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Compensation salariale de Rs 1 500 à Rs 2 000 : entre applaudissements, incertitudes et interrogations

Avec l’annonce de la compensation salariale par le ministre des Finances, il y a ceux qui applaudissent pour la classe des travailleurs, ceux qui parlent de dimension électorale avec les législatives qui approchent à grands pas, et il y a ceux qui expriment leurs incertitudes face à l’avenir.

Rs 1 500 à 2 000. C’est le montant de la compensation salariale que tous les employés recevront à partir de janvier 2024. L'annonce a été faite ce jeudi 8 décembre par Renganaden Padayachy, le ministre des Finances. Depuis, les réactions pleuvent, entre ceux qui se disent satisfaits, ceux qui parlent d'annonce «fer labous dou» en vue des élections générales qui approchent et ceux qui estiment que ces mesures peuvent mettre «à risque la soutenabilité à moyen et long terme de certaines entreprises».

C’est la nouvelle que tout le monde attendait cette semaine... Et c’est ce jeudi 7 septembre que le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a mis fin au suspense. Une compensation salariale mensuelle allant de Rs 1 500 à Rs 2 000 sera donc versée à tous les employés des secteurs privé et public à partir de janvier 2024.

 

C’est ce qu’a annoncé le ministre des Finances, lors d’une conférence de presse  après la réunion tripartite qui s’était tenue au Sir Harilal Vaghjee Memorial Hall à Port-Louis. La hausse annoncée est de 10 % avec un barème gradué entre Rs 1 500 et Rs 2 000. À titre d’exemple, une personne dont le salaire est à Rs 17 000 touchera une compensation de Rs 1 700, celle qui touche Rs 18 000 : Rs 1 800 et celle dont le salaire est de Rs 19 000 aura Rs 1 900 en plus. Et ceux touchant un salaire qui dépasse les Rs 20 000, obtiendront un plafond de Rs 2 000. Le salaire minimum passe à Rs 16 500 et le revenu minimum (avec l’allocation gouvernementale) à Rs 18 500. En l’espace de quelques jours le salaire minimum a donc connu une hausse considérable. Il y a d’abord eu l’annonce du ministre du Travail, Soodesh Callychurn, puis le ministre des Finances est venu annoncer le montant de la compensation salariale.

 

L’État devra ainsi débourser 10 milliards de roupies. «On propose une hausse de 10 % des salaires de base avec un minimum de Rs 1 500 et un maximum de Rs 2 000. C’est un investissement qui représente à peu près une hausse de 10 milliards de roupies», a déclaré Renganaden Padayachy.

 

Suivant son annonce, le ministre des Finances a aussi rappelé qu’un mécanisme a été mis en place depuis plusieurs années par la Mauritius Revenue Authority (MRA) pour aider les Petites et Moyennes Entreprises (PME), dans le paiement des compensations salariales à leurs employés. «Toutes les entreprises n’étant pas toutes sur un pied d’égalité. Au gouvernement, on a un mécanisme au niveau de la MRA qui vient en soutien aux entreprises qui peuvent se retrouver en difficulté par rapport à cette compensation salariale», a souligné le ministre des Finances. En ce qui concerne l’inflation, Renganaden Padayachy  a souligné qu’il s’agit d’un phénomène mondial, rappelant qu’en 2022, le taux d’inflation à Maurice était d’environ 10 % et de 7 % en 2023. Il a également parlé de l’inflation importée due à la guerre russo-ukrainienne et à la pandémie de la Covid-19 et a insisté sur la nécessité de produire localement.

 

Soutien aux PME

 

Pour sa part, le ministre du Développement industriel, des PME et des Coopératives, Sunil Bholah a également souligné que le gouvernement apporterait le soutien nécessaire aux PME qui ont des difficultés à payer les salaires de leurs employés. Dans les décisions du Conseil des ministres publiées ce vendredi 8 décembre, le gouvernement souligne qu’il va soutenir les entreprises qui font face à des difficultés pour maintenir leur capacité productive, et qu’il prendra en charge le coût de la compensation salariale pour les petites et moyennes entreprises qui brassent un chiffre d’affaires allant jusqu’à Rs 100 millions et les entreprises manufacturières du secteur exportateur en sus du soutien existant. De l’aide sera aussi accordée aux entreprises manufacturières desservant le marché local et les autorités précisent aussi qu’elles prendront également en charge le coût de la compensation salariale pour les ONG enregistrées.

 

Du côté des syndicalistes, c’est la satisfaction. «On est amplement satisfait parce que pour nous au niveau de la Confédération des Travailleurs des Secteurs Publique et Privé (CTSP), ce sont les personnes au bas de l’échelle qui pourront faire tourner leur cuisine comme il faut et donner à leurs enfants un meilleur avenir. Mais la lutte ne s’arrête pas là. Se enn progresion konstan ki nou bizin. Cette compensation de Rs 1 500 à Rs 2 000, c’est du jamais vu. On dit que nous sommes satisfaits», a déclaré la syndicaliste Jane Ragoo. Deepak Benydin de la Federation of Civil Services & Other Unions (FPBOU), se réjouit également pour la classe des travailleurs : «Une personne au bas de l’échelle touchera un salaire de Rs 18 500. On est complètement satisfait. Pei pe fer progre. Li bon nou dir sa.»

