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Masques et gants jetables : la nouvelle menace écologique !

«Par leur masse, les déchets plastiques peuvent étouffer les environnements et briser les écosystèmes», explique Krishna Pentayah, président et fondateur  de l'ONG Sov Lanatir.

Les animaux sont victimes d'une nouvelle pollution liée à la Covid-19. Les polluants sont les masques et les gants qui se retrouvent de plus en plus dans la nature. Des chercheurs internationaux ont établi une liste non exhaustive des animaux qui ont été victimes de l'utilisation de gants et de masques jetables par les humains. Tour d'horizon de la situation dans notre île...

Ils sont partout. On les voit sur les visages (en ce qui concerne les masques)... Du moins, pour ceux qui sont conscients du danger que représente le coronavirus. Dans le même ordre d'idées, les gants sont aussi portés pour se protéger des surfaces infectées et à risques, en ces temps où le virus circule dans notre petite île. Mais depuis quelque temps, ces mêmes masques et ces mêmes gants sont aussi partout : sur les routes, dans les caniveaux, sur les trottoirs, dans les jardins publics... Bref, partout, sauf dans les poubelles où ils doivent se retrouver après leur utilisation. Une raison qui a poussé les scientifiques et les experts internationaux à tirer la sonnette d'alarme autour de ce qu'ils considèrent comme étant une nouvelle forme de pollution particulièrement nuisible à l'environnement mais aussi pour la faune sauvage.

 

Dans une étude publiée le 22 mars dans la revue Animal Biology, des chercheurs néerlandais ont d'ailleurs dressé une liste non exhaustive des animaux victimes de ces objets abandonnés en pleine nature. Sans oublier que ces masques et gants jetés ici et là représentent également un risque sanitaire et d'hygiène pour l'homme. L'une des premières preuves du risque que représentent les protections sanitaires pour les animaux remonte à août 2020, lorsqu'une image d'une perche commune piégée par un gant avait fait le tour du monde. Avec les oiseaux et les poissons, les experts ont aussi établi que les chauves-souris, hérissons et autres pieuvres souffrent également de cette nouvelle forme de pollution. Au Brésil, par exemple, un manchot Magellan, retrouvé sur une plage, avait un masque dans l'estomac, alors que dans d'autres pays, ce sont les chiens et les chats qui ont été victimes de ces déchets.

 

Chez nous également, ces objets polluants sont de plus en plus visibles. Alors qu'il était de sortie pour faire ses courses au courant de la semaine, David, un habitant de Quatre-Bornes, a été surpris de découvrir, en plusieurs endroits sur la route, des masques et des gants éparpillés. «En une seule journée, j'ai vu plusieurs masques et gants jetés ici et là. Cela m'a choqué. Cela démontre à quel point certains Mauriciens ne sont pas conscients de ce qu'ils font. Ça fait sale et c'est dangereux à la fois pour les humains et les animaux. J'ai été outré par autant de négligence», nous confie le jeune homme.

 

Animaux en danger

 

Krishna Pentayah, président et fondateur de l'ONG Sov Lanatir, a aussi, ces derniers temps, fait ce triste constat : «S'il y a une chose primordiale que la Covid-19 m'a apprise en tant qu'activiste, c'est que le confinement a été incroyable pour l'environnement mais aussi que la Covid-19 ne guérira pas la planète. Quelques mois après la propagation du virus, les émissions mondiales de dioxyde de carbone ont chuté de 17 % par rapport aux niveaux quotidiens moyens en 2019. L'une des principales raisons était la baisse soudaine de la production d'électricité, entre autres. À Maurice, au début du premier confinement, nous avons constaté que les routes, les plages et autres lieux publics étaient relativement plus propres et sans déchets. Cependant, dès que le lockdown a été levé, les choses ont changé.»

 

Pour lui, il faut prendre très au sérieux ce problème de pollution, actuellement très visible dans l'île. Des photos prises, lors de ses expéditions à travers le pays récemment, démontrent que les Mauriciens se débarrassent de leur masque un peu partout. «Au départ, les masques jetés peuvent risquer de propager le coronavirus aux ramasseurs d'ordures ou même aux membres du public. Nous savons que dans certains cas, le virus peut survivre sur un masque chirurgical en plastique pendant sept jours. À moyen et long termes, les animaux et les plantes sont également touchés. Par leur masse, les déchets plastiques peuvent étouffer les environnements et briser les écosystèmes. Certains animaux ne peuvent pas non plus faire la différence entre les objets en plastique et leurs proies, s'étouffant par la suite avec des morceaux de litière. Même s'ils ne s'étouffent pas, les animaux peuvent souffrir de malnutrition car les matériaux remplissent leur estomac mais ne fournissent aucun nutriment.»

