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«Non» aux accords de pêche : au nom des baleines, des dauphins, des thons

Une mer d’êtres humains pour faire passer un message aux dirigeants.

La génération Facebook sait aussi s'investir dans des causes. Après une mobilisation en ligne, le rendez-vous avait été pris au Jardin de la Compagnie. Et les jeunes étaient bien là.

Les longues tiges des pie lafous s'offrent à la légère brise. Ondulent avec lenteur, oublieuses de ce qui se passe, encore une fois, dans le coin de verdure de la capitale. Loin des cimes des arbres hauts qui semblent comploter avec le ciel d'un bleu froid, des voix s'élèvent au cœur du Jardin de la Compagnie. On parle de protection de l'environnement, d'accords de pêche qui finiront par «vid nou losean», d'amour pour notre île, de désastre écologique, de dirigeants qui vivotent dans leur tour d'ivoire, d'une île et de sa mer qu'on brade, des baleines, des dauphins, d'un écosystème en danger.

 

Partout, des pancartes aux messages forts. Partout, des gens qui applaudissent et qui reprennent des slogans : «Aret vann nou lamer/Aret vann nou pei/ Aret vann nou laplaz.» Des gens qui réclament un développement plus vert, plus bleu. Parmi eux, des jeunes qui ont décidé de participer à l'événement du collectif Lavwa Losean Indien qui, ce jeudi 13 septembre, a organisé un sit-in pour dire «non».

 

«Non» à l'accord de pêche avec le Japon, non aux accords de pêche qui pillent la zone économique exclusive de l'île (entre autres points abordés : voir hors-texte). Une lettre dans ce sens a été déposée au bureau du ministre de la Pêche, Prem Koonjoo. Et la mise sur pied d'une National Marine and Coastline Audit Commission pour revoir tous les accords – que ce soit avec l'Asie ou l'Union européenne – et redonner la parole aux Mauriciens, est réclamée. Le déclencheur de cette vague de protestation ? Le ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il a évoqué, le mardi 21 août, un accord de pêche entre Maurice et le Japon alors qu'il rencontrait Masahisa Sato, son homologue japonais. Les intervenants l'ont fait ressortir au Jardin de la Compagnie : les Japonais sont connus pour la pêche à la baleine et leur «pêche excessive», comme l'a précisé Stefan Gua, membre de Rezistans ek Alternativ. 

 

«Un amoureux»

 

Paul-Adrien Nobin arbore fièrement un panneau où est inscrit, sur fond rouge, Save The Whales. Il a fait la route depuis Mahébourg afin de participer à ce mouvement, porté par une vague d'amour pour son pays. Pour cette nature dont il apprécie chaque feuille : «Je suis un amoureux de la nature, c'est pour ça que je suis là.» Pour cette île qui lui donne des embruns de beauté depuis toujours. À 21 ans, il veut participer. Il veut s'exprimer. À 21 ans, il veut s'engager : «Je suis là pour la protection de l'environnement. Et celle des baleines, des dauphins, des poissons, de l'océan», confie l'étudiant en gestion et management à la MCCI. On ne pourrait pas dire les choses plus simplement, bien sûr. Mais en ces mots, le besoin d'agir est impérieux. C'est le cri d'une génération qui a compris que l'hyper industrialisation et le développement à outrance ne sont pas des valeurs qui font grandir. Dans le langage de ces jeunes, on parle d'écoresponsabilité, de développement durable et raisonné.

 

Un langage qui rassemble au Jardin de la Compagnie, ce jeudi-là. Pas de tablette, pas de portable. Mobile data off. Catherine Remilla vit l'instant présent et écoute les orateurs, s'abreuve d'informations qui tombent en cascade, s'indigne silencieusement. Mais sa présence n'a pas besoin de faire de bruit pour créer un impact. Elle a 20 ans, vit à Vacoas et est étudiante en droit à l'université de Maurice. Pour elle, il n'y avait pas de doute : ce jour-là, elle devait se trouver là, à cet endroit et nulle part ailleurs. Parce qu'elle se sent concernée, dit-elle, par cet accord : «Ce n'est pas logique que nous n'ayons aucune information. C'est quelque chose qui nous concerne, nous, les Mauriciens.» À 20 ans, on rêve de démocratie participative, de référendum, de pouvoir au peuple et de pouvoir influer sur ces décisions qui semblent être contre nature : «Il est temps que nous prenions conscience qu'il faut agir pour notre pays.»

