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Quatre accidents fatals en cinq jours : des familles effondrées racontent leur calvaire

Ils avaient 21, 29, 34, 35 et 65 ans, et ont tous connu le même terrible sort. Divesh Pitumbur, Nazhrool Peerbux, Frederick Revat, Munish Maton et Roland Babet sont décédés cette semaine suite à des accidents. Cinq nouvelles victimes qui rallongent d’un coup la liste noire de ceux qui ont perdu la vie sur nos routes cette année, amenant le nombre d’accidents fatals à 71 avec 75 victimes entre le 1er janvier et le 23 septembre 2022. À l’issue de cette semaine particulièrement meurtrière sur nos routes, en plus d’autres accidents graves n’ayant pas fait de morts mais plusieurs blessés, les proches de ceux qui sont partis de manière si soudaine et brutale nous livrent de bouleversants témoignages. 

Deux amis, âgés de 21 et 29 ans, unis dans la mort

 

Davesh Pitumbur : «Nazhrool ek mo frer Divesh ti kouma dir kalson ek simiz»

 

L’horrible scène hante encore les esprits de ceux qui sont arrivés en premier sur les lieux du drame. Surtout les proches. «Pa kapav gete sa misie. Ziska ler mo pa gagn somey. Li pa ti fasil pou trouv mo garson koumsa», lâche la mère de Nazhrool Peerbux, d’un air désespéré. Trop affligée par ce deuil, elle n’arrive pas à en dire plus pour le moment. Son fils, âgé de 29 ans, a succombé à ses blessures après un terrible accident de la route à Union-Ducray dans la soirée du mardi 20 septembre. La voiture dans laquelle se trouvait cet habitant de Surinam a fait plusieurs tonneaux. Le conducteur, Divesh Pitumbur, 21 ans, est également décédé dans l’accident. Seul Nasveer Peerbux, le jeune frère de Nazhrool, 21 ans, est sorti vivant de l’accident. Mais à jamais marqué par ce terrible drame.

 

«Mari douler sa. Mo ankor dan sok ziska ler», confie Nasveer Peerbux, que nous avons rencontré au domicile des Pitumbur deux jours plus tard, accompagné de trois proches. «Linn vinn prezant nou so simpati», souligne Davesh, le frère aîné de Divesh. Ce dernier est également en état de choc après le décès tragique de son frère qui était également son partenaire en affaires. Ils venaient de reprendre le snack familial après le décès de leur père quelques mois plus tôt.

 

Le drame routier a eu lieu vers 23 heures, alors que Divesh, Nazhrool et Nasveer rentraient chez eux. En arrivant sur place, le personnel du poste de police de Souillac a retrouvé deux jeunes hommes inanimés sur l’asphalte. Ils avaient déjà rendu l’âme. Les pompiers et le personnel du Samu ont dû intervenir pour extirper le rescapé de la voiture accidentée. Selon les indications de la police, la voiture appartenant à Davesh et conduite par son frère Divesh roulait en direction de Souillac. À un moment donné, le jeune conducteur aurait perdu le contrôle du véhicule qui est allé  finir sa course contre un arbre sur le bas côté de la route. Les deux bons amis Divesh et Nazhrool sont morts sur le coup. «Zot ti kouma kalson ek semiz sa de-la», avance Davesh, tristement.

 

Le jeune homme explique que son frère avait rendez-vous chez un médecin du privé en début d’après-midi ce jour-là. «Mo frer ena problem krap ros depi li tipti. Li ti ena randevou kot dokter sa zour-la. Nazhrool ti akompagn li. Zot inn fini kot dokter ver 15h. Kan fini, zot inn pas pran Nasveer apre so travay pou al fer enn letour ansam. Se kan zot pe retourn lakaz ki zot inn fer aksidan», explique Davesh, le cœur lourd de chagrin. Son frère et lui avaient de nombreux projets, tout comme Nazhrool qui laisse derrière lui un enfant de 3 ans.

 

Frederick Revat, 34 ans, meurt après une sortie de route

 

Rouby, sa belle-mère : «Il n’a pu construire sa maison»

 

Il était sorti pour aller acheter du pain sans savoir qu’il avait rendez-vous avec la mort. Frederick Revat, 34 ans, a succombé à ses blessures après une sortie de route sur la route principale, à Belle-Rose, vers 5h45, le jeudi 22 septembre. Le rapport d’autopsie indique que ce Pest Controller a succombé suite à une fracture du crâne. Les funérailles de cet habitant de l’avenue Wilson, à Belle-Rose, ont eu lieu le lendemain au domicile de son père, à Henrietta.

