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Sylvio Isidore sombre dans le coma et meurt après une injection - Sa fille Stéphanie : «A-t-il été victime d’une négligence médicale ?»

Sylvio Isidore et sa famille. Photo prise le 3 juin 2017 à l’occasion du mariage de son fils Jean-Marc.

La police et le Medical Council ont ouvert une enquête sur un cas de négligence médicale alléguée. Le personnel soignant des hôpitaux de Souillac et de Rose-Belle est montré du doigt après le décès de Sylvio Isidore, le grand-père de l’acteur franco-mauricien Ethann Isidore qui joue un rôle dans le dernier Indiana Jones. Cet homme de 65 ans a sombré dans le coma après avoir reçu une injection et il est mort quelques jours plus tard. Sa famille, soupçonnant une erreur médicale, a porté plainte auprès des instances concernées. Josiane, l’épouse du défunt, et ses quatre enfants serviront bientôt une mise en demeure au ministère de la Santé avant de loger une affaire au civil pour réclamer des dommages. Retour sur cette affaire qui fait grand bruit dans le Sud depuis plus d’une semaine.

Chaque objet se trouvant dans le salon familial leur rappelle que leur père était un homme d’exception. On y trouve, entre autres, un ancien téléviseur transformé en aquarium, une belle collection de coquillages disposée sur la table du milieu et une bibliothèque où il conservait, notamment, avec soin toutes les coupures de presse concernant son petit-fils Ethann qui avait décroché l’un des principaux rôles dans le dernier opus de la saga Indiana Jones, sorti dans nos salles en juin 2023. Sylvio Isidore était tout fier de son petit-fils qui vit en France avec sa mère Stéphanie. Sa fille aînée Jessica et ses deux fils Jean-Marc et Jeoffrey sont également installés dans l’Hexagone avec leurs conjoints respectifs ainsi que leurs enfants. L’homme, un visage très connu de Souillac, et son épouse Josiane avait huit petits-enfants. Et en 2022, le couple avait pu aller leur rendre visite à tous en France.

 

Toute la famille devait se revoir à Maurice en août de cette année pour le mariage de Jeoffrey. Hélas, le destin en a décidé autrement. Tout a basculé le 1er février quand Sylvio s’est rendu à l’hôpital de sa localité pour une banale douleur au ventre. On lui a, entre autres, fait une injection sur place, se souvient son épouse Josiane. «Mon époux suit un traitement cardiaque depuis six mois à l’hôpital de Souillac. Il avait clairement indiqué cela au médecin qui l’avait examiné en lui disant qu’il prenait un médicament en particulier. Mon époux lui a répété cela à deux reprises. Le docteur n’a toutefois pas demandé à consulter son dossier médical avant de prescrire un traitement. À un certain moment, j’ai voulu voir ce qu’il écrivait mais il m’a empêché de voir la carte. Un infirmier a ensuite fait une injection, dont on ignore toujours le contenu, au bras droit de mon époux», raconte Josiane.

 

De retour chez lui à Telfair Street, Sylvio passe une très mauvaise nuit. À 4 heures du matin, il constate que son bras droit est enflé et qu’il y a plusieurs hématomes rouges sur cette partie de son corps ainsi que d’autres qui avaient viré au bleu. Une heure plus tard, il se rend à nouveau à l’hôpital du village où un autre médecin l’ausculte. «Il n’a pas non plus consulté le dossier médical de mon époux. Il a tout simplement donné des instructions à un infirmier pour appliquer des compresses d’eau chaude sur le bras concerné avant de le couvrir d’un bandage. Il nous a également dit d’aller à l’hôpital de Rose-Belle si la douleur persistait», confie Josiane. Après le déjeuner, Sylvio fait des appels vidéos à ses enfants pour leur parler de ses ennuis de santé. Toutefois, au cours de la journée, son état, loin de s’améliorer, continue de se détériorer et la douleur devient insoutenable.

