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Kursley Favory, 43 ans, commet un autre viol après quatre ans - Ginette*, 80 ans : «Monn res fer lapriyer pou ki sa kosmar-la arete...»

L'agresseur de ces femmes a un lourd casier judiciaire.

Il avait déjà plusieurs infractions d’ordre sexuel à son actif, le dernier étant le viol d’une dame de 70 ans commis en janvier 2020. Cela n’a pourtant pas empêché Kursley Favory, 43 ans, de récidiver. En liberté conditionnelle, il a à nouveau été appréhendé ce mercredi 28 février après le viol d’une habitante de sa localité âgée de 80 ans. Entre consternation et incompréhension, l’octogénaire ainsi que l’entourage de sa précédente victime se confient.

Au cours de sa vie, elle a vécu le grand amour, a connu les joies de la maternité et le bonheur de devenir mamie, parmi tant d’autres événements mémorables. Comme toutes les personnes de son âge, elle a aussi traversé des moments tristes et douloureux en voyant s’éteindre un à un, au fil des années, des personnes qu’elle aimait, qu’elle chérissait. À seulement quelques jours de son 81e anniversaire, Ginette* a eu une vie bien remplie et assumée. En quête de calme, elle s’est récemment installée dans la région de Rose-Hill pour y couler des jours paisibles et être plus proche des membres de son entourage après avoir longtemps vécu dans une autre ville. Cela lui aurait aussi permis de payer moins cher le taxi pour aller à ses rendez-vous chez le médecin. Alors qu’elle pensait avoir tout vu jusqu’ici, elle avait, hélas, tout faux. Elle a vécu le pire cauchemar qui soit durant sa première nuit dans sa nouvelle demeure. Aux petites heures du mercredi 28 février, un individu s’est introduit dans sa maison et l’a brutalisée, injuriée et violée sous la menace d’une arme tranchante. «Zame monn viv enn zafer koumsa dan mo lavi. Mo ti pe zis rod enn trankilite», nous confie-t-elle de son lit d’hôpital, encore traumatisée et désorientée. 

 

Mutilée sans sa chair et blessée au plus profond de son être, Ginette hésite longuement avant de relater l’enfer et l’horreur vécus. Alors qu’elle est une victime, elle tend à se sentir coupable et à vouloir disparaître. «Mo gagn onte sekinn ariv mwa sa laz mo ena la. Si mo ti kone mo ouver laport, mo sorti, mo kriye, me mo pa ti pe konpran nanye ki pe arive», lâche-t-elle en se remémorant ce moment douloureux où elle est restée figée par la peur. Comme elle avait emménagé dans sa nouvelle maison la veille et n’avait pas encore déballé toutes ses affaires, elle s’est endormie dans la salle à manger, au rez-de-chaussée. Vers 4 heures du matin, le lendemain, un bruit l’a tirée de son sommeil. «Mo ti krwar sat, me letan monn gete monn trouve sa misie-la rantre. Linn dir mwa “pa kriye sinon mo touy twa. Vie pi*** ki tonn vinn fer la?”. Mo pann kapav fer nanye, monn per, monn res trankil parski ti ena enn kouto dan so lame.» Tout en l’injuriant et la menaçant, il lui aurait lancé «vie pi***, tir to linz, alonz anba», et elle s’est exécutée, sans trouver d’autre issue possible. Écoeurée, dégoûtée et en souffrance pendant que cet être ignoble et bien trop fort pour elle assouvissait ses pulsions bestiales, Ginette s’accroche à sa foi : «Monn res prie Bondie, monn dir li epargne mwa tousala. Sak fwa monn rod kriye a led, li ti pe tap mwa kalot dan mo figir. Zame mo pa finn gagn kalot koumsa dan mo lavi. Mo pann kapav fer nanye. Monn res fer lapriyer pou ki sa kosmar-la arete me linn kontign bat mwa ek dir mwa “pa kone ki tonn vinn fer la vie pi***”.» En voyant l’octogénaire terrorisée et craignant pour sa vie, son agresseur lui aurait finalement lancé : «Mo pann vini pou touy twa, monn zis vini pou amiz inpe ek twa.»

