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Shafick Osman : Ma contribution au livre «Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19»

C’est la première fois que Shafick Osman, docteur en géopolitique et chercheur associé à la Florida International University (Miami), est publié en italien. Dans le livre Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19, il parle de l’Indianocéanie sous la direction du professeur émérite Michel Korinman. 68 collaborateurs ont contribué à la rédaction de cet ouvrage sorti en mai. Du Canada, il nous parle de cette collaboration, du coronavirus dans son pays d’adoption et nous donne son avis sur la situation à Maurice...

Ma collaboration avec le professeur Michel Korinman : «Je connais le Pr Korinman depuis 2003, au temps où j’avais commencé mon DEA (aujourd’hui mastère 2 recherche), à Marne-la-Vallée. Depuis, on a collaboré sur plein de projets dont la majorité était les différents numéros de la revue européenne de géopolitique Outre-Terre. Il était aussi mon directeur de recherche, non seulement pour le DEA mais aussi et surtout pour ma thèse de doctorat à Paris IV (Paris-Sorbonne). Depuis fin 2018, je publie Outre-Terre dans une petite maison d’édition à Londres.»

 

Quand le projet de Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19 est né : «Il est évident que quelque chose devait être fait au niveau géopolitique quand le monde a commencé à changer drastiquement, du moins dans l’hémisphère nord, en mars. J’avais fait quelques réflexions à ce moment-là, comme beaucoup d’autres, sur les différentes pistes quant à l’origine de la Covid-19, sur ses effets et répercussions, etc. Je me suis dit qu’il fallait probablement écrire un livre au lieu de faire une édition spéciale de revue, pour exprimer et partager cela avec le concours de plusieurs collaborateurs. En quelque sorte, il fallait pérenniser ce moment, ce tournant même, de l’état du monde. Dans une conversation téléphonique il y a trois mois environ, j’ai fait état de mes pensées au Pr Korinman qui était d’accord sur le projet car lui-même avait fait des réflexions similaires. L’idée a vite fait son chemin sous sa direction.»

 

Autour du livre : «Cest l’histoire du SARS-Cov-2 et des problématiques géopolitiques de la pandémie dans différentes régions du monde. Le livre, sorti initialement en Italie, et en italien, a du sens car ce pays était au centre même de la pandémie il y a peu de temps.»

 

Ma contribution : «J’ai contribué très modestement à l’ouvrage en faisant un survol de la situation, début mai, de ce que la Commission de l’océan Indien appellerait “l’Indianocéanie”, c’est-à-dire La Réunion, les Comores, Maurice, Madagascar et les Seychelles. On m’avait proposé de travailler sur le Canada mais j’ai refusé car je ne me sentais pas capable de le faire.»

 

Si les Mauriciens pourront avoir accès à cet ouvrage : «Oui, bien sûr, ils peuvent l’acheter en ligne depuis un moment déjà mais c’est actuellement en italien ! Pour la version française, il faudra attendre un peu.»

 

Le coronavirus et Ottawa : «La capitale fédérale canadienne n’a pas été épargnée, comme la plupart des capitales du monde. Mais je dois avouer que les autorités ont bien géré la crise ici, bien que l’Ontario soit la deuxième province la plus touchée du Canada, après le Québec. Au 17 juin, on était à 386 cas. En tout, Ottawa-Gatineau a eu un peu plus de 2 500 cas et, malheureusement, 260 morts. Si vous voulez avoir une idée : au 17 juin, la province de l’Ontario avait eu, elle, 32 744 cas, avec 2 550 décès. Et pour le Canada en entier, au 17 juin, c’était 99 853 cas et 8 254 morts. Le virus est en ralentissement au Canada et au rang mondial, le pays est passé de la 12e place des pays les plus touchés il y a quelques semaines à la 17e place au 18 juin.»

 

Ma vie au rythme de la Covid-19 : «Cela n’a pas été facile, surtout pour les courses, et c’est toujours le cas car il faut prendre plusieurs précautions, non seulement dans les supermarchés mais aussi, une fois dans la voiture pour rentrer, et après, il y a toute la corvée pour désinfecter les produits, les lunettes, le téléphone, la clé de voiture, les poignets de porte. Sans compter qu’il faut changer tous ses vêtements une fois rentré chez soi. On a tous un peu vécu cela mais ici, ce n’est pas fini ! Le ramadan et la fête Eid-ul-Fitr ont été des moments très particuliers et uniques sans la mosquée, les visites, etc.
Mais après trois mois maintenant, je peux dire que je prends la chose positivement car j’ai bénéficié de beaucoup de choses depuis : j’ai appris, grâce à mon épouse, mais aussi grâce à Internet, des recettes de cuisine que j’ai pu pratiquer, je me suis mis à la vidéo et à YouTube, j’ai été beaucoup plus productif au travail, il y a eu un resserrement des liens avec la famille et les amis proches. C’est globalement positif mais j’attends tout de même le déconfinement total car, avec l’été, le Canada invite grandement à sortir.»

 

Mon avis sur la façon dont les autorités mauriciennes ont géré la situation dans l’île : «Je suis à 15 000 km de Maurice mais d’après ce que j’ai pu suivre via les médias et les réseaux sociaux, je peux dire que généralement, cela a été bien géré. Bravo aux autorités pour le côté sanitaire surtout.»

 

Maurice, le déconfinement et les frontières fermées : «Je pense que le gouvernement a raison de laisser les frontières fermées car la situation est encore précaire et instable sur le plan international. Je sais que cela porte un coup très dur au tourisme, à l’aviation, entre autres, mais le pays ne peut prendre de risques au jour d’aujourd’hui. Cela dit, je suis content que les Mauriciens et résidents de l’île Maurice aient pu reprendre leur train de vie habituel et peuvent désormais se rendre à la plage et ailleurs. Cela dit, je suis très inquiet pour l’avenir du pays car Maurice est toujours très dépendante, trop dépendante, de l’étranger. Il y a là une chance de réinventer Maurice, son économie, ses marchés, ses sources… Mais je ne sais pas si les autorités, le privé et la société civile dans son ensemble sont prêts pour cela. Je crois que c’est peut-être trop demander mais ce sont des temps très durs qui attendent le pays et sans revoir les choses fondamentalement, de A à Z, je crois que Maurice aura des jours très difficiles devant elle.
À moins, bien entendu, de rester et de tomber encore plus dans les filets du FMI, de l’AFD, de l’Union européenne, de l’OCDE, de la Banque mondiale. Il faut de l’ingéniosité, du courage et des projets indigènes et autonomes pour sortir de là. Il faut aussi la participation des différentes forces vives car seul, le gouvernement aura des difficultés à faire face aux situations à venir. Il y a là l’urgence d’un collectif national, il n’y a pas ou très peu de place pour la partisanerie politique.»

 

Quelle leçon faudrait-il, selon vous, retenir de cette situation ? «Une chose est sûre : demain ne sera plus jamais comme hier ! Je note qu’au début de la crise, à Maurice, il y avait beaucoup de nouvelles idées, de nouveaux concepts, entre autres, en circulation dans les médias et sur les réseaux sociaux mais depuis le déconfinement partiel et surtout depuis le déconfinement total, je réalise que les Mauriciens reviennent “à la normale”. Beaucoup ne réalisent pas les dégâts au niveau mondial et se concentrent sur l’actualité mauricienne, et il y a bien plus que Maurice dans l’affaire. C’est aussi une occasion pour l’île de développer sérieusement toutes ces terres que les différents États africains ont mis à la disposition de l’État mauricien depuis plusieurs années déjà et qui devraient être une source de production alimentaire pour le pays mais aussi une terre de développement de nouveaux projets générateurs de revenus. Cela devrait aller de pair avec le vrai développement des opportunités de l’État-océan – projet qu’aucun gouvernement n’a pris au sérieux depuis sa mise sur pied en 2010, malheureusement. Le moment est grave mais pas désespéré. Tout dépendra de ce que feront les autorités dans les semaines et mois qui viennent.»