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Takamaka Boutique Winery : Un rêve de… letchi

Alexander Oxenham parle de sa belle aventure.

Il s’agit d’une histoire d’homme et d’envie. De passion et d’amour. Mais aussi celle d’un endroit à découvrir.

Derrière de hauts murs se cache un secret. Pour le découvrir, il faut patienter le temps que le portail électrique s’ouvre (il est 8h30, l’établissement n’est pas encore opérationnel). Les pneus de la voiture crissent sur l’allée de macadam. Et là, l’espace se charge de charme et de douceur. Pour occuper la vue, pour occuper le cœur, une jeune bâtisse qui a la beauté d’anciennes maisons. Pierres taillées, marches travaillées et véranda donnant sur un jardin qui se dessine encore. Cheminée pour s’imaginer ailleurs, pour se penser dans l’instant présent. La dualité n’est pas impossible, elle nourrit l’âme. Pour nous accueillir et nous faire découvrir l’art de la maison, Alexander Oxenham, Managing Director de la Takamaka Boutique Winery. C’est là que l’œnologue réalise le premier vin 100 % local à partir de… letchi (oui, c’est possible !). Un de ses vins, Icône, a d’ailleurs vécu une aventure extraordinaire. Il a été sélectionné par Michel Sarran, chef étoilé – 2* au Michelin –, pour être servi avec son menu du réveillon dans son restaurant gastronomique de Toulouse…

 

Une véritable consécration pour celui dont l’histoire familiale est intimement liée à celle du vin à Maurice (voir hors-texte) : «C’est un tour de force fantastique ! Une reconnaissance de notre savoir-faire.» Pour expliquer Takamaka, il faut parler d’une envie. D’un désir d’enfant, d’un rêve d’homme. Un récit qui s’inscrit dans le programme de la visite guidée qu’organise la winery, qui se trouve sur le chemin menant à Mare-aux-Vacoas. «Au cœur de la nature», précise Alexander Oxenham. Dès les premières minutes, il est question du grand-père et du père. Il y a des photos, des anecdotes. Une passion qui se distille dans le sang et va au cœur de génération en génération. Puis, il y a cette géniale incongruité – faire du vin avec des letchis, quoi ; il faut oser – que l’on sent avant de voir. La visite, elle, prend d’abord au nez. Dans l’air, un parfum de fruit confit. Un rien de letchi.

 

Quelques marches mènent à une plateforme intérieure avec vue sur les cuveries, là où Alexander Oxenham vit sa passion, au fil des heures qu’il ne voit pas défiler : «Quand je fais mon vin, le temps ne compte pas. Il n’y a que le produit qui compte. La finalité, le but ultime, c’est sa qualité.» C’est dans ces cuves en inox impressionnantes, que le letchi connaît sa plus belle métamorphose. La charpente métallique du toit apporte à l’instant de découverte, ce qu’il faut de magie. C’est là qu’Alexander Oxenham parle de sa winery, de son envie d’une production artisanale où l’art a toute sa place : «Je suis un peu comme un artiste. Mon métier, c’est de faire du vin. Et je voulais élaborer un vin de qualité 100 % mauricien.» De ces mots qui raisonnent en lui : «Origine, originalité et authenticité.» De sa vision : «Il est difficile de faire pousser des vignes à Maurice. Le climat n’est pas propice. Et je n'aime pas l'idée d’aller contre la nature.» Et de l’appel du letchi : «Un fruit qui est très proche du muscat au niveau des saveurs et des arômes. Alors, c’était une évidence.»

