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Sinistrés, ils racontent leur détresse

Komala Venatheethan : «On avait à peine bouger dans l’autre maison que tout s’est retrouvé à terre. C’était effrayant.» Ci-contre, des clichés de sa maison détruite.

Le cyclone Batsirai, qui est passé près des côtes mauriciennes cette semaine, a plongé bien des familles dans la désolation avec ses fortes rafales. Ceux qui sont affectés et qui ont perdu maison, effets personnels et autres biens matériels nous confient leur état d’esprit...

Les mêmes images défilent encore et encore dans sa tête. Quoi qu’elle fasse, elle revoit cet arbre gigantesque couché sur sa maison et tous les dommages que cela a occasionnés autour. Puis, il y a ce bruit énorme, comme le tonnerre, qui lui résonne encore aux oreilles. Et depuis, c’est le choc et elle est toujours secouée, entre incompréhension et interrogations…

 

La voix tremblotante, animée par une vive émotion, Roselyne Verte fait partie de ces nombreuses personnes qui n’oublieront jamais le passage du cyclone Batsirai, du mardi 1er au mercredi 2 février, ayant été une victime directe de la tempête qui a tenu tout le pays en haleine ; sa maison est aujourd’hui détruite. «Je vais bien, mes trois enfants (ils ont entre 16 et 21 ans) et mon compagnon Steo Bégué vont bien mais on repense toujours à ce qui est arrivé. Heureusement qu’on a pu sortir de la maison et qu’on n’était pas à l’intérieur lorsque l’arbre est tombé», nous confie cette habitante de Sainte-Croix, qui, comme beaucoup de Mauriciens, a été surprise par la puissance de Batsirai. «À aucun moment, on n’a pensé qu’une telle chose allait se passer et que le cyclone allait provoquer la destruction de notre maison...» Aujourd’hui, autour d’elle (au jeudi 3 février) : la désolation. «Certes, on se sent impuissants devant une catastrophe naturelle mais c’est aussi pénible de voir toutes ses affaires, ses effets personnels, son lit, ses vêtements et de la nourriture, entre autres, complètement détruits. On se sent vides, secoués et perdus…» Encore sous le coup du choc, Roselyne réalise avec beaucoup de difficulté ce qui frappe sa famille : «Tout s’est passé très vite. C’était en fin de matinée, peut-être vers 11 heures-11h30. L’île était en alerte 4, le vent soufflait fort. Voyant que la situation devenait difficile avec l’arbre qui était à proximité de la maison qui bougeait énormément, on avait trouvé refuge chez notre voisine. Elle avait elle-même mesuré le danger et nous avait invités à venir chez elle. On y a été pour notre sécurité mais à aucun moment, on n’a imaginé que les choses allaient s’enchaîner de la sorte. On aurait pu être toujours à l’intérieur au moment où l’arbre est tombé. Je n’ose pas imaginer les conséquences si cela avait été le cas, surtout quand je regarde l’étendue des dégâts. J’ai des frissons rien que d’en parler...»

 

«Une épreuve»

 

Quelques minutes après que Roselyne et ses trois enfants ont bougé, le drame s'est produit. «On se trouvait chez la voisine, Steo se trouvait dans son ti-bazar (son commerce) qui se trouvait devant la maison, et c’est là que c’est arrivé. On n’a rien pu prendre», raconte-t-elle, encore très fragilisée par les événements. «L’arbre a détruit la seule pièce où on vivait et il a aussi endommagé notre maison qui était en construction à côté. La structure en fer qu’on avait érigée n’a pas tenu le coup. Tout a été détruit, même ce qui se trouvait dans le ti-bazar : les conserves et les grains secs, entre autres. C’est une épreuve vraiment difficile», ajoute Roselyne qui, malgré les circonstances, veut aussi regarder le côté positif. «Même si on a perdu beaucoup de choses, je remercie le ciel que nous ayons tous été épargnés. Car ce qui est arrivé aurait pu être plus grave.»

 

C’est chez un proche à Sainte-Croix que la petite famille se remet de cette bouleversante expérience. «Nous savons que la situation est difficile pour tout le monde après le passage d’un cyclone mais on sait aussi qu’on peut compter sur la générosité des Mauriciens. On ne demande pas grand-chose, juste un coup de pouce pour qu’on puisse très vite se remettre au travail et recommencer la construction de notre maison. Ceux qui veulent et qui peuvent nous aider d’une façon ou d’une autre peuvent nous contacter sur le 5490 6489. Pour l’instant, on vit au jour le jour et on espère vite pouvoir se remettre debout», dit Roselyne dans un cri du cœur.

 

C’est le même désarroi qui habite Komala Venatheethan, 33 ans. Elle aussi est une victime de Batsirai, sa maison n’ayant pas résisté aux rafales mercredi. Cette habitante de Rose-Hill et maman de trois enfants de 1 an à 11 ans se remet petit à petit de la traumatisante expérience qu’elle a vécue avec sa famille. «Batsirai soufflait fort et une feuille de tôle menaçait de s’arracher du toit. Ma mère, mon époux, mon frère et mes enfants étions encore dans la maison. On a pensé pouvoir retenir la tôle en question mais ça n’a pas été possible. Il pleuvait et le vent soufflait fort. La situation devenait de plus en plus difficile avec les conditions cycloniques qui se faisaient bien sentir. À un moment, on a eu la présence d’esprit d’aller nous réfugier dans une maison vide qui appartient au frère de notre propriétaire et qui se trouve juste en face de chez nous. Vous devinez ce qui s’est passé ensuite !»Un sanglot dans la voix, Komala raconte avoir cru être dans un cauchemar : «On avait à peine bougé dans l’autre maison que tout s’est retrouvé à terre. C’était effrayant.»

