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Projet d’incinérateur à Riche-Terre : une fumée… d’angoisse

Photo d'illustration qui accompagne la pétition mise en ligne par les contestataires.

Une demande de licence et l’angoisse prend feu. Les habitants de la région se mobilisent. Le promoteur s’explique et rassure.

C’est dans l’air. Et ils s’inquiètent. Alors, certains habitants de Baie-du-Tombeau ont décidé de se regrouper pour dire leur crainte, pour tenter de freiner un «développement» qui affecterait leur santé. La demande d’une Environmental Impact Assessment (EIA) Licence, nécessaire pour la mise en terre du projet tant redouté, a mis le feu à leur mouvement de contestation. Et déjà, on s’organise. Le mercredi 12 juin, une première réunion des habitants a eu lieu avec pour but de mettre en place une stratégie de protestation. Au cœur de ce besoin de dire «non» ? La construction d’une Waste Treatment Plant dans la zone industrielle de Riche-Terre, non loin de certaines habitations, qui se chargera de traiter des petroleum waste products mais aussi des déchets médicaux et des carcasses d’animaux, entre autres. Le promoteur ? Veolia Recycling & Environmental Services (Mauritius) Ltd qui a décidé de communiquer pour rassurer (voir hors-texte).

 

Pour l’instant, le comité des habitants de Baie-du-Tombeau a décidé de mener un premier combat pour tenter de freiner l’octroi de l’EIA Licence. «Toute notre énergie se concentrera dessus. Nous avons jusqu’au 20 juin pour ça. Notre combat a commencé et on le mènera jusqu’au bout. Nous voulons aussi alerter et sensibiliser. C’est une situation grave», confie un habitant de Baie-du-Tombeau, une des voix fortes du mouvement de contestation. Avec lui, d’autres hommes. D’autres femmes. D’autres parents qui ont conscience de l’importance de la question de la qualité de l’air. Déjà, confie Samantha, une autre warrior, en fin d’après-midi, l’air a des relents étouffants à Baie-du-Tombeau. «C’est irrespirable. Et là, ça va être pire avec cet incinérateur», confie-t-elle. Aujourd’hui, dit la jeune femme, les Mauriciens sont informés, conscients des dangers que peuvent poser ce genre de structure. Alors, il est impossible de se taire…

 

«Stop»

 

C’est pour ça qu’elle a décidé de s’engager. De dénoncer. De faire un travail de recherche et de documentation. Pour elle, bien sûr. Pour sa fille, aussi. Mais également pour tous les enfants de Baie-du-Tombeau : «Notre nourriture est remplie de pesticides ! Manquerait plus que notre air devienne pire. Il faut dire stop.» Lors de la réunion d’explication, elle a fait le plein d’infos par la voix de consultants et d’experts. Elle a compris les problématiques liées à ce genre de structure : la dangerosité des hydrocarbures qui seraient rejetés dans l’air, du traitement des eaux usées qui pourraient infecter les nappes phréatiques, entre autres. Alors même si Veolia donne toutes les garanties sur ses contrôles, elle ne peut prendre ce risque : «Oui, tout est fait selon les normes, c’est prévu. C’est normal. C’est une grande entreprise. Mais on ne peut pas être partout.»

 

De l’air à l’eau, il n’y a qu’un trait d’angoisse : «Même si l’air que l’incinérateur lâche est pur, il faudra des filtres pour retenir ce qui n’est pas bon. Et les filtres, faudra les laver, non ? Qu’adviendra-t-il de cette eau ? Les experts le disent, l’incinération en soi n’est pas une bonne chose. Alors, est-il nécessaire d’avoir recours à ce genre de chose en 2019 ? Un truc comme ça ne peut être green à 100 %.»

