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Allégations de maltraitance infantile : l'enfance saccagée de *Géraldine, 5 ans

La fillette, qui a reçu des coups au visage et à la tête, est toujours hospitalisée.

Dans quelques jours, elle célèbrera son cinquième anniversaire ; un événement qui aurait dû être synonyme de joie et d'excitation pour un enfant de cet âge. Cependant, les choses se sont passées différemment pour la petite Géraldine, qui est actuellement sur un lit d'hôpital à panser ses blessures. Elle ne les a pas subies en jouant, comme c’est souvent le cas chez les enfants en bas âge, mais parce qu'elle aurait été violentée et maltraitée par la compagne de son père ; un enfer qu'elle vit depuis bien trop longtemps. Sa mère Aurélie, qui semble également dépassée, raconte cette enfance martyrisée...

Combler la faim et la soif de l’enfant, lui donner un toit et lui offrir de quoi se vêtir pour la.le protéger de la chaleur et du froid ; ces éléments constituent les besoins physiologiques indispensables à son développement. Néanmoins, ils ne suffisent pas pour lui permettre de se développer pleinement. Précarité, insécurité, fléaux sociaux, parents séparés, famille nombreuse ou recomposée sont des facteurs, parmi tant d’autres, pouvant affecter son épanouissement. Sans protection ni surveillance, et sans adulte responsable pour veiller sur elle.lui, ses droits sont souvent violés au quotidien. Cette semaine, la Brigade pour la Protection de la Famille a été sollicitée aux quatre coins de l’île pour venir en aide à des enfants négligés, battus ou encore vendus par ceux qui étaient censés veiller sur eux.

 

Parmi ces jeunes victimes figure la petite Géraldine* qui, à seulement trois jours de ses 5 ans, se retrouve sur un lit d’hôpital, blessée au visage et à la tête, après que la compagne de son père lui aurait infligé des coups violents. Alors qu’à cet âge, sa seule préoccupation pour les jours à venir aurait dû être son choix de cadeau ou de gâteau, la fillette ne sait même pas si elle célèbrera son anniversaire à l’hôpital, à la maison, ou encore dans un foyer pour mineurs. Géraldine est la cadette d’une fratrie de quatre enfants : elle a une grande soeur de 7 ans, une petite soeur âgée de 2 ans et demi, ainsi qu’un petit frère d’un an et demi. Lorsque sa grande soeur a vu le jour, leur mère Aurélie* était encore, elle-même, une toute jeune fille. Bien qu’elle soit aujourd’hui âgée de 21 ans, on lui donnerait facilement quelques années de moins à cause de son impulsivité et de l’innocence qui se dégage d’elle. Visiblement dépassée depuis l’hospitalisation de sa fille, elle nous raconte d’une voix timide et tremblante les difficultés qu’elle a traversées récemment.

 

Devenue maman à seulement 14 ans, Aurélie, issue d’un milieu modeste, partageait la vie d’un homme de neuf ans son aîné, habitant la même localité. Les années suivantes, la famille s’est vite agrandie avec l’arrivée de trois autres enfants, mais les soucis se sont accumulés tous aussi rapidement. Deux mois après la naissance du petit dernier, le couple a choisi de se séparer ; l’un des motifs derrière étant probablement la violence. «Mo ti demann enn Protection Order parski li ti pe tro bate», confie Aurélie. Faute de moyens, Aurélie a dû se résigner à garder avec elle son fils seulement tandis que ses trois filles se sont installées avec leur père, qui travaille comme maçon. Même s’il avait été établi que celles-ci passeraient les week-ends avec leur mère, dit-elle, «papa-la pa ti pe vinn kit zot. Mo ti pe bizin al get lapolis sak fwa pou mo gagne mo bann zanfan. Leur père pensait qu’elles ne seraient pas en sécurité avec moi».

 

Pour pouvoir joindre les deux bouts, Aurélie a dû trouver du travail. Employée comme femme de ménage, son maigre salaire lui permet tout juste de payer le loyer pour un logement comportant le strict minimum et pour «roul lakwisinn». Du père de son fils, elle ne perçoit aucune pension alimentaire, affirme-t-elle. Car celui-ci serait convaincu qu’il s’agit de l’enfant d’un autre homme. Entre-temps, la jeune maman a collectionné les allers et venues à la National Empowerment Foundation (NEF) pour une aide financière ; des démarches qui n’ont jamais abouti.