 

Après s’être «soulagé», son bourreau serait monté au premier étage pour faire main basse sur ses objets de valeur. «Linn kokin mo portab, linn pran enn ta zafer linn met dan enn sak.» Pendant ce temps, bien qu’en état de sidération, Ginette a eu le réflexe de dissimuler son porte-feuille ainsi que l’arme de son agresseur qui, en partant, lui aurait lancé : «Aster to kapav ferm to laport.» Après son départ, l’octogénaire, complètement déboussolée, n’a eu qu’une envie : aller dans la salle de bain pour se nettoyer de l’homme qui l’avait souillée. «Mo ti pe gagn enn freyer pou begne tansion li revini. J’ai difficilement pu me défaire de son odeur», relate-t-elle, répugnée. Et c’est ainsi que jusqu’au lever du jour, elle est restée assise sur son canapé, décontenancée, à réciter des prières pendant que ces abominables images lui inondaient l’esprit. «Je n’ai pas eu le courage d’aller demander de l’aide à mes voisins car je ne les connaissais pas. Je n’ai pas pu, non plus, alerter la police car je n’avais plus de cellulaire. Ce n’est que vers 6 heures, lorsqu’un proche m’a rendu visite, que je lui ai fait part de ce cauchemar.»

 

Récidiviste notoire

 

Celui-ci a immédiatement compris qu’il s’agissait de Kursley Favory, un récidiviste notoire de 43 ans habitant la même rue et ayant commis un délit similaire en 2020. La police de Stanley a été alertée et Ginette a été conduite à l’hôpital, où elle a été admise. Un médecin légiste de la police a confirmé le viol après l’avoir examinée car l’octogénaire avait des blessures aux parties intimes. 

 

Arrêté quelques heures après son crime, Kursley Favory est passé aux aveux. Outre le viol commis cette semaine, il a déjà un lourd casier judiciaire : il a été coffré dans le passé pour des cas de vol, un cas d’attentat à la pudeur, un cas de sodomie sur mineure et deux autres viols, dont celui d’une habitante de sa localité âgée de 70 ans, commis en 2020. Portant le sobriquet de Canard, il est très connu dans le quartier, vu qu’il y a grandi. Ceux l’ayant côtoyé le présentent comme un père de famille dont la vie basculé lorsqu’il s’est réfugié dans la drogue après une séparation. «Li ti pe konsom tou seki li ti pe gagne. Dan so kafe pa ti ena triaz. Noun koumans trouv li perdi latet, mars pieni lor sime, nou ti pe trouve ki li pa ti normal me sa pa exkiz seki linn fer», confie une habitante de la localité.

 

Après deux années derrière les barreaux pour le viol commis en 2020, il a obtenu la liberté conditionnelle en attendant de connaître sa sentence mais cela ne l’aura pas empêché de commettre d’autres abominations. Sollicitée, la fille de la septuagénaire, que nous prénommerons Rosie*, se dit «en colère et enragée» : «Je ne comprends pas comment il a pu être libéré après ce qu’il a fait vivre à ma mère et à bien d’autres victimes. Eski enn dimoun bizin mor pou zot konpran ?» Lorsqu’elle a écouté le témoignage de sa nouvelle victime sur les réseaux, tout est remonté : «J’ai réalisé qu’il lui avait fait vivre la même chose qu’à ma mère. Cela m’a fendu le coeur. Il l’a frappée, l’a humiliée et l’a violée. Linn bat li kan linn rod kriye. Zis pou ki kas kosion rant dan lakes, bann otorite inn larg enn perver, enn danze piblik, enn malad mental !» La tragédie de cette semaine, dit-elle, n’a fait que raviver des blessures que les membres de sa famille, particulièrement sa mère, avaient tant cherché à enfouir. La voix brisée par l’émotion, elle lâche : «C’est un traumatisme à vie. C’est comme si tous les membres de notre famille avaient été violés ce soir-là.»

