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Poudre-d’Or : une douceur de vivre «troublée»

Ce village, situé au nord-est de l’île, s’est tristement retrouvé dans l’actualité avec le naufrage du Sir Gaëtan, cette semaine, au large de ses côtes. Cette localité au nom très poétique est associée à une histoire ancienne de pirates, de trésor ou encore des amoureux Paul et Virginie. Des habitants nous font visiter leur havre de paix, tout en nous parlant du triste accident en mer qui est venu troubler leur train-train quotidien et leur quiétude...

Le chant de la mer résonne. Elle est omniprésente, apaisante. Et ses nuances de couleurs : un émerveillement pour les yeux. Dans l’eau, Movini, Saint-Louis ou encore Santa Maria – des pirogues – se balancent sur les flots, alors que les oiseaux, aux alentours, livrent un véritable concert sous une petite brise fraîche qui fait danser les feuilles sur les arbres. C’est pour tous ces petits plaisirs de la nature, dans un écrin où la douceur de vivre est palpable, que le Poudre d’Or Embarkation Point est un lieu de rencontres pour les habitants de ce petit coin tranquille du nord-est de l’île.

 

Toutefois, depuis quelques jours, l’atmosphère est différente. La présence de policiers, d’un véhicule de la Police Mobile Command Post, d’un cordon de sécurité délimitant l’espace et d’activités inhabituelles au large traduisent que quelque chose de grave est venu troubler la quiétude de ce petit village typique – renfermant une communauté de planteurs et de pêcheurs – qui, au XVIIIe siècle, était connu comme le chef-lieu du Nord.

 

Un terrible et triste drame s’est joué à quelques kilomètres des côtes de cette partie de l’île dans la soirée du lundi 31 août, quand le Sir Gaëtan, le remorqueur de la Mauritius Ports Authority (MPA), qui participait à l’opération de pompage d’huile après l’échouage du MV Wakashio, a heurté une barge et a coulé au large, coûtant la vie à plusieurs membres de son équipage. Depuis, tous les regards sont tournés vers cette localité nichée entre la mer et les champs de cannes dans le district de Rivière-du-Rempart et dont le décor et certains vestiges racontent de belles histoires sur le passé de Maurice.

 

Face à la mer, installée sur un banc, Gwenaëlle Brasse, 14 ans, et habitante de la région, est pensive. Scrutant l’horizon, elle est venue, comme à son habitude, se ressourcer dans cet endroit qui invite, dit-elle, à l’évasion. «Je viens ici pour me vider l'esprit», lâche-t-elle, en prenant une bouffée d’air frais et en ne manquant pas de montrer toute la fierté qu’elle a pour son village. «Il y a tout ici pour qu'un jeune s'épanouisse. Entre activités sportives et autres sorties comme venir à la mer», dit-elle avec conviction et de l’amour dans la voix. Mais sa visite du jour, en ce vendredi après-midi, après une journée à l’école, est teintée d’une certaine mélancolie : «Je pense forcément à ces familles qui souffrent d'avoir perdu un des leurs..»

 

Comme l’adolescente, ils sont nombreux, les gens de la région ou ceux d’un peu plus loin, à se succéder sur la jetée depuis le début de la semaine pour venir «offrir une prière» ou tout simplement «avoir une pensée» pour ces personnes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions et pour leur famille. Vipin, de Quatre-Sœurs, en fait partie. «Ça touche et affecte tout le pays», s’exclame le jeune homme, sentant parfaitement que ce qui s’est passé est venu troubler les habitudes et la tranquillité des habitants de la région.

 

Un peu plus loin, un groupe de sexagénaires est aussi venu sur les lieux pour exprimer sa solidarité. «Ici, il fait bon vivre, on vit tous an akorite», nous confie l’un d’eux, timide, mais qui en tant que natif de la région, dit avoir toujours vécu heureux en ce lieu qui, hélas, est associé à d’autres tristes histoires, comme celle du naufrage du Saint-Géran en 1744, au large du village, et qui a inspiré l’écrivain Bernardin de Saint-Pierre. Dans son roman éponyme, ce dernier raconte ce drame et l’histoire d’amour de Paul et Virginie dont un monument, près de la mer, fait la fierté de tous les habitants de par le rayonnement qu’a connu le récit de ce couple mythique.

