À Maurice, il y a deux spots qui sont très fréquentés, au Morne et à Anse-La-Raie, Cap Malheureux. Je pense que les autorités pourrais permettre aux écoles de kitesurf d’être plus visibles aux abords des plages. À Rodrigues, par exemple, la présence des petits cabanons très typiques sur les plages indiquent tout de suite la présence de moniteurs. Ici, ce n’est pas le cas. Et je trouve que ça joue contre la discipline. J’ai des clients qui “bookent” un séjour dans l’île juste pour venir kitesurfer. C’est un créneau très exploitable ; alors pourquoi ne pas permettre plus de visibilité pour les écoles ? Autre conseil que je donnerais, c’est de permettre aux Mauriciens de pratiquer la discipline. Ce n’est pas un sport qui est réservé uniquement aux expatriés. Notre île regorge de talents. Il faudrait juste leur permettre d’éclore», conclut la jeune femme, avec les yeux pétillants, reflétant les vagues qui rythment sa vie....