 

Frédérick Revat laisse derrière lui une fille de 13 ans et un fils de 3 ans. Avec son épouse Sophia, il louait une maison à Belle-Rose non loin du centre municipal de cette région. Parmi ses nombreux projets d’avenir figurait d’ailleurs en bonne place la construction d’une demeure pour sa famille.  «Mon gendre n’a malheureusement pas pu construire sa maison», regrette sa belle-mère Rouby qui sait à quel point ce rêve lui tenait à coeur. C’est par le biais de la police que cette employée d’un centre d’appels a appris la terrible nouvelle. Frederick Revat avait pu être identifié grâce à son permis qui était sur lui au moment des faits. Selon les indications de la police, la motocyclette qu’il pilotait aurait glissé pour heurter un trottoir. L’enquête policière se poursuit.

 

Munish Maton, 35 ans, fait une collision mortelle à moto

 

Sa mère Saraswatee : «Lamor mo garson enn mari sok»

 

Elle a le cœur en lambeaux. Saraswatee Maton, 65 ans, a perdu une partie d’elle-même le dimanche 18 septembre. En ce jour funeste, son fils unique Munish, 31 ans, rentrait chez eux à Médine-Camp-de-Masque, lorsque la motocyclette qu’il pilotait est entrée en collision avec une voiture tombée en panne. À son arrivée sur place, le personnel du Samu n’a pu que constater le décès de cet ingénieur en informatique qui travaillait dans un centre d’appels. «Lamor mo garson enn mari sok», confie la sexagénaire, en larmes.

 

En plus d’avoir perdu son unique fils, Saraswatee a perdu celui qui partageait son toit et sa vie de tous les jours. Un véritable déchirement. «Nou ti zis a 2. Inn gagn 3 an depi ki mo misie inn desede. Mo tifi marye, li pa res ek nou. Samdi, mo ti al kot mo bann frer Plaine-Magnien. Munish ti lakaz mem, li ti profite pou met inpe lord dan lakour. Monn retourne dimans ver 13h. Zis apre, linn sorti lor so motosiklet. Li ti dir mwa ki li pe al kot so kouzinn ki res Laventure», raconte Saraswatee. Son fils est rentré un peu plus tard au volant du 4x4 de sa cousine. «Linn dir mwa prepar enn bon ti manze pou nou al manze kot papa mo nies-la Mont-Ida. Mo ti fini kwi zasar legim, poul ek salad ton. Mo pa ti oule ale me linn insiste pou pran mwa. Kouma dir li ti kone pou ariv enn maler sa zour-la. Linn fer mwa promne bien dan landrwa avan nou al Mont-Ida.» Après cette rencontre familiale, Munish a, une fois de plus, pris le 4x4 pour reconduire sa mère à la maison avant de se rendre chez sa cousine pour récupérer sa moto.

 

Le drame s’est produit sur le chemin du retour. Selon la police, l’accident a eu lieu vers 21h50 sur la route principale de Riche-Fond. La moto de Munish Maton est entrée en collision avec une voiture à l’arrêt qui, selon les indications de la police, était tombée en panne. «Nou finn aprann ki loto-la pa ti bien vizib ek ki pa ti ena triyang pou sinial so prezans. Letan pa ti tro bon ousi sa swar-la. Ti ena lapli. Finn deza ena aksidan dan sa plas-la plizir fwa. Mo pa ti pou kontan ki enn lot fami perdi so zanfan laba», argue Saraswatee. Selon ses dires toujours, la moto de son fils «inn kraz net divan». C’est par le biais d’un ami policier que les proches de Munish ont appris la terrible nouvelle. «Ziska ler, mo touzour pa krwar ki linn mor», sanglote cette maman désemparée.