 

Compassion

 

Il y a eu le Saint-Géran mais il y a aussi eu l’Angel 1 qui, le 8 août 2011, transportait une cargaison de 32 000 tonnes de riz lorsqu’il a sombré pas très loin, dans les mêmes profondeurs. Sur tous les visages, dans tous les regards, la même compassion. Accoudé à une pirogue, qui répond au doux nom One Love, Salomon, qui travaille, dit-il, dans la fibre de verre pour la construction des bateaux, se sent également concerné par ce qui s’est passé. «On vit de la mer et ces personnes sont mortes en mer. Comment ne pas être touché ?» lâche-t-il, tout en disant suivre de près la situation. «On espère vraiment qu'il n'y aura pas de fuite d'huile qui viendra souiller notre lagon. Il y va du gagne-pain de beaucoup de personnes ici.» Même préoccupation pour Vashish Indeenarain, 26 ans, qui vit tantôt de la maçonnerie, tantôt de la pêche, entre autres. «J'espère qu'il n'y aura pas une autre catastrophe écologique», dit-il, tout en ajoutant qu’il partage la peine et la douleur des familles affectées par le naufrage.

 

Dans les rues du village, aux abords des commerces, au cœur des zones résidentielles avec les jardins fleuris et au détour des petites roulottes et autres snacks posés çà et là, beaucoup de sourires et de gentillesse qui témoignent d’une chaleur humaine qui émane des habitants de cette localité. Au centre de toutes les discussions, le naufrage du Sir Gaëtan. Moogun Choychoo ou encore Roger Victor, rencontré chacun à quelques mètres autour d’un petit encas près de la mer, témoignent aussi de la sympathie aux familles endeuillées, tout en nous dirigeant vers un autre vestige du village : le Poudre d’Or Chest Hospital, spécialisé dans le traitement des troubles respiratoires. «C’est un hôpital qui traitait de toutes les maladies. Mais après, il y a eu l’hôpital du Nord et l’établissement a changé d’orientation», explique Amigai Moongalgalam qui, dans son petit tricycle, propose pate, roti et autres à ceux qui viennent se ravitailler avec elle.

 

D’autres voix viennent toutefois émailler son témoignage. «On aime bien notre village mais on doit préciser qu’il manque de développements dans la région. On a un beau bâtiment ancien mais autour, tout est à l’abandon», s’exclame une jeune femme qui a voulu garder l’anonymat sous le regard d’autres personnes. Non loin, un temple hindou, posé près de la mer, est un autre petit bijou du village, comme l’église catholique de Saint-Philomène qui date de plus de 170 ans, entre autres lieux de culte qui témoignent de la «grande spiritualité» qui rythme la vie des habitants.

 

Quelques mètres plus loin, nous rencontrons Louis Georgy, pêcheur, à proximité de la Rivière-des Citronniers – où, dans le livre Le quartier de Poudre d’Or, il est question que des esclaves fugitifs y avaient été arrêtés –, occupé à construire un casier. Son cœur, dit-il, saigne pour ces personnes qui ont perdu leur vie dans le naufrage. «Tous les pêcheurs savent que la mer est houleuse en cette période de l'année. On se demande pourquoi ils y étaient à cette heure?» Tout comme Louis Georgy, la communauté des pêcheurs qui, selon les dires, ont été les premiers à être sur les lieux du drame, vit au rythme de la triste actualité du naufrage du Sir Gaëtan...

 

Rencontré au débarcadère, Jules Vérieux, «pêcheur depuis son enfance» qui, en ce vendredi après-midi, rentre d’une partie de pêche, suit la situation de très près. «Bien évidemment, on ne souhaite pas que les huiles souillent nos lagons. Il faut veiller à ce que cela ne se produise pas. Pour le moment, heureusement, il n’en est rien», dit-il, sous le chant de la mer...

 


 

«Fines traces d'huiles de diesel» à Cap-Malheureux : des habitants «intrigués»

 

C’est le talk of the town et c’est surtout la préoccupation du moment. Alors que certaines informations au courant de la semaine écoulée attestaient que «des fines traces d'huiles de diesel» auraient été repérées dans le lagon à Cap-Malheureux, avec «une forte odeur dans l'air» – quelques jours après le naufrage du remorqueur Sir Gaëtan –, des habitants de la région concernée ont vite fait part de leurs inquiétudes. «Il y a des pêcheurs qui ont été en mer et qui n'ont rien constaté. D'ailleurs, les prises de poissons sont propres et ne contiennent rien d'anormal. Ce qui se passe nous intrigue car ce qui se dit en ce moment nous cause des préjudices. Les gens n’achètent pas de poissons craignant qu’ils soient souillés», nous confient Vijay et Ladha, qui travaillent à proximité de l’église de Cap-Malheureux.