 

Sylvio et Josiane prennent alors la direction de l’hôpital de Rose-Belle. À son arrivée, le personnel soignant lui fait passer plusieurs examens. «La prise en charge a été immédiate. Il a été examiné par un médecin généraliste, un orthopédiste pour son bras et un cardiologue. Son taux de sang était très élevé. Il a raconté aux médecins le même récit. À ce jour, nous ignorons le contenu de l’injection qu’il avait reçue. Les médecins nous ont dit que le personnel de Souillac n’aurait jamais dû lui faire de vaccin sans consulter son dossier médical», souligne Josiane. Sylvio est admis en salle ce jour-là. Dans la soirée, il parle avec sa fille Stéphanie via un appel vidéo. «Mon père avait la langue lourde. Il parlait avec difficulté. Il disait qu’il avait également mal à la tête et à l’épaule droite», se souvient la jeune femme.

 

Le lendemain, pendant la visite matinale, Josiane tombe des nues. Elle retrouve son époux dans son lit, inconscient et écumant, vêtu d’une couche et d’un t-shirt uniquement. Son short était par terre. «Il n’était pas sous perfusion. J’ai alerté les infirmiers pour qu’il soit pris en charge. Un médecin m’a, par la suite, dit que sa tension artérielle avait grimpé causant un accident vasculaire. Celle-ci était à 18/90 alors qu’elle était à 13/80 à son admission. Le docteur m’a également posé des questions précises sur mon époux avant de me dire que ce dernier lui avait donné la même version sur ce qui s’était passé à deux reprises à l’hôpital de Souillac. On ignore ce qui lui est arrivé après l’appel vidéo de ma fille Stéphanie. Nous faisons un appel à témoins pour savoir ce qui lui est arrivé entre 22 heures et 6h30 du matin», explique Josiane.

 

Sylvio Isidore a subi une intervention chirurgicale dans la soirée du 5 février. Le même jour, ses deux filles Jessica et Stéphanie, la mère d’Ethann, sont rentrées au pays en catastrophe. «L’opération s’était bien passée. On avait placé un drain pour évacuer le sang après son accident vasculaire. Sa tension artérielle était bonne. Son médecin m’avait dit qu’il avait une bonne chance de s’en sortir. On l’a ramené aux soins intensifs après son opération. On a tous cru qu’il allait s’en sortir même s’il était resté inconscient après l’intervention chirurgicale. Un médecin nous avait dit qu’il avait été plongé dans un coma artificiel pour pouvoir reprendre des forces», soutient Josiane.

 

Cependant, son état s’est davantage détérioré le 7 février. «Nous avons pu voir notre père jour-là durant la visite matinale. Il avait des cotons dans ses narines et avait fait ses besoins dans sa couche. Le personnel soignant s’occupait de lui mais semblait gêné par notre présence. On nous a demandé de revenir plus tard. Sauf qu’à notre retour sur place vers 12h15, nous avons appris son décès. Sa dépouille était déjà disposée dans le couloir. Nous avons relevé la couverture pour le regarder. Il avait des cotons dans la bouche et les narines. Son visage était boursoufflé. Personne ne nous a dit ce qui lui était arrivé. Une doctoresse nous a parlé peu après pour nous dire que notre père avait eu une forte fièvre. On lui avait prescrit des antibiotiques mais sa situation ne s’était pas améliorée», indique Stéphanie, toujours terriblement bouleversée. Selon son acte de décès, Sylvio Isidore est décédé suite à un «intercranial bleed».

 

Ses funérailles ont eu lieu le 11 février après que ses fils sont rentrés au pays en catastrophe eux aussi. «Mon père Sylvio a-t-il été victime d’une négligence médi-cale ?» se demande Stéphanie, rejointe par toute la famille dans cette interrogation. «Notre père est un patient cardiaque. On voudrait savoir pourquoi les médecins qui l’ont examiné à l’hôpital de Souillac n’ont pas consulté son dossier médical avant de lui faire une injection. On voudrait également savoir pourquoi notre père n’a pas été admis dans la salle réservée aux patients cardiaques», lâche Stéphanie. La famille Isidore a déjà porté plainte à la police. Elle a également alerté en écrit le Medical Council et le ministère de la Santé. Josiane et ses enfants ont également retenu les services de l’avocat Shakeel Mohamed et de l’avoué Cader Mallam Hassam pour les représenter dans cette affaire. Les Isidore comptent bientôt servir une mise en demeure au ministère de la Santé avant de loger une plainte officielle au civil pour réclamer des dommages. Le service de presse de la Santé n’a pas souhaité commenter l’affaire pour ne pas pervertir le cours des différentes enquêtes qui sont actuellement menées sur cette affaire.