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Procès dans l’affaire Farida, 10 ans, tabassée à mort par son beau-père en 2020 - Noorah Jeewooth, sa demi-soeur : «Laissez-moi témoigner et me battre pour elle»

Farida a vécu un martyr entre les mains de son beau-père et de  sa mère.

Ils ont été jugés coupables devant la Cour d’assises, cette semaine. L’un pour l’assassinat de Farida, 10 ans, en mars 2020, et l’autre pour avoir dissimulé son cadavre. Deven Chiniah et Pallavi Khedoo, le beau-père et la mère de la victime, restent en détention en attendant que leur sentence soit prononcée. Encore bouleversée, Noorah Jeewooth, la demi-soeur de la fillette, espère de tout cœur que justice lui sera rendue. Elle souhaite pouvoir témoigner avant que la sentence soit prononcée. Elle se confie… 

Ces images la hantent encore. À l’époque, Noorah Jeewooth avait 20 ans lorsqu’elle s’est vu confier la lourde tâche d’aller identifier la dépouille de sa petite sœur, Farida, 10 ans, à la morgue. «Je l’ai reconnue uniquement grâce à ses pieds ; les seules parties de son corps, en sus de ses dents, qui n’avaient pas été calcinées», lâche-t-elle avec peine. «C’est terrible de se dire que ce sont les dernières images que je garderai de ma sœur jusqu’à ma mort. Nous avons dû organiser ses funérailles sans pouvoir voir son visage une dernière fois», confie la jeune femme, de l’émotion dans la voix. Cette semaine, Deven Chiniah, le beau-père de la fillette, et Pallavi Khedoo, la mère, ont tous les deux plaidé coupables, pour assassinat et pour avoir aidé à dissimuler le corps de Farida respectivement, devant la Cour d’assises. Procès auquel Noorah Jeewooth a assisté. 

 

La fin tragique de la petite Farida n’avait laissé personne insensible. Le 30 mars 2020, pendant le confinement, son corps sans vie, partiellement recouvert de fumier, avait été découvert par un planteur de pommes d’amour dans un champ à Mare-du-Puits. Les enquêteurs n’avaient pas mis longtemps à déterminer qu’il s’agissait bien de la fillette car sa disparition avait été signalée une heure plus tôt par sa mère au poste de police de Belle-Mare. Celle-ci avait indiqué, dans sa déposition, que Farida, issue d’une précédente union, était introuvable à son réveil et qu’elle la soupçonnait de s’être enfuie en passant par une fenêtre. Il ne s’agissait là que d’une ruse pour cacher l’abominable vérité.

 

Suite à un interrogatoire serré, le couple avait fini par cracher le morceau. Deven Chiniah et Pallavi Khedoo avaient déclaré qu’une dispute aurait éclaté la veille, à leur domicile, à Résidence Onyx. Pris de colère, Deven Chiniah se serait acharné sur la petite jusqu’à ce que mort s’ensuive. Durant son interrogatoire, il a déclaré aux enquêteurs avoir d’abord infligé des coups à la fillette avec une ceinture, avant de la frapper à la tête avec un morceau de bois parce qu’elle n’aurait pas voulu terminer son repas. Sa mère lui aurait ensuite donné un bain, avant de la mettre au lit. Bien plus tard, elle se serait rendu compte qu’elle gisait inerte et avait du vomi sortant du nez et de la bouche.

 

Devant le tribunal, ce lundi 12 septembre, Deven Chiniah a reconnu n’avoir pas conduit Farida à l’hôpital à cause des marques qu’elle avait sur le corps. Il voulait éviter que la police découvre que l’enfant était maltraitée. Pour échapper à la justice, sa compagne et lui auraient ainsi tenté de mettre le feu à son corps sans vie dans la maison, après l’avoir recouvert de vêtements. Mais vu que celui-ci ne brûlait pas, ils auraient ensuite tenté de couper le corps en deux pour le placer dans un sac, en vain. Ils l’auraient donc enterrée dans un champ de pommes d’amour à Mare-du-Puits.