 

Alors il faudrait se tourner vers des solutions plus vertes, plus douces pour l’environnement : «C’est une tendance mondiale. Ça génèrerait plus d’emplois et ça serait beaucoup moins toxique.» Le premier warrior est bien d’accord. Dans le monde, les études concernant ce genre de plant révèlent souvent une vérité dure : «Il y a un impact sur la qualité de l’air.» Le lien avec la santé des gens lui vient tout de suite en tête. Elle parle de cancer, d’allergies respiratoires, d’asthme. Néanmoins, quand on s’aventure sur ce terrain-là, il ne faudrait pas oublier que les surveys disent souvent tout… et son contraire.

 

Malgré tout, la contestation, actuellement en gestation, enfle et les sonneurs d’alerte se tournent vers les entreprises de la région pour expliquer ce qu’ils estiment être la dangerosité de ce projet : «Dans la région, il y a de nombreux bureaux. Les gens passent beaucoup de leur temps ici. Quel air vont-ils respirer ? Les patrons en sont-ils conscients ? Ne faudrait-il pas offrir un environnement de travail sécurisant et sécurisé à ces personnes ?» Actuellement, c’est à travers une correspondance envoyée aux entreprises que ce message passe. Notre premier interlocuteur est persuadé qu’il faut que les consciences s’éveillent, que les gens se mobilisent. À Veolia, on assure et on rassure : le treatment plant n’aura rien de nocif. Malgré tout, pour les habitants de la région, la peur est dans l’air…

 


 

Veolia : «Nous échangerons avec les habitants…»

 

L’entreprise se veut rassurante. Et elle compte rencontrer les habitants des régions concernées par l’installation de son incinérateur. C’est ce qu’elle a laissé entendre en répondant à trois de nos questions.

 

Quel est le point de vue de Veolia concernant le mouvement de contestation ?

 

Nous comprenons tout à fait l’inquiétude des habitants car cela démontre qu’ils sont sensibilisés aux questions liées à la préservation de l’environnement. C’est pour cette raison que nous souhaitons leur donner les bonnes informations sur notre projet et dissiper les doutes qui existent. En tant qu’entreprise, nous avons toujours travaillé dans le respect des lois et des communautés qui vivent autour de nos installations. Que ce soit à Maurice ou ailleurs, Veolia aide ses clients des secteurs privé et public à gérer leurs déchets en toute sécurité. Avec notre expertise et les technologies de pointe que nous utilisons, nous travaillons pour un environnement plus sain qui protège les populations.

 

Avez-vous prévu de rencontrer les habitants ?

 

Compte tenu des informations erronées qui circulent sur notre projet, nous échangerons certainement avec les habitants pour leur expliquer le bien-fondé de notre projet. Il est très important, à nos yeux, de rétablir les faits. Pour ce type de développement dans une zone industrielle, la loi ne prévoit pas de consultations avec les habitants, et c’est pour cette raison que nous ne les avons pas rencontrés jusqu’à présent.

 

Pouvez-vous donner l’assurance d’un «zero risk» pour la santé des habitants des régions concernées ?

 

Veolia opère à travers le monde, notamment en Europe dans les zones urbaines dans le strict respect des normes environnementales existantes. À Riche-Terre, notre centrale sera aux normes européennes qui sont plus strictes que la législation locale en matière de procédures et d’émissions. Cet incinérateur de dernière génération respectera toutes les conditions requises par le ministère de l’Environnement, s’agissant notamment des émissions. Il sera d’ailleurs le seul à Maurice à être doté d’un analyseur de fumée en continu. Il apportera surtout une solution à la gestion des déchets d’hydrocarbures pour lesquels il n’existe pour l’heure aucune facilité de recyclage ou de traitement approprié. De plus, nous retrouvons souvent des déchets médicaux dans la nature. Notre incinérateur aura pour but de les éliminer pour ne plus les retrouver dans nos écosystèmes terrestre et marin. Tous nos employés seront adéquatement formés pour manipuler les déchets réglementés. Notre incinérateur ne posera aucun risque pour la santé publique et l’environnement car notre objectif est de réduire les déchets et non d’en produire.