 

La sexagénaire regrette également que son fils n’ait pu réaliser ses projets. Munish devait se marier l’année prochaine. Dans cette optique, il avait déjà commencé à faire des rénovations dans la maison. Ambitieux, il gérait aussi, en plus de son travail d’ingénieur en informatique, des plantations d’ananas à Grande-Retraite et Camp-de-Masque-Pavé. Quand il ne travaillait pas, il aimait s’occuper de ses poissons, de sa chienne Simba et de son chat Choco. Il pratiquait également les arts martiaux depuis qu’il avait 12 ans et était une ceinture noire de taekwondo. «Il était mon grand guerrier», lâche Saraswatee, le coeur en lambeaux.

 

Roland Babet, 65 ans, périt sous les roues d’un 4x4

 

Hensley Caroline, son neveu : «Ziska ler, personn pa kone kot li ti pe ale»

 

Roland Babet a connu une mort violente. Cet homme de 65 ans, habitant La Caverne, est mort sous les roues d’un 4x4 dans la soirée du jeudi 22 septembre, non loin de la Croisée Diolle, à Vacoas. Il était à bicyclette au moment du drame. Une caméra de vidéosurveillance d’un commerce de la région a filmé l’horreur. Les images montrent que le conducteur, un habitant de La Brasserie Road, âgé de 27 ans, allant en direction de La Marie, venait de doubler un autre véhicule garé sur la gauche lorsqu’il a fauché le cycliste qui venait en sens inverse.

 

Le jeune homme a été soumis à un alcotest qui s’est révélé négatif. Il a toutefois passé une nuit en détention. Il fait aussi l’objet d’une accusation provisoire d’homicide involontaire. Du côté de la  famille de la victime, en plus de leur gros chagrin, tous essaient toujours de comprendre ce qui s’est passé. «Ziska ler, personn pa kone kot li ti pe ale», explique Hensley Caroline, un neveu de Roland Babet. Les funérailles de ce dernier ont eu lieu ce samedi 24 septembre en la chapelle Notre-Dame-de-Banneux, à Beau-Champ. La veillée mortuaire avait eu lieu au domicile d’une nièce à Grande-Rivière-Sud-Est. «Mo tonton ti pe res tou sel. Linn deza marye me li ti fini divorse. Li ti pansioner. Avan, li ti travay mason», explique cet habitant de New-Grove.

 

Plusieurs collisions spectaculaires en une journée

 

Le jeudi 22 septembre a connu son lot d’accidents de la route ! Outre les drames routiers qui ont coûté la vie à Frederick Revat et Roland Babet, il y a eu d’autres accidents spectaculaires qui n’ont toutefois pas fait de décès. D’abord, deux camions bennes sont entrés en collision à Cluny au cours de cette journée. Si l’un des chauffeurs a pu regagner son domicile après l’accident, l’autre, qui a dû être extirpé de sa cabine par les pompiers, a été transporté au Jawaharlal Nehru Hospital, à Rose-Belle ; il était légèrement blessé. Dans la soirée de ce même jeudi, c’est à la hauteur du flyover de Dowlut, à Phoenix, que deux voitures sont entrées en violente collision. Les deux chauffeurs, l’un résidant à Rivière-des-Anguilles et l’autre à Rose-Belle, ont tous deux été emmenés à l’hôpital Victoria, à Candos, par le Samu. Les circonstances des deux accidents restent à déterminer. Une autre collision a aussi été signalée entre un camion et un autobus à Morcellement Saint-André ce même jour. Heureusement, pas de blessés à signaler.

 

Valérie Dorasawmy

 

Les chiffres indiquent une baisse

 

75. C’est le nombre de victimes sur nos routes depuis le début de l’année sur un total de 71 accidents fatals. En matière de sécurité routière, les chiffres indiquent pour l’instant une amélioration comparé aux années précédentes. Pour la même période en 2021, le pays avait recensé 78 accidents fatals et 81 morts. Pour toute l’année 2021, il y avait eu un total de 107 victimes de la route et en 2020, les accidents avaient fait 130 morts. Les récents drames routiers ayant causé des décès ne laissent pas insensible le ministre du Transport. Alan Ganoo a publiquement annoncé l’application d’un plan stratégique – qui a déjà fait ses preuves dans le passé – pour faire baisser le nombre d’accidents, lors d’une sortie à Ébène le vendredi 23 septembre.