 

Accès de colère

 

Dans la matinée du lundi 12 février, d’autres ennuis sont venus s’ajouter à son lot de malheurs. «Je venais de me lever lorsque j’ai reçu un appel de la soeur de mon ex-petit ami. Elle m’a demandé de venir parce que la compagne de son frère avait tabassé mon enfant. Elle m’a même envoyé les photos de ses blessures», relate Aurélie. Elle dit s’être rendue sur les lieux pour questionner l’autre femme, qui est, elle-même, une maman. «Koumansman, linn dir mwa mo zanfan pe koz menti, apre linn dir mwa ki mo zanfan merite», relate Aurélie. Cependant, quand elle a questionné la petite Géraldine, celle-ci lui a dit qu’elle avait fait une chute. Ce n’est que lorsqu’elle l’a emmenée avec elle pour aller au poste de police que la fillette lui aurait confié en chemin : «Mama Lorie inn bat mwa, inn donn mwa kout pwin, inn trenn mwa amba.» Aux médecins et aux officiers de la Child Development Unit (CDU) également, Géraldine a déclaré que la compagne de son père l’avait battue ; des faits qui se produiraient très régulièrement. La raison derrière son accès de colère, présume Aurélie : «Se parski zot papa ek so madam ti sou, ti pe lager. Mo finn tande ki bien souvan zot bwar, zot diskite devan bann zanfan-la. Letan madam-la inn rod pran mo zanfan pou ale sa zour-la, mo tipti pann rod swiv li, lerla linn ankoler linn bat li. Mo kapav ena boukou defo, me selman zame mo finn lev lame lor mo zanfan.»

 

Blessée jusqu’au sang à la tête et au visage, Géraldine a dû être admise à l’hôpital car «li ti pe dir dokter li santi so latet lour». Elle a aussi eu un Police Form 58. Ce drame aurait certainement pu être évité si les parents avaient agi plus tôt. Pour cause, reconnaît Aurélie, «ce n’est pas la première fois que j’apprends qu’elle lève la main sur elle. L’an dernier, j’avais constaté un changement dans le comportement de ma fille. À chaque fois qu’elle passait le week-end chez moi, elle me disait qu’elle souhaitait vivre avec moi parce que sa “belle-mère” la maltraitait. Monn ankoler, monn al laba monn kraz partou». Elle n’a pas, pour autant, sorti la petite Géraldine de cet enfer. Autre fait marquant, relate-t-elle, la fois où sa soeur, accompagnée de policiers, lui auraient ramené sa fille, complètement dévêtue. «Des habitants de la localité l’avaient trouvée nue, errant seule dans la rue, et l’avaient conduite chez ma soeur. De là, ma soeur l’a emmenée au poste de police avant de me la ramener. Dimounn ti kapav anlev mo zanfan sa zour-la.» Bien que la CDU lui a recommandé de prendre l’enfant à sa charge, elle ne l’a pas gardée longtemps avec elle. «Après quelque temps, je l’ai ramenée chez son père. Li ti pe sagrin, li pa ti pe rod manze parski li bien pros ek so papa. Mo ti ousi fer sa parski li ti kit madam-la, me mo pa kone a ki moman zot inn retourn ansam.»

 

Au bout du compte, plusieurs facteurs ont contribué aux atrocités qu’a vécues cette fillette. L’alcool, la précarité, l’insécurité, l’irresponsabilité parentale, entre autres ; ce sont autant de fléaux populaires qui ont, cette fois encore, mis la vie d’une innocente en danger. Suite à ces allégations de maltraitance, la compagne du père de Géraldine a été appréhendée le mardi 13 février. Interrogée, elle a nié avoir levé la main sur la petite. Après avoir passé la nuit en détention, elle a comparu devant le tribunal le lendemain. Elle a été libérée contre une caution de Rs 15 000. Quant à la mère de la fillette, elle dit être prête à se battre pour récupérer la garde de ses enfants et espère bénéficier d’une pension pour les élever. Seront-ils exemptés d’une enfance martyrisée pour autant ?

 

(*prénoms modifiés)

 


 

Jenssy Sabapathee, travailleuse sociale : «La CDU est une institution qui dort»

 

Pas une semaine ne passe sans qu'un cas de maltraitance ou d'abus sexuel sur un enfant ne soit rapporté. Pour la travailleuse sociale Jenssy Sabapathee, «notre société est malade». Très impliquée dans la cause des femmes et des enfants, elle se dit choquée et outrée que le nombre d'enfants victimes continue d'augmenter sans que rien ne soit fait pour y remédier. En citant le cas des deux soeurs mineures vendues par leurs proches, elle se dit «révoltée» : «Kouma enn mama ek enn granmer kapav vinn proxenet zot zenfan ? A ki pwin zot kapav materialis, vann zot bann tifi pou gagn impe kado ek komision ?»

 

Dans le cas de la petite Géraldine, elle déplore que la Child Development Unit (CDU) n'ait pas alerté la Brigade pour la Protection de la Famille immédiatement après avoir été informée de ce cas. «En mon sens, c'est une institution qui dort. À chaque fois que son personnel est informé d'un cas de viol ou de maltraitance impliquant des mineurs, sa seule option est de le référer à un médecin de l'hôpital psychiatrique où l'enfant est gavé de médicaments. N'y a t-il pas d'autres moyens pour venir à bout des maux de nos enfants ? Ne peut-on pas les suivre et les écouter pour leur donner l'opportunité de prendre un nouveau départ ?»