 

La première tentative de changer le letchi en vin remonte à 2001 : «Il fallait trouver la bonne méthode. Le type de levure à utiliser, la température adéquate…» Et il lui aura fallu 16 ans avant de peaufiner son produit et créer sa winery, avec le concours de son épouse : «Ça a pris du temps, de l’engagement, des sacrifices. Il a aussi fallu trouver le bon endroit, réunir les capitaux.» Donner confiance, donner envie, également. Pour rassurer, pour séduire, l’œnologue a les arguments qu’il faut. Il parle d’équilibre des saveurs, de notes de fruits, de fleurs, de sucre, d’épices. De parfums qu’on caresse du coin des lèvres, d’autres qu’on embrasse. De ces découvertes du bout de la langue qui laissent un souvenir impérissable. Du letchi qui n’est pas traité aux pesticides (c’est un fruit tenace qui n’a pas besoin de traitement) et qui est donc, par définition, sain…

 

Sucré, acidité

 

La création des vins d’Alexander Oxenham commence dans les vergers qui se trouvent dans le nord de l’île : «La qualité du fruit fera la qualité du vin.» Alors rien n’est laissé au hasard : les fruits sélectionnés ont le bon équilibre entre le sucré et l’acidité. Les letchis choisis viennent d’arbres qui ont du vécu. Et ce ne sont que les fruits à maturité qui sont récoltés. Et cela se fait à la main. Ensuite, ils sont épluchés et dénoyautés. Cette étape longue et fastidieuse se fait, également, à la main. Du fruit, on ne récupère que la pulpe qui est envoyée, en cuves – celles en inox – pour une fermentation qui durera 10 à 15 jours : «La levure transformera le sucre en alcool. Mais il faut être attentif à tout, afin de s’assurer qu’elle respecte les ‘‘ordres’’.» Puis vient l’étape de stabilisation et de clarification. Il faut compter environ un mois pour obtenir du blanc et du rosé.

 

Pour un produit plus complexe, le vin de letchi continue son parcours de saveurs dans des fûts de chêne qui ont une salle rien qu’à eux pour un repos parfumé. «C’est un vin gastronomique.» Selon le produit, la gamme de parfums et de saveurs est différente. Des notes florales en passant par celles de cassonade, de grillé, de pommes : «Selon le profil thermique employé, il est possible d'orienter le profil aromatique du vin.» Dans la vision du winery, Alexander se projette à long terme, s’engage pour l’environnement. D’ailleurs, son choix du letchi n’est pas anodin dans cette envie de respecter la nature ; son rythme, sa mélodie. Alors, ici, l’eau de pluie est récoltée et utilisée pour nettoyer les cuves. Cette même eau, riche en matière organique, est réutilisée pour fertiliser naturellement les plantes du jardin. Et il est fier de ce petit geste. Il sait qu’il en appellera d’autres au moment venu…

 

Aujourd’hui, Alexander Oxenham est heureux d’imaginer que la mémoire de son vin voyage avec tous ceux qui viennent à Takamaka (sur le terrain se trouvait un arbre portant ce nom). Alors derrière les hauts murs de la winery, il rêve de partager son secret avec le plus grand nombre…

 


 

Une histoire de famille

 

«Petit, j’aimais suivre mon grand-père dans son atelier…» Alexander Oxenham prend le chemin de ses souvenirs. De sa «longue tradition familiale». Une tradition née du grand-père qui se lance dans le vin en 1932, suivi de son père qui part étudier l'oenologie à Dijon dans les années 60… Cette histoire, Alexander Oxenham en a fait sa force. Il y a puisé son inspiration. Alors, après des études d’œnologie à Dijon, il rentre au pays et devient consultant dans les distilleries, fait des formations en vin et spiritueux. Et vit, en parallèle, son rêve de… letchi.

 

En savoir plus

 

Les tarifs : Rs 315 par adulte pour la visite et la dégustation. Pour chaque enfant, il faut compter Rs 155 pour la visite.

 

Vous pouvez y manger. Il y a un bistro à la carte sympathique ; plateau de charcuterie, salades sympathiques et croque-monsieur pour les petits.

 

Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures. Et le samedi : de 9 heures à 16 heures (jusqu’en juin). Les jours fériés et les dimanches, la winery est fermée.

 

Pour réserver et/ou obtenir plus d’informations, un numéro de téléphone est à votre disposition : 5442 8371.