 

Douloureux souvenirs

 

Le martyr qu’a vécu Rosie remonte au 7 janvier 2020. Elle venait de se coucher quand cet homme a fait irruption dans sa chambre, aux alentours de 22h30. Après s’être emparé de ses clefs, Kursley Favory l’aurait giflée et menacée de l’assassiner si elle criait. «Mo mama ti kone li pa ti pou kapav debat. Linn oblize les li fer. Il l’a violée pendant des heures dans son lit tout en l’injuriant, la giflant et la mordant. Pouvez-vous imaginer l’humiliation qu’elle a subie ? Ma mère est une femme qui a toujours aimé prendre soin d’elle, de sa maison ; nul ne peut imaginer comment elle s’est senti salie.» Son forfait commis, le malfrat aurait eu l’audace de s’endormir sur place pendant que Rosie, terrorisée, n’a pu que prendre sa bible, son chapelet et prier jusqu’au matin pour avoir la vie sauve. Ce n’est qu’à l’aube que Kursley Favory aurait quitté sa maison, en toute quiétude, après avoir avalé un verre d’eau.

 

Quant à Rosie, elle s’est aussitôt douchée, puis a lavé draps et vêtements, comme pour effacer tous les douloureux et répugnants souvenirs de la soirée précédente. Ce n’est qu’au bout d’un mois qu’elle a eu le courage de sortir de son mutisme pour dénoncer cet homme. «Lorsqu’elle a été hospitalisée, elle ne nous a pas prévenus, sans doute pour ne pas nous inquiéter. Ce n’est que lorsque je l’ai eue au téléphone, deux jours plus tard, qu’elle m’a relaté les faits en pleurant. Je ne voulais pas y croire. Nous sommes des gens pieux, sans histoire ; nous n’aurions jamais imaginé vivre une telle tragédie», relate notre interlocutrice. La septuagénaire a été admise pendant deux semaines, puis a passé quelques jours chez sa fille, avant d’insister auprès de sa famille pour retourner dans sa maison.

 

Après le drame, les policiers, disent-ils, leur aurait demandé de «pa gagn traka» et promis que tout irait bien, l’agresseur de Rosie étant derrière les barreaux. «Pendant des semaines, voire des mois, nous avons eu du mal à dormir, à manger ou à reprendre nos activités. Ma mère refusait de se rendre aux fêtes familiales parce qu’elle se sentait humiliée ; nous nous sentions impuissants de ne pas pouvoir l’aider. Cela nous a demandé beaucoup d’efforts pour reprendre le cours de nos vies, pour passer à autre chose, et nous avons finalement cessé de parler de cela pour arrêter de souffrir.» C’était sans compter qu’un autre viol commis par le même homme viendrait remuer le couteau dans la plaie seulement quatre ans plus tard et briser le peu de confiance qu’ils avaient encore dans notre justice. «Les autorités ont failli. Nous nous sentons vulnérables car la police n’a rien fait pour nous protéger. Un cas de viol, c’était déjà un cas de trop. Pa ti bizin ena ankor viktim, ankor soufrans. Mo prefer met tou dan lame Bondie pou ki nou gagn enn lazistis.» Bien que le plus grand désir de notre interlocutrice, c’est de voir sa mère Rosie sereine et heureuse, elle est forcée d’avouer que «lorsqu’on vit une telle épreuve, il n’y a aucune guérison».

 

Souffrant de courbatures et des blessures subies au cours de son agression, Ginette, pour sa part, est toujours hospitalisée. «Mo sagrin tou sa bann dimoun kinn pas par mem zafer ki mwa-la. Mo pa pou kapav blie sa kosmar-la. Erezmen Bondie inn resi epargn mwa ; mo remersie li ki mo touzour vivan azordi.» Les autorités donneront-elles, un jour, l’espoir d’un monde meilleur à toutes ces victimes marquées à vie en infligeant des sentences plus justes à leur bourreau ?

 

(*prénoms modifiés)