 

Impuissance

 

Comme Roselyne Verte, l’habitante de Rose-Hill se dit impuissante face à ce qui est arrivé : «On ne peut pas lutter contre un cyclone. On a perdu beaucoup de nos effets personnels et c’est vraiment difficile, surtout pour les enfants.» Se trouvant pour l’instant dans la maison vide près de sa maisonnette détruite, elle sait qu’elle ne pourra pas rester là-bas longtemps : «La famille se retrouve dans une grande détresse. On avait notre petit coin. Laba mem nou ti pe kasiet soley-lapli ek la nou retrouv nou dan enn tel sitiasyon. Li vreman dir. Nou bizin trouv enn solisyon.»

 

Dans ces moments difficiles, Komala et ses proches peuvent compter sur le soutien de plusieurs organisations : «Heureusement, plusieurs associations nous aident de façon différente en termes de nourritures, par exemple. Il y a beaucoup de Mauriciens qui sont solidaires. Ma famille est très reconnaissante pour cela. Nous savons aussi que nous devons vite reprendre notre vie en main. Si une personne connaît une location pas trop chère, autour de Rs 3 500 - Rs 4 000, ça pourrait nous aider à redémarrer. Mo travay dan la kour ek mo bonom mason. Je suis joignable sur le 5453 9940. J’espère qu’on pourra avoir de l’aide et emménager dans un endroit qui est dans nos moyens.»

 

D’une famille sinistrée à une autre, il y a les mêmes sentiments d’impuissance. Pénéloppe Ornella, maman de deux filles âgées d’un an et demi et 12 ans, et habitant Cité Bassin, n'oubliera pas Batsirai de sitôt. «Je me retrouve sans maison», dit celle qui, depuis, se retrouve au centre communautaire de Cité Bassin. «Heureusement, je me trouvais chez ma mère à Port-Louis quand c’est arrivé. Je n’ai pas de mots quand je regarde les dégâts. Toutes mes affaires, surtout celles des enfants, sont abîmées», dit-elle, en acceptant toutes formes d’aide (vous pouvez l’appeler sur le 5922 3465) en ces temps difficiles.

 

Les récits changent mais se ressemblent. «C’est un véritable traumatisme de perdre sa maison comme ça», nous raconte, pour sa part, Emmanuel, en revenant sur le calvaire que vit sa mère Fazila, 46 ans, depuis le passage de Batsirai. «Elle vit à Briqueterie et un arbre est tombé sur sa maison mercredi. C’est vraiment une situation difficile», nous confie le jeune homme, désolé de ce qui est arrivé. «Elle s’y trouvait avec mon beau-père et ils ont eu vraiment peur. Ils auraient pu trouver la mort mais heureusement qu’ils ne se trouvaient pas à l’intérieur quand c’est arrivé. C’est vraiment une épreuve de vivre une telle chose pendant un cyclone. On se sent démunis.» C’est une voisine qui l’a informé de ce qui est arrivé. «J’ai paniqué en entendant la nouvelle mais j’ai été rassuré en apprenant qu’il n’y avait personne dans la maison. Devant l’ampleur des dégâts, on est, bien évidemment, affectés.»

 

Actuellement, sa mère et son beau-père ont trouvé refuge chez un proche. «Ma mère a tout perdu : meubles, électroménagers, vêtements et nourriture, entre autres. Elle est en train de récupérer et bientôt, il lui faudra tout recommencer. C’est compliqué de se retrouver face à une pareille chose. Personne ne s’y attendait et personne n’y est préparé. Maintenant, il va falloir réagir et toute aide est la bienvenue. On peut me contacter sur le 5778 6457», lâche Emmanuel dont les images de la maison détruite de sa mère défilent encore et encore dans sa tête...

 

La parole à...

 

Delphine Ahnee, présidente de Drwa a enn lakaz : «Depuis deux ans, nous suivons ceux qui avaient été expulsés de Pointe-aux-Sables, Malherbes et Riambel. Avec le passage du cyclone, les familles que nous suivons à Malherbes ont été complètement inondées, alors que leurs dossiers sont ficelés et en bonne et due forme à la NHDC. Comme nous collaborons aussi avec les associations qui suivent des personnes vivant dans la précarité à Bambous, Rivière-Noire, entre autres, nous avons voulu faire un suivi de façon générale sur ces sites. On y sera aujourd’hui, dimanche 6 février, pour mettre en lumière cette réalité qui existe dans plusieurs endroits où ces personnes vivent. On a prévu de commencer par Malherbes, puis d’aller à Bambous, pour ensuite finir à Rivière-Noire. L’objectif, c’est de montrer cette détresse humaine... C’est notre combat depuis deux ans : il faut caser ces familles qui ont droit à des maisons. On a établi qu’il y a 59 familles qui ont des dossiers depuis 10 ans. Kom di koze, dosier nek perdi, pas boul ant NEF ek NHDC, ou alors ils ont des dépôts exorbitants à faire. Il n’y a pas une politique dédiée pour ceux qui sont dans la précarité, qui n’ont pas de revenus. Ce qu’on souhaite, c’est alerter et montrer ce qui se passe aujourd’hui. Ce qu’on veut montrer, c’est qu’il y a des urgences, des familles et des enfants qui vivent dans des conditions inhumaines depuis des années, parfois depuis des générations...»