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Grève de la faim des rastas interrompue : déception, révolte et arrestation

Le droit de pratiquer librement leur religion et le désir de ne plus être victimes d’injustice. C’est le cri du cœur de la communauté rastafari de l’île, qui a vu sa grève de la faim être stoppée aux petites heures du matin du jeudi 3 novembre.

Une rencontre avec le Premier ministre. C’est ce que demandaient les membres de l’Association Socio-Culturelle Zanfan Zion et du Kolektif Lavwa Rasta. Mais ce dernier n’ayant pas répondu à leur demande, 12 rastafaris ont décidé, le mercredi 2 novembre, de s’installer à même le sol, devant l’hôtel du gouvernement, pour faire une grève de la faim. «La date du 2 novembre est significative. C’est pourquoi, nous avons donné cette date comme date butoir au Premier ministre pour avoir un retour», confie Sandra, membre actif  de l’Association Socio-Culturelle Zanfan Zion et du Kolektif Lavwa Rasta. Pour la communauté rastafari, le 2 novembre marque le couronnement de Hailé Sélassié (le Négus, le roi des Rastas), et à Maurice comme ailleurs, des prières sont dites. «Nous sommes fatigués que, chaque année, lors des célébrations, la police débarque et s’ensuivent alors des arrestations. Dans plusieurs de nos rituels, il y a l’utilisation du cannabis. Pendant combien de temps subirons-nous cette injustice de ne pas pouvoir pratiquer librement notre religion ? Pendant combien de temps serons-nous ignorés par les autorités ?» s’insurge Sandra.

 

Elle ne peut cacher sa déception face à l’indifférence du Premier ministre. «Je suis extrêmement déçue par son insensibilité, son désintérêt total de notre situation. Nous ne pouvons plus être victimes de racisme ou subir toutes sortes d’oppression et que nos enfants soient traumatisés car la police débarque chez vous à plusieurs reprises ou subissent des moqueries. Nous demandons simplement d’être reconnus comme tel. Si tel ne peut être le cas, si nous sommes hors la loi, qu’on nous déporte de Maurice», avance notre interlocutrice, la voix empreinte d’émotion. À ce sujet, Wendy Ambroise, connu comme Jahfazon, souligne que s’il avait la possibilité, sa famille et lui auraient migré vers une autre destination. «Malheureusement, les police cases que j’ai ne me permettent pas de voyager librement. Mais notre combat continue et nous sommes touchés par tout le soutien que nous avons dans notre lutte, de toutes les communautés d’ici ou d’ailleurs. Et ces soutiens démontrent que les gens voient que la cause pour laquelle nous nous battons est juste. Si notre Maurice était réellement enn sel lepel, enn sel nasion, nous aurions fait du progrès dans plusieurs domaines.»

 

Malgré toutes leurs convictions et leur bonne volonté à maintenir cette grève de la faim débutée dans la matinée du mercredi 2 novembre, Sandra affirme que cette action a été suspendue de force. «Vers 5h30, des policiers ont usé de la force pour interpeller les membres sur place pour les embarquer dans les véhicules de la police. Ils ont même agressé une sista dont l’enfant en bas âge a dû être pris en charge par ceux qui étaient sur place car elle avait été emmenée. C’est quoi ce mode opératoire ? Nous avons demandé une rencontre pour pouvoir discuter et non utiliser la force.» Après leur comparution en cour dans la journée du 3 novembre, ces membres de la communauté des rastafaris interpellés ont été libérés et leur caution a été fixée à Rs 3 000 et leur reconnaissance de dette à Rs 20 000. Ils ont l’interdiction de participer à des rassemblements publics en sus de devoir demander la permission de la police pour tout voyage à l’étranger.

 

«Notre lutte continue car ce sont nos droits que nous voulons faire respecter. Je lance un appel au président de la République comme c’est lui qui est le garant de la Constitution. Qu’il se demande si les droits constitutionnels de la communauté rastafari sont respectés à Maurice», s’exclame Sandra.

 

Rama Valayden : «Moris mari ipokrit»

 

Il était présent à la Place d’Armes dans la soirée du 2 novembre pour soutenir la cause des grévistes. L’avocat Rama Valayden, ancien Attorney General, milite depuis plus d’une vingtaine d’années pour la dépénalisation du cannabis à Maurice. Selon lui, le pays doit démontrer ses profondeurs démocratiques et être solidaire avec les rastas. «C’est une culture internationale et dans des rituels des rastas, des feuilles de cannabis sont utilisées. Bizin ki leta rekonet sa san lipokrisi. Moris mari ipokrit. Li pa posib nou lav lame nou fer kouma dir nou pa pe konpran», faisait-il ressortir. L’homme de loi, aussi membre de Linion Pep Morisien, avait également lancé un appel à l’opposition parlementaire et à ceux qui croient aux droits humains de soutenir les rastafaris dans leur démarche et avance que Linion Pep Morisien soutient les rastafaris. Concernant l’arrestation des rastafaris le 3 novembre, l’homme de loi avance qu’ils n’avaient rien fait d’illégal car ils étaient que 12 personnes et la loi stipule qu’un rassemblement est illégal quand il compte plus de 12 personnes. De plus, il s’agissait d’une grève de la faim.

 

Shiva Coothen : «Pas de manifestation autorisée le jour où le Parlement siège»

 

Ni marche ni manifestation ne sont autorisées le jour où le Parlement siège. C’est ce que le responsable du Police Press Office a fait ressortir lors de ses interventions concernant le fait que la police est intervenue aux petites heures du matin, le 3 novembre, afin de mettre fin à la grève de la faim débutée par les rastafaris la veille. «Nous avons agi en fonction de la loi et il n’y a eu aucune forme de violence ou de brutalité.»

 

Darren L'Activiste en détention

 

«Mo pa ti dan manifestasion. Mo pa ti ena pankart, ni monn insit dimounn fer dezord.» C’est ce qu’aurait confié Dominique Seedeeal, connu comme Darren L'Activiste, lors de sa convocation par la police de Pope Hennessy suivant sa présence lors de la grève de la faim de la communauté rastafari. Il a aussi fait ressortir qu’il était sur place en tant que reporter pour la page Facebook Radio Mo Pep. Mais selon la police, d'après les conditions de sa remise en liberté conditionnelle en avril, Dominique Seedeeal n’a pas le droit d’être présent à aucune manifestation ni n’est autorisé à y participer. La police ayant objecté à sa remise en liberté après sa comparution en cours le jeudi 3 novembre, Darren L’Activiste a été reconduit en détention préventive à la prison centrale. Son homme de loi, Me Veer Beeltah, a logé une motion qui sera entendue le 9 novembre afin de rayer cette accusation provisoire et d'obtenir une remise en liberté conditionnelle. Pour rappel, Dominique Seedeeal est déjà en liberté conditionnelle pour un rassemblement illégal à Camp-Levieux ou encore pour Breach of ICTA.