 

Elle s'interroge : «Et notre ministre Koonjoo-Shah dans tout ça ? Nous ne l'entendons jamais réagir lorsque nos enfants souffrent. Sak fwa bizin li li dir li okipe, me li dan tou fet. Occupée à faire quoi, si elle ne fait pas ce pour quoi elle est payée ? Prend-elle le temps de rendre visite à tous ces enfants maltraités, abusés, qui ont été placés dans des foyers ? Veille-t-elle à ce qu'ils bénéficient d'un soutien psychologique convenable ?» Après que notre ministre de l’Égalité du genre et du Bien-être de la famille a mis sur pied l'application Lespwar pour les victimes de violence domestique, dit Jennsy Sabapathee, «elle n'a plus rien fait». Elle déplore aussi que la Hotline 139, mise à la disposition des victimes de violence domestique et pour dénoncer les enfants victimes de maltraitance, «soit toujours occupée ou hors-service. Qui sauvera la vie de ces victimes lorsqu'il faudra leur venir en aide ? Si la ministre n'a pas les épaules pour de telles responsabilités, elle doit se retirer».

 

Deux soeurs de 13 et 16 ans vendues par leur grand-mère

 

Leur vie est marquée à jamais. Sans l'intervention de Jenssy Sabapathee, ces deux soeurs âgées de 13 et 16 ans seraient certainement toujours en train de vivre l'enfer. Dans la matinée du mardi 13 février, la travailleuse sociale a été contactée sur les réseaux sociaux par une jeune femme réclamant son intervention pour venir en aide aux deux adolescentes. Celle-ci lui a appris que la grand-mère des jeunes filles aurait agi comme proxénète et les aurait vendues à un quadragénaire contre des cadeaux et des provisions. Après avoir mené sa propre enquête, Jenssy Sabapathee a alerté la policière Ameeta Ramdour, de la Brigade pour la Protection de la Famille, pour l'informer de ce cas qui choque. Le même jour, une descente policière a eu lieu au domicile de cette famille, dans l'Ouest.

 

D'après nos renseignements, après le décès de leur père, les adolescentes et leur mère seraient allées vivre chez la belle-mère de cette dernière. C'est à ce moment-là que leur cauchemar a commencé. Celle-ci les aurait ainsi mises en contact avec un habitant de Vallée-des-Prêtres connu sous le nom de Bayo. À plusieurs reprises, elles auraient été conduites au domicile de cet homme, où elles auraient subi tous les «vices» imaginables. En échange, le pédophile présumé remettait des cadeaux, tels que des téléphones portables, à leur grand-mère et lui payait ses provisions. Las de vivre ce martyre, l'aînée s'est confiée à une amie, qui a, à son tour, alerté la travailleuse sociale.

 

Lorsque la police a débarqué au domicile de cette famille, seules l'aînée et sa grand-mère s'y trouvaient car la plus jeune des filles était à l'école. Embarquée au poste de police pour un interrogatoire, l'adolescente, prise de peur, a d'abord nié les faits. Tandis que sa grand-mère a réfuté avec force les accusations portées contre elle. Interrogée à son tour après ses heures de classe, la plus jeune des deux soeurs est passée aux aveux. Elle a raconté que leur dernière visite chez cet homme remonterait au samedi précédent et qu'elles y auraient passé deux jours. L'individu en question a été interpellé.

 

Les deux soeurs ont été conduites à l'hôpital, où elles sont admises. Elles devraient être examinées par un médecin légiste de la police. Quant à leur mère, elle a aussi été interpellée. Vu qu'elle était au courant de ces activités malsaines, elle devrait aussi se retrouver dans de sales draps. L'enquête suit son cours.

 

La vidéo d'un garçonnet de 8 ans fumant dans un «bong» circule et choque

 

En septembre dernier, une vidéo montrant un enfant de 10 ans en train de consommer du cannabis en compagnie de plusieurs adultes avait fait le tour des réseaux sociaux. Si ce cas avait interpellé plus d'un, cela n'aura pas, pour autant, empêché cette pratique de se reproduire. En effet, cela fait plusieurs jours qu'une autre vidéo semblable circule sur les réseaux sociaux. On y voit un garçonnet de 8 ans fumant dans un «bong». La scène a été filmée dans un bâtiment en construction dans la capitale.

 

C'est grâce à un informateur que la police a pu mettre la main sur l'enfant figurant dans la vidéo, après que celui-ci l'a vu errer seul dans la rue dans la région portlouisienne. Une équipe s'est rendue sur place et l'enfant et son père ont été conduits à l’hôpital pour que le garçonnet soit examiné. Une enquête a aussi été initiée pour child at risk. Quant au père, il a été soumis à un feu roulant de questions et a déclaré qu'il n'était pas au courant de l'existence de ladite vidéo. D'après la police, ce sont des habitants de sa localité qui auraient poussé le petit à fumer dans l'objet. Elle compte interroger l'enfant pour pouvoir mettre la main sur l'individu derrière cet acte.