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Baraka Cirq s’arrête : Shaheen Saliahmohamed s’offre un dernier tour de piste…

Pour le show de l’Indépendance.

…le temps de raconter l’histoire de cette école qui a inspiré, motivé et fait rêver les Mauriciens. Dix ans après sa création, le Cirq s’éteint. 

La fête était belle. Tourbillonnante, légère, magique et… éphémère dans l’immensité de l’espace-temps. Les lumières se sont éteintes. Rideau. Clap de fin. Néanmoins, il y a des aurevoirs qui ont, quand même, le goût d’un certain bonheur. Une pétillance de joie qui traîne en bouche, comme autant de souvenirs savoureux qui animent encore le cœur. Baraka Cirq a fermé ses portes il y a peu. Cette école du cirque et de voltige, une communauté de création et de rencontre, sise à Coromandel, a vu le jour il y a environ 10 ans, sous l’initiative de Shaheen Saliahmohamed et de Nicolas Ormazabal. Une première dans l’île.

 

Avant de déposer leur rêve dans l’île, ils travaillaient pour une compagnie de cirque contemporain à Mexico. C’est là que l’idée a pris son envol… et son essence. La Mauricienne qui évoluait dans le monde du cirque a décidé de ramener sa passion dans l’île et d’en faire une école, un endroit de partage et d’apprentissage. Elle nous parle de ces années passées et de son besoin de passer à autre chose. Des difficultés, des joies et de cet esprit qu’elle portera toujours en elle.

 

Le rêve et la réalité. «Nous voulions apporter cet art, cette manière de vivre et de partager aux Mauriciens tout en proposant un tarif abordable. Nous étions très passionnés et les frontières entre l’espace de travail et la vie privée étaient souvent floues. C’était beaucoup de travail, même si plus souvent beaucoup de plaisir, mais ça ne permettait pas vraiment de joindre les deux bouts. Parce que, Nicolas et moi, sommes des artistes, très passionnés, mais qui n’avons pas les compétences nécessaires pour commercialiser ce que nous faisons. Cela nous a vraiment frappé pendant la période Covid quand nous étions incapables de travailler. C’était difficile de reprendre la dynamique après la pandémie. Et puis, il y avait ce dilemme presque existentiel qui nous taraudait. Ce qui nous a tant passionnés pour le cirque en Amérique du Sud, c’est la communauté qu’elle permettait de former ; la contribution de chacun, consciente de l’espace privilégié que nous occupions pour apprendre, créer et évoluer. À l’île Maurice, l’idée même de collaboration autour du cirque ne fonctionnait pas vraiment ; il s’agissait plutôt d’une commodité. Même si nous avons passé de merveilleux moments avec nos étudiants, nous avions, en quelque sorte, le sentiment d’avoir atteint nos limites.»

 

Devenir maman. «La maternité a également été un facteur déterminant pour moi. Mon apport personnel s’est ralenti.  Et comme les gens ne venaient s’entraîner qu’après les heures de travail ou après l’école, je me suis limitée à enseigner le week-end et un jour par semaine, ce qui n’aidait pas à avoir assez d’argent et à gérer les frais de fonctionnement de l’espace.»

 

Aujourd’hui, une autre vie. «Nicolas a suivi plusieurs formations de rope access et est devenu un professional rigger (NdlR : ce qui relève des métiers techniques autour du cordelage). J’ai obtenu un diplôme en anthropologie et un autre en beaux-arts, et nous avons finalement décidé de fermer l’espace à Coromandel et de nous trouver des emplois à temps plein. Nicolas travaille à Impact et je suis devenue professeur d’arts plastiques au Bocage. Nous explorons maintenant d’autres dynamiques. Travailler dans une institution, obtenir un salaire mensuel fixe ; c’est une tout autre vie ! Pour moi, être enseignante, c’est aussi s’aligner sur les horaires scolaires de mon fils, ce dont je suis très reconnaissante.»

 

Mais l’amour, toujours. «Nous aimons toujours les arts du cirque. J’expérimente en brouillant les frontières entre les arts visuels et les spectacles de cirque..»

 

Du souvenir des instants passés. Une question comme ça : donnez-nous cinq événements qui ont marqué l’aventure Baraka Cirq ? Et tout de suite, un flot d’émotions, de mots et de souvenirs que Shaheen partage ici.

 

La famille. «Leur soutien pour aider à créer l’espace physique de Baraka. Nous avons commencé à convertir une partie du bureau de mon père à Port-Louis en un espace où Nicolas enseignait l’acrobatie et la jonglerie. Je louais la salle de judo MSC à Beau-Bassin pour l’aérien et je donnais des cours de yoga dans un autre bureau que mon père possédait à Beau-Bassin…»

 

La rencontre. «Avec les autres. Nous avions obtenu une exhibition space à Phoenix Les Halles afin de faire un open day. Ça fourmillait d’activité… Un moment inoubliable.»

 

From Samoa, with love. «Chaque fois que le cirque de Samoa est venu à Maurice et qu’il y avait des Sud-Américains parmi, ils se sont retrouvés à Baraka, car la communauté est très unie et que nous nous connaissons.»

 

D’ailleurs. «Nous avions de nombreux amis du milieu du cirque qui venaient nous rendre visite. Ça permettait de créer cette merveilleuse bulle de convivialité que nous aimions à Mexico et qui nous manquait tellement ici. Si bien entourés, nous avions des music and circus jam sessions.»

 

Jour de l’Indépendance. «Au cours des 10 années, nous avons eu le privilège de former de nombreuses personnes et de nous produire avec elles. En 2019, nous étions invités au Champ-de-Mars pour la fête de l’indépendance. J’y étais avec sept de mes jeunes élèves. C’était fastidieux et, surtout, une expérience amusante et mémorable.»