 

Les autorités suivent de près la situation. Selon le ministère de l’Environnement, le Sir Gaëtan – qui a coulé à plus de 40 mètres de profondeur le lundi 31 août, après une collision avec une barge au large de Poudre-d’Or – transportait 25 tonnes de diesel pour son propre usage. Le National Oil Spill Contingency Plan a été activé après le naufrage du remorqueur. Sollicité pour une déclaration sur le sujet, une source policière qui travaille sur le dossier nous a fait savoir «que leurs hommes sont sur place. Ils font des recherches et même s'il y avait des odeurs, ils n'ont constaté aucune fuite d'huile».

 

Un communiqué émis par le ministère de l’Environnement indique que, d’après la Mauritius Ports Authority, les opérations de pompage de diesel commenceront dès que les conditions en mer le permettront.

 

Christophe Karghoo

 


 

Retour sur une semaine difficile...

 

◗ Lundi 31 août, dans la soirée. Le remorqueur de la Mauritius Ports Authority (MPA), le Sir Gaëtan, sombre au large de Pointe-des-Lascars, du côté de Poudre-d’Or. Une brêche se serait formée dans sa coque après une collision avec L’Ami Constant, une barge qu'il remorquait et qui participait aux opérations suivant le naufrage du Wakashio. Les opérations de sauvetage se mettent en place. Le remorqueur transportait 25 tonnes d’huile.

 

◗ Mardi 1er septembre. Deux corps sont repêchés et un troisième plus tard dans la journée. À l’heure où nous mettions sous presse, le capitaine du remorqueur, Mosawdeck Bheenick, était toujours porté disparu. Quatre personnes ont survécu à ce terrible accident.

 

◗ L’activiste Bruneau Laurette porte plainte, en présence de son avocat, contre le Port Master et le directeur du Shipping de la MPA pour homicide involontaire.

 

◗ L’agent maritime Alain Malherbe réclame, pour sa part, la publication des certificats de navigabilité et se demande, comme plusieurs, pourquoi le remorqueur est parti récupérer cette barge alors que la mer était démontée. Avec une météo qui parle de vagues de 5 à 6 mètres.

 

◗ Le Premier ministre, sur place, se veut rassurant : pas de fuite d’huile possible. Dans la foulée, il va aussi à l’hôpital pour s’entretenir avec les rescapés. Les membres de l’opposition sont également sur place.

 

◗ Ramalingum Maistry, Chairman de la MPA, annonce qu’il y aura une compensation de six ans de salaire aux familles des victimes.

 

◗ Mercredi 2 septembre. Le neveu du capitaine porte plainte contre le Chairman de la MPA, le directeur général, Shekur Suntah, le Port Master, le capitaine Barbeau et son assistant, le capitaine Newoor, les accusant de «négligence criminelle».

 

◗L’organisation Greenpeace évoque la possibilité d’une deuxième marée noire et demande de la transparence dans la gestion de cette crise.

 

◗ Jeudi 3 septembre. Des traces d’huiles sont repérées dans les environs de Cap-Malheureux et il y a une forte odeur. Le directeur de l’Environnement indique que c’est du diesel qui va s’évaporer très vite. Le même jour, une balise de détresse, provenant probablement du remorqueur, est découverte.

 

◗ Vendredi 4 septembre. Lors d’une conférence de presse, les membres de la Maritime Transport and Port Employees Union demandent des explications aux autorités, soulignant que ce drame aurait pu être évité.

 

◗ Le Port Master Gervais Barbeau et le Deputy Port Master Kavidev Newoor font une demande de congé au conseil d’administration de la MPA, le temps que les enquêtes soient bouclées.

 

◗ Le Cabinet des ministres annonce une Court of Investigation pour faire la lumière sur cette affaire.