 


 

Violente collision impliquant la voiture d’Adrien Duval

 

Le père de la conductrice de l’autre véhicule : «Je remercie Dieu de l’avoir épargnée»

 

Sa foi semble l’avoir sauvée. D’ailleurs, le père de la conductrice de la Suzuki Swift qui a été violemment heurtée par la Mercedes d’Adrien Duval il y a quelques jours, n’en finit pas de rendre grâce à Dieu. «Je remercie Dieu d’avoir épargné ma fille», martèle cet habitant de Phoenix. Sa fille, âgée de 56 ans, a été autorisée à rentrer chez elle après avoir passé deux nuits dans une clinique privée. «Li ankor touzour dan sok. Enn mari troma sa. Li ena boukou douler ek plizir ble ek sikatris lor so lekor. Li ousi ena bann blesir intern. Sa pou pran li boukou letan pou li bien», souligne notre interlocuteur.

 

L’accident, qui aurait pu coûter la vie à la quinquagénaire, s’est produit dans la soirée du mercredi 21 septembre. Elle a expliqué à la police qu’elle roulait sur l’autoroute en direction du Sud pour rentrer chez elle, dans la limite de la vitesse autorisée, lorsque, à hauteur d’Ébène, la Mercedes blanche d’Adrien Duval, immatriculée AD 2014, a percuté sa voiture de plein fouet. Le choc a été si violent que sa Suzuki a fait plusieurs tonneaux. Des volontaires ont dû intervenir pour l’extirper de sa Swift avant l’arrivée des secours. Elle a aussi été soumise par la police à un alcotest qui s’est révélé négatif.

 

La vidéo d’un témoin a d’ailleurs fait le buzz après l’accident. On y voit, entre autres, les voitures accidentées et Adrien Duval conversant avec un policier. Placé en état d’arrestation par la suite, l’ancien député du no 17 a refusé de se soumettre à un alcotest et a fait valoir son droit au silence. Son ami William Martin, qui se trouvait en sa compagnie au moment du drame, en a fait de même. Il a par contre accepté de se soumettre à un alcotest qui a révélé qu’il avait 64 mg d’alcool dans le sang.

 

Le fils du leader de l’opposition, qui a finalement passé les nuits de mercredi et jeudi en clinique après avoir signalé qu’il ne se sentait pas bien, fait l’objet d’une accusation provisoire de complot («conspiracy to pervert the course of justice»). Il a fini par déclarer à la police que c’était bien lui qui était au volant de la voiture au moment de l’accident. Il a dû fournir une caution de Rs 3 000 et signer une reconnaissance de dette de Rs 15 000 devant le tribunal de Rose-Hill le vendredi 23 septembre. William Martin fait également l’objet d’une accusation provisoire de «conspiracy to pervert the course of justice».

 

À sa sortie du tribunal, Adrien Duval a déclaré que sa détention dans la soirée de mercredi était «illégale». «Mo soulaze ki pa finn gagn bann blesir pli grav dan sa aksidan-la. Mo fini donn mo version la polis. Mo serin. Mo pasaze William Martin finn deteni san okenn sarz. O final, inn met sarz konplo kont nou ki fos. Enn konplo ki zame pa finn ena ek zame pou kapav explike. Li parey pou mwa ousi. Seki apre ki mo finn donn mo version ki la polis inn dir mwa ki pe aret mwa pou enn sarz konplo. Mo konsider sa detansion-la ilegal», affirme Adrien Duval.

 

L’ancien parlementaire a refusé de se prononcer sur son refus de se soumettre à un alcoltest après l’accident. Me Robin Ramburn a, quant à lui, précisé que la legal team d’Adrien Duval a déjà déposé une motion pour la radiation de la charge de complot qui pèse contre ce dernier. Cette motion sera débattue très bientôt. Réagissant sur cette affaire sur sa page Facebook, Xavier-Luc Duval condamne «la façon de faire du gouvernement qui, par tous les moyens possibles, essaie de politiser cette affaire», tout en laissant «la justice faire son cours».

 

Le leader de l’opposition est d’avis que «la vérité finira par éclater, comme toujours». Il ajoute également : «Bien que pas surpris, je suis déçu de l’attitude de certains officiers de police. Par contre, je tiens à féliciter les policiers qui ont fait leur travail avec intégrité, malgré leur hiérarchie. Mes proches et moi vous remercions de tout le soutien reçu. Nous faisons confiance à la justice.»