 

Kalai Renghen a quitté son bureau pour faire entendre un message. «On ne doit pas se laisser faire !», lance cette aspirante notaire de 26 ans. Pour elle, l'accaparement des ressources par des étrangers est une pratique révolue, une façon de faire qui n'a pas besoin d'être : «On peut avancer autrement.» Des discours des intervenants, elle a retenu que les thons, par exemple, pêchés dans la zone océanique de Maurice, n'arrivent que très rarement dans l'assiette des Mauriciens ; ils sont destinés à l'exportation. Alors, il faut bouger, se mobiliser, sortir de sa zone de confort, avoir des idéaux et les défendre. Ne pas laisser les causes à défendre aux autres. Ne pas attendre que quelqu'un d'autre bouge : «Je suis heureuse de voir que les gens sont venus. Qu'ils commencent à bouger.» Il n'est plus temps, estime-t-elle, d'attendre patiemment que le vent tourne (dans la bonne direction), de s'offrir à la brise légère en ne faisant rien. C'est le temps de l'action.

 

Lavwa Losean Indien : un collectif, des causes-sœurs

 

Ils partagent le même souhait : que les ressources naturelles de notre île soient protégées. Alors, des associations/mouvements/collectifs se sont réunis au sein d'une nouvelle plateforme qui est à l'origine du sit-in du jeudi 13 septembre et qui se nomme Lavwa Losean Indien. Au sein de ce nouveau groupe : des militants écologistes, des pêcheurs, des skippers, des citoyens concernés mais aussi des associations comme Aret Kokin Nou Laplaz et la Sea Users Association (qui s'exprime contre les projets d'aquaculture). Rezistans ek Alternativ est aussi partie prenante de ce mouvement. Lors de la rencontre au Jardin de la Compagnie, la présence d'Alan Ganoo et de Jean-Claude-Barbier du MP n'est pas passée inaperçue.

 

Ils ont dit…

 

Plusieurs intervenants ont pris la parole lors de ce sit-in. Ils ont rappelé l'importance de préserver nos ressources naturelles…

 

Stefan Gua a dit l’importance de la mise sur pied d’une Marine & Coastal Line Audit Commission : «En attendant, il faut freeze les prochains accords de pêche et ceux qui ont déjà été octroyés, et donner la possibilité aux Mauriciens de s'exprimer sur la question.»

 

Frédérique Perpetu, une des initiatrices du collectif Lavwa Losean Indien, a expliqué son engagement en tant que «citoyenne mauricienne qui doit pouvoir avoir son mot à dire». Et a rappelé que ce n'est pas seulement un accord avec le Japon qui pose problème : «Qu'en est-il de ces accords déjà signés dont on ne sait rien ? Nous avons besoin de transparence, de savoir ce qui se passe. Les gens réalisent-ils que si les requins disparaissent, l'océan sera chamboulé. C'est tout un écosystème à préserver.» Elle a rappelé que le lagon est «déjà sous pression, mal géré». Alors, elle se demande comment les autorités s'organisent pour faire respecter la législation dans notre vaste zone économique exclusive : «Quand il n'y aura plus de poissons, de baleines, de dauphins, qui seront les premiers à souffrir ? Nous ! Combien de personnes gagnent leur vie grâce à la mer ?»

 

Judex Ramphul, du syndicat des pêcheurs, a rappelé que les ressources marines s'épuisent à vue d'œil à cause des gros bateaux européens ou encore taïwanais qui font de la pêche comme bon leur semble : «La situation est critique.» Il a précisé que, déjà, des espèces ne sont pas disponibles sur le marché mauricien mais attendent dans les chambres froides pour l'exportation. «À un prix dérisoire», a précisé Stefan Gua.