 

Il y a ceux qui applaudissent pour la classe des travailleurs, ceux qui parlent d’annonce populiste avec les législatives qui approchent à grands pas, et il y a ceux qui expriment leurs incertitudes face à l’avenir. Le montant de la compensation salariale suscite ainsi des inquiétudes chez les entrepreneurs. À l’issue de l’annonce de la compensation salariale, Business Mauritius, dans un communiqué émis jeudi après-midi, a fait part de ses craintes pour les entreprises tout en évoquant la nécessité de mécanismes de soutien. «Pour plusieurs – notamment de nombreuses PME et les entreprises à haute intensité de main d’œuvre –, l’impact combiné de la hausse du salaire minimum et de la compensation salariale (chiffrée à 10 % du salaire et pouvant aller jusqu’à Rs 2 000), exercera une pression conséquente sur les entreprises, et ce juste au moment où elles se mettaient à remonter la pente. Pression que plusieurs peineront à soutenir sans mécanisme de soutien», précise Business Mauritius.

 

Rose Sautron, femme entrepreneure, ne voit pas sereinement l’avenir par rapport à ce qui a été annoncé bien que les autorités promettent de l’aide aux PME. «La compensation salariale ne va pas améliorer la vie des femmes entrepreneures. Le prix des matières premières a augmenté. On n’arrive pas à trouver de la main d’œuvre qualifiée. Les gens veulent travailler peu et avoir un gros salaire. Ceux qui veulent travailler dur sont déçus parce que ceux qui produisent et ceux qui ne le font pas auront la même somme d’argent. Déjà il y a plein de petits entrepreneurs qui devront mettre la clé sous le paillasson. Les charges deviennent trop lourdes à supporter. Le petit entrepreneur devra se débrouiller seul pour minimiser les dépenses. Le nombre de chômeurs va augmenter. Les gens réfléchissent avant de dépenser leur argent», nous confie celle qui se spécialise dans la fabrication de produits en crochet.

 

Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC) comprend que l’annonce du ministre Padayachy, ne fait pas que des heureux. «Dans la conjoncture actuelle, il y avait une attente pour avoir un peu plus d’argent, les travailleurs l’ont eu. Mais maintenant le souci, c’est de s’assurer que les stakeholders puissent payer les travailleurs. Cette annonce a créé un feel good factor auprès des employés mais parmi les employeurs, c’est un autre son de cloche. C’est une raison de crainte parce que la compétition au niveau international sur l’exportation est très compliquée et la main d’œuvre coûte très cher», nous confie Suttyhudeo Tengur.

 

Padma Utchanah présidente du Ralliement citoyen pour la patrie parle elle d’une opération séduction du régime en place à l’approche des élections. «Maurice n’a pas un ministre des Finances, mais une marionnette à la solde du Premier ministre. Renganaden Padayachy agit comme le trésorier du Sun Trust et non comme un Grand argentier dans l’intérêt économique du pays. À un an des élections législatives, à travers cette annonce populiste et démagogique, nous pouvons entrevoir une machinerie subtile dont l’unique but est de se faire  élire à coup d'espèces sonnantes et trébuchantes, le fameux fer labous dou», souligne-t-elle avant d’évoquer la dette publique et les incertitudes face à l’avenir. «Ne regardons pas cette mesure d’une manière individuelle, mais analysons le problème dans l’intérêt général. Cette hausse salariale va coûter à l’État plus de Rs 10 milliards, s’il n’y avait que cela, mais non, il faut ajouter également d’autres labous dou comme les Rs 20 000 aux jeunes, et bien d’autres fann konfeti larzan, à la fin la facture sera salée. N’oublions pas que la dette publique avoisine les Rs 500 milliards et que chaque enfant a un demi-million sur la tête. Cette augmentation salariale influera de facto sur l’inflation. Ce sera une spirale infernale.»

 

Paul Bérenger, le leader du MMM, s’est aussi exprimé sur le sujet, ce vendredi 8 décembre, lors du Comité régional MMM du No 5 (Triolet/Pamplemousses). «La, pou fer labous dou a mor la. Konpansasion salaryal inn done. Selma ban sif inn fose. Zot dir ou linflasion 7 % ! Ou manz sa boul-la ou ? Nepli kapav fer konfians okenn sif gouvernma. Linflasion bokou plis ki 7 %. Pe fer labous dou parski eleksion derier laport», a déclaré Paul Bérenger.

 

L’annonce de la compensation salariale fait définitivement débat. Car alors que certains applaudissent, d’autres expriment des inquiétudes et des interrogations.