 

Le défenseur de l'environnement qu'il  est, tire la sonnette d'alarme : «Les petits animaux peuvent également s'emmêler dans l'élastique des masques ou des gants. Les plastiques se décomposent en petits morceaux au fil du temps et plus la litière est longue dans l'environnement, plus elle se décomposera. Les plastiques se décomposent d'abord en microplastiques et finalement en nanoplastiques encore plus petits. Ces minuscules particules et fibres sont souvent des polymères à longue durée de vie, qui peuvent s'accumuler dans les chaînes alimentaires. Un seul masque peut produire des millions de particules, chacune ayant le potentiel de transporter également des produits chimiques et des bactéries dans la chaîne alimentaire et potentiellement même chez les humains. Nos masques faciaux pourraient un jour se retrouver dans nos assiettes à la maison ; le monde serait alors confronté à un autre problème de santé critique.»

 

Il est primordial, dit-il, de prendre des actions pour renverser la tendance. Il donne quelques pistes qui peuvent aider : «Il est bon de conseiller l'usage des masques réutilisables sans filtres jetables. Ils peuvent être lavés régulièrement à la machine. Il est aussi conseillé d'avoir une pièce de rechange. Donc, si quelque chose ne va pas avec celui qu'on porte, on n'aura pas à acheter et utiliser un masque jetable. Si une personne doit en utiliser, pour s'en débarrasser, elle peut l'emporter à la maison – peut-être dans un sac –, puis le placer directement dans une poubelle avec un couvercle. Si ce n'est pas possible, placez-le dans une poubelle publique appropriée. Il est conseillé de ne pas mettre de masques jetables dans le bac à recyclage car ils peuvent être pris dans des équipements de recyclage spécialisés et constituer un danger biologique potentiel pour les travailleurs dans ce secteur.»

 

Selon le fondateur de Sov Lanatir, les autorités ont un grand rôle à jouer dans ce combat : «Elles pourraient envisager de mettre en place des poubelles réservées aux masques. Et aussi donner des directives et travailler sur des mises en œuvre strictes de la gestion des déchets  tout en préconisant le remplacement des masques jetables par des masques réutilisables comme ceux en coton imperméables et même envisager le développement de masques jetables biodégradables.» L'OMS recommande, poursuit-il, de jeter les masques dans une poubelle adaptée immédiatement après leur utilisation et de ne surtout pas les réutiliser. «L'OMS préconise aussi que les masques et autres matériaux jetables utilisés pour contenir la pandémie, comme les gants, ne doivent pas être jetés dans le bac de recyclage avec des emballages, des bidons, entre autres, ou avec des déchets organiques. Ni avec les ordures ménagères d'ailleurs.»

 

Pour lui, c'est la mission de tout le monde de combattre la nouvelle menace écologique liée à la pandémie de Covid-19...

 


 

Questions à... Doorgha Ragoobur Doctorante en microplastique à l'Université de Maurice

 

On retrouve de plus en plus de masques et de gants en plastique jetés dans la nature. Quel est votre avis sur le sujet ?

 

Le port du masque et des gants fait partie des mesures globales visant à prévenir la propagation de la Covid-19. Malheureusement, certaines personnes, au lieu de les jeter dans les endroits appropriés, traitent leurs masques/gants comme des mégots de cigarettes et les jettent dans l'environnement.  Ces masques et gants peuvent contenir des traces du virus car ce dernier peut vivre jusqu'à neuf jours sur ces surfaces et cela peut aggraver la situation.

 

Qu'est-ce que cela représente pour l'environnement ?

 

L'élimination incorrecte de ces masques et gants peut avoir des impacts directs et indirects sur l'environnement. Ils sont légers par nature et lorsqu'ils sont mal disposés, ils peuvent trouver leur chemin dans l'océan par diverses voies comme le vent et les systèmes de drainage. Malheureusement, ils peuvent être confondus avec de la nourriture et mangés par les animaux.  Le matériau couramment utilisé pour fabriquer des masques et des gants est le plastique. Ces plastiques ne sont pas biodégradables et peuvent rester dans l'environnement pendant des siècles.  Des recherches récentes ont montré des preuves de la présence de microplastiques chez les animaux aquatiques, ce qui a suscité de grandes inquiétudes chez les humains qui sont de grands consommateurs de fruits de mer.

 

Quels conseils donneriez-vous aux Mauriciens pour décourager ce genre de pratiques?

 

Si vous devez vous débarrasser des masques et gants jetables, emportez-les chez vous et jetez-les à la poubelle, ou placez-les dans une poubelle publique appropriée. Essayez d'utiliser des masques réutilisables dont certains sont très bien avec des motifs. Mais quoique vous fassiez, ne jetez pas votre masque/vos gants dans l'environnement ; sinon, vous finirez par le/les manger avec votre nourriture !