 

Le mardi 13 septembre, c’était au tour de Pallavi Khedoo de comparaître devant la Cour d’assises. Elle a déclaré avoir imploré son concubin de conduire sa fille à l’hôpital ce soir-là : «Linn dir non, nounn bat li, nou pou gagn problem.» C’est en larmes qu’elle a déclaré, au banc des accusés : «Mo ti ena enn ti anz. Mo pann resi sap li. Monn touzour okip li, donn li seki li bizin.» Sa version des faits diffère, cependant, de celle de son compagnon. Selon la jeune femme, âgée de 27 ans au moment des faits, elle aurait entendu du bruit qui provenait de la chambre de sa fille après lui avoir donné le bain et l’aurait ensuite trouvée dans une position compromettante dans sa chambre à coucher, en présence de Deven Chiniah. Elle l’aurait alors frappée avec une ceinture, puis questionnée, et la petite lui aurait répondu que c’est son beau-père qui l’aurait incitée à le faire. Ce serait à ce moment-là que Deven Chiniah aurait tabassé la petite avec un morceau de bois, avance Pallavi Khedoo.

 

«So lekor ti ble»

 

Toutefois, présente à chacune des audiences, Noorah Jeewooth, la demi-sœur de la victime, dément entièrement les propos formulés par l’ex-compagne de son père. «Kouma enn zanfan kapav ena enn lespri koumsa devan enn zom sa laz-la ? En tant que parent, sa mère n’a pas su assumer ses responsabilités. Si cela s’est bel et bien produit ce soir-là, elle aurait dû écouter Farida, la protéger, au lieu de s’en prendre à elle.» Elle poursuit, en colère : «Elle a préféré protéger son compagnon au lieu de donner une chance à ma sœur de survivre.»

 

Selon Noorah Jeewooth, Pallavi Khedoo a failli en tant que mère bien avant le drame. «Les officiers de la CDU auraient dû intervenir devant le tribunal pour dire que Farida était un fillette maltraitée par sa mère depuis longtemps. Elle a eu une enfance vraiment difficile. Cela doit être pris en considération avant de déterminer la sentence de sa mère qui est tout aussi responsable de sa mort.» Deux mois avant la tragédie, dit-elle, «(ma) sœur a demandé à vivre avec notre père lorsqu’il est sorti de prison. Zanfan-la ti dir li pe pas mizer, vinn rod li. Kan mo papa inn al pran li, li ti blese dan so latet, li ti met kat pwin. Linn dir ki so mama ti atas li lor sez ek li ti ena bann mark lor so pwanie. So lekor ti ble partou».

 

Farida aurait vécu avec leur père pendant un mois, avant que ce dernier soit de nouveau arrêté, explique Noorah Jeewooth. Pallavi Khedoo aurait ensuite récupéré la garde de l’enfant. «Li pa ti anvi ale. Elle répétait, à l’époque, qu’elle aurait préféré être placée dans un couvent plutôt que de retourner vivre auprès de sa mère. Personne ne l’a écoutée et les autorités l’ont à nouveau confiée à sa mère. Mon père fait peut-être le va-et-vient en prison mais nous n’avons jamais manqué de quoique ce soit avec lui. Linn touzour donn nou tou seki nou bizin.» Éprouvant des regrets, la jeune femme lâche : «Si j’avais su que les choses se seraient passées ainsi, je me serais battue pour obtenir sa garde même si j’étais encore très jeune. C’est une partie de moi qui s’en est allée.»

 

Avant que le verdict ne soit prononcé, Noorah Jeewooth dit espérer «que le tribunal prendra en considération toutes les fois où Farida a été maltraitée avant de perdre la vie». Depuis son plus jeune âge, «la mère de Farida lui a fait vivre un martyr. Lorsqu’elle n’était qu’un bébé, elle lui a même déjà donné des médicaments pour qu’elle dorme afin de pouvoir sortir s’amuser», allègue la jeune femme. Elle déclare être également en possession de preuves pouvant confirmer ses dires et lance un appel à la magistrate pour que l’opportunité lui soit donnée de s’exprimer devant la cour. «J’ai promis à mon père que je me battrai jusqu’au bout pour Farida en son absence. Laissez-moi témoigner et me battre une dernière fois pour elle. Ceux qui lui ont ôté la vie doivent avoir la punition qu’ils méritent. Même si je ne la retrouverai pas, je veux avoir la chance de réclamer justice pour elle», implore-t-elle.

 

Si Noorah Jeewooth se bat, c’est aussi pour «que d’autres enfants ne subissent pas le même sort. Je ne souhaite à personne de traverser une telle épreuve. Mo ser ti enn bon zanfan, ti pe ekoute ; nou ti kontan habiy parey. Bien des fois, lorsque sa mère ne s’occupait pas d’elle, je l’accompagnais à ses excursions avec l’école pour qu’elle ne soit pas seule. Elle ne méritait pas de nous quitter dans des conditions aussi tragiques».

 

Le juge Luchmyparsad Aujayeb, qui préside le procès, a déclaré qu’il annoncera la sentence des accusés ultérieurement.