 

Stephane Chinnapen

 


 

Bruneau Laurette : «C’est un cas d’homicide»

 

Sa météo du jour : le vent doit tourner. Et les rafales doivent s’abattre sur ceux qui sont responsables de la perte de vies humaines après l’échouage du remorqueur Sir Gaëtan. Bruneau Laurette ne lâche pas son combat. Et il s’est mobilisé en faisant une nouvelle fois appel à la justice, cette semaine. Il a porté plainte contre des responsables de la Mauritius Ports Authority et le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo, pour homicide involontaire : «Je l’ai fait parce qu’il y a eu mort d’hommes. Pour moi, c’est un cas d’homicide. Mon combat est de situer les responsabilités. Et ce qui s’est passé avec le Sir Gaëtan démontre bien qu’il y a un dysfonctionnement institutionnel. Comme dans le naufrage du Wakashio. Cela vient donner encore plus de légitimité à ma bataille.»

 

Le prochain rendez-vous est prévu pour le jeudi 10 septembre, en cour : «On verra si ça passe ou pas. Sinon, il y a un plan B, un plan C… et même jusqu’à un plan Z.» Pour l’activiste, initiateur de la marche du 29 août, il faudrait plus qu’une Commission of Enquiry pour situer les responsabilités. Plusieurs zones d’ombre entourent cette affaire : l’urgence de l’opération (pour qu’elle ait lieu de nuit et par une météo défavorable) et l’état du remorqueur, entre autres. Néanmoins, il estime que la décision du Port Master et de son adjoint de se retirer le temps de l’enquête est déjà un pas dans la bonne direction. Mais il faut aller plus loin ; les autorités se doivent de faire preuve de transparence, estime-t-il.

 

Surtout que, selon ses informations, ce ne serait pas vraiment la barge qui aurait causé la catastrophe : «Le Sir Gaëtan aurait déjà commencé à prendre l’eau. La barge ne serait pas fautive. J’ai des informations mais je ne peux pas en dire plus car rien n’est confirmé. Mais je ne m’arrête pas là. Je vais voir le fond des choses. Je ne vais rien lâcher.» Bruneau Laurette est sur tous les fronts : cette semaine, il a déposé des documents ayant trait au naufrage du Wakashio au bureau du Directeur des poursuites publiques, a porté plainte contre des membres du gouvernement pour Breach of Flag Act et se mobilise pour la manifestation du collectif Konversasion Solider, prévue pour le samedi 12 septembre à Mahébourg.

 

Yvonne Stephen-Lavictoire

 


 

Réactions autour d'un drame

 

Prithvirajsing Roopun, président de la République

 

«Je suis très attristé par ce terrible drame. Je me suis personnellement déplacé pour présenter mes condoléances aux familles endeuillées.»

 

Ameenah Gurib-Fakim, ex-présidente de la République

 

«Je n’ai pas de mot pour décrire ma peine. Il y a quatre familles dévastées. Ces personnes ont connu une mort atroce parce qu’il y a eu une mauvaise prise de décision.»

 

Arvin Boolell, leader de l’opposition

 

«Je réclame une enquête pénale pour savoir qui a fauté et pour que la vérité éclate. On doit savoir qui a donné les instructions ce jour-là. Le port tombe sous la responsabilité du Premier ministre.»

 

Rajesh Bhagwan, député du MMM

 

«Je dénonce l’attitude de la direction de la MPA dans la gestion de ce drame. Nou pa pe fer politik partisane me MPA pou bizin rann kont. Ena osi lanket ki bizin fer pou kone ki sanla inn donn instriksion.»

 

Guito Lepoigneur, député du PMSD

 

«Dan sa zafer la bizin kone ki sanla fotif. Il y a eu des pertes de vie humaine. C’est malheureux pour les familles. Personne ne peut répondre pour expliquer ce qui s’est passé. J’espère que lumière serait faite.»

 

Rama Valayden adresse une lettre au CP

 

Il demande au commissaire de police Khemraj Servansing de conserver toutes les pièces à conviction se trouvant sur le Sir Gaëtan pour éviter un cover-up ou une enquête bâclée. L’avocat Rama Valayden lui a adressé une lettre le vendredi 4 août avec une série de recommandations qui pourrait être très utiles à l’enquête policière. Il invite ainsi la police à recueillir le relevé des appels le soir fatidique pour savoir qui a donné les instructions à l’équipage du Sir Gaëtan. Il demande aussi à la police de saisir le tug wire ainsi que les cordes pour les besoins de l’enquête.

 

Jean Marie Gangaram