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Raj Callychurn : SAJ Story

Raj Callychurn croit en une industrie cinématographique mauricienne.

Son nom est définitivement associé à l’histoire politique de notre île… Lui, c’est sir Anerood Jugnauth, dont les débuts font actuellement l’objet d’un film en préparation… Incursion dans les coulisses d’une production locale.
 

Coup de projecteur sur un jeune producteur. Nom : Callychurn. Prénom : Raj. Qualités : détermination et obstination. Passion : le cinéma. Actualité : sa compagnie, Sunshine Pictures LTD, vient de présenter le film A Man Who Believed In Himself qui retrace la vie de sir Anerood Jugnauth, figure emblématique de la scène politique locale.

 

C’est dans son bureau à Plaine-Magnien qu’il nous accueille. Poignée de main franche et sourire avenant, il nous invite tout de suite à remonter le temps. Nous sommes en 1930. Le décor : l’île Maurice d’antan, avec ses petits villages, ses coutumes locales et ses traditions bien ancrées. «Nous tournons actuellement un film qui retrace la vie de sir Anerood Jugnauth», lance-t-il, tout en précisant que les scripts se bousculaient mais qu’il a eu un véritable coup de cœur en parcourant cette histoire qui l’a touché : «Le long-métrage est réalisé par Sada Rajiah et produit par Sunshine Pictures LTD. Le film n’a rien à voir avec la politique. Il raconte tout simplement le parcours d’un jeune homme qui s’est battu dans la vie. C’est ma première expérience à la réalisation. En voyant le script, j’ai tout de suite dit oui. J’ai été séduit par le projet.»

 

Avant d’aller plus loin, une première question s’impose : qui est Raj Callychurn ? Difficile de parler de soi, de se décrire… Mais pour notre interlocuteur, le mot qu’il utiliserait pour se décrire serait «fonceur» : «J’ai 37 ans et j’évolue dans le monde des affaires. J’ai notamment une compagnie de recrutement et je suis aussi dans la restauration, entre autres. J’ai grandi à Médine-Camp-de-Masque. J’ai étudié en Angleterre où j’ai fait un BA en management et je suis retourné à Maurice en 2010. J’ai commencé tout au bas de l’échelle et petit à petit, j’ai élargi mes horizons. Je suis également très engagé dans le social, particulièrement dans la région de Plaine-Magnien. J’ai œuvré pour les jeunes, entre autres. Je sais ce que cela veut dire de ne pas être un privilégié. Mon père était laboureur et ça n’a pas toujours été facile. Comme j’ai pu évoluer dans la vie, je me suis dit : pourquoi ne pas tendre une main à ceux qui sont dans le besoin ?»

 

Il se décrit comme un homme «rempli», qui s’est cherché, puis s’est découvert. C’est à force d’évoluer dans plusieurs environnements, ses affaires obligent, qu’il s’est retrouvé à s’intéresser au monde du cinéma : «Auparavant, grâce à mon service de catering, j’ai travaillé sur plusieurs tournages et j’ai pu voir qu’il y a, dans notre île, beaucoup de jeunes qui sont intéressés à se frayer un chemin dans ce milieu. Je me suis dit : pourquoi pas ? Il y a un début à tout. Je me suis alors lancé. L’objectif, c’est vraiment de démontrer que Maurice a les moyens et les capacités de percer dans le domaine cinématographique. Nous croyons vraiment en ce domaine qui pourrait booster notre économie, particulièrement celle liée au secteur du tourisme.»

 

Au four et au moulin, toute l’équipe met les bouchées doubles pour que le long-métrage se retrouve vite dans les salles de cinéma : «Le film sera projeté à Maurice, normalement au mois d’avril, mais il y a aussi une possibilité que cela se fasse au mois de mars. Le film aura également un rayonnement international.»

 

«Des portes se sont refermées»

 

Plus l’échéance approche, plus le rythme devient haletant, souligne-t-il : «Le tournage bat actuellement son plein et si tout se passe bien, on devrait pouvoir boucler dans trois semaines. Le film se tourne à Plaine-des-Roches où nous avons créé un village dans un décor de 1930. Et nous avons ‘‘casté’’ près de 200 personnes pour camper les différents personnages. L’équipe se compose de 50 à 80 personnes, dépendant des jours de tournage. La vie de SAJ est déclinée en quatre étapes : on parle de sa naissance, son enfance, l’adolescence et l’âge adulte.»

 

Sa principale motivation reste que cette œuvre soit une inspiration pour la jeunesse mauricienne : «Pour moi, ce film, qui est en créole, pourra servir de catalyseur pour beaucoup de jeunes. La réussite de SAJ et son parcours peuvent servir d’espoir pour de nombreux jeunes. Il n’était pas riche mