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Vers le renvoi des municipales : des amendements, de la colère et une stratégie

Le gouvernement fera voter des amendements pour que ces élections régionales ne se tiennent pas cette année et l’opposition n’aime pas ça. 

Pas de kes savon. Et de discours pour faire glisser des votes dans l’urne. Ni de route sympathiquement koltare. Et pas de liste de promesses jamais tenues à rajouter aux autres qui sont gardées bien au chaud dans le tiroir de l’oubli. Les élections municipales, qui auraient dû se tenir le mois prochain, ne devraient pas avoir lieu cette année. Le Local Government (Amendment) Bill (N0 V11) devra être voté dans quelques jours. L’objectif : permettre aux équipes élues qui gèrent les mairies depuis les dernières élections de continuer leur travail. Le gouvernement aura, par la suite, un délai d’un an pour organiser ces élections. Et si, dans un an, il estime que ce rendez-vous électoral ne peut avoir lieu, il pourra encore une fois le renvoyer pour une année de plus.

 

Une annonce qui a fait frémir l’opposition de colère : elle estime que c’est donner trop de pouvoir au gouvernement. Le Premier ministre pourra se décider à organiser ces élections à sa guise et à la renvoyer de la même façon. De plus, leur happening tant attendu, afin de montrer l’ampleur de leur puissance politique (qui a la plus grosse… popularité ?) et de tester leur alliance et non-alliance, n’aura pas lieu de sitôt. Décision du gouvernement, Covid-19 oblige. Mais au-delà de l’aspect sanitaire, l’opposition estime qu’il y avait une autre façon de faire les choses. Et que le MSM a d’autres ambitions en tête.

 

Paul Bérenger l’a dit, ce qui pose problème, c’est ce qui n’est pas assuré : que ces élections aient lieu dès que possible. «Rien n’empêche le gouvernement de renvoyer à nouveau les élections dans deux ans. Il n’y a pas d’engagement dans la loi qu’elles auront lieu dès que la situation le permettra», déplore le leader du MMM. D’autres scénarios étaient envisageables : un renvoi de trois mois grâce à un règlement, propose Ritesh Ramful du PTr. Ça aurait permis d’attendre un peu et de réévaluer la situation d’ici quelque temps. Car cet exercice est essentiel pour le respect de la démocratie, estiment les parlementaires de l’opposition, même si la situation sanitaire est à prendre en considération. Mais pour Kushal Lobine, du PMSD, la Covid-19 est «une fausse excuse» car, estime-t-il, il y a bien des élections régionales qui se font dans d’autres pays. Pour le député, la campagne aurait pu être vécue différemment, sans rassemblement et dans le respect des règles sanitaires…

 

Ce serait une décision irréfléchie, estime un membre du MSM : «Le gouvernement prend cette décision en pensant à la population. Il n’y a que l’opposition pour venir faire de la démagogie sur quelque chose d’aussi important. Nous sommes occupés à combattre le virus et à protéger les Mauriciens. Ça devrait être la priorité de tout un chacun.» Mais dans le cœur de l’opposition, il n’y a pas de doute : le gouvernement voit plus loin. Shakeel Mohamed parle de stratégie politique de la part d’un «gouvernement qui ne respecte pas la démocratie». L’intérêt ? Que les projets qui sont en cours dans les villes – le métro, l’Urban Terminal… – se concrétisent. Ainsi, le MSM pourra tabler sur une popularité renouvelée pour conquérir les villes.

 

Au cœur des municipalités, on parle de l’opération séduction des golden boys, ces conseillers qui ont un certain capital sympathie auprès des électeurs et qui apporteraient du sang neuf au MSM dans les villes (ou ailleurs pour d’autres missions plus nationales). Il se murmure qu’il y aurait des koz-koze pour les inciter à quitter leur parti de l’opposition afin de rouler pour le gouvernement en attendant les prochaines élections. Mais si ce répit qu’apportent les amendements permettra de rallier plus de monde dans le clan Jugnauth – ce qui expliquerait le report des élections selon certains membres de l’opposition –, il ne faudrait pas oublier, estime un ancien conseiller de mairie du MMM, que depuis toujours, c’est une stratégie qui est en place : «Quand j’étais à la mairie, il y a quelques années, c’était déjà ce qui se faisait avant une élection par des émissaires du gouvernement. Je pense que c’est la même chose qui se produit ou qui va se produire. Est-ce une raison pour reporter les élections ? Je ne crois pas.»

 

Pour lui, c’est l’impopularité du MSM la raison principale de cette décision gouvernementale : «La Covid-19 leur permet de gagner du temps, de se refaire une image. Il y aurait plusieurs façons de s’assurer de la tenue de ces élections malgré la Covid-19. On permet bien les examens, non ? Les bus bondés ? L’ouverture de magasins ? Alors, ce n’était pas impossible.» Mais, malgré tout, il aurait fallu, estime-t-il, faire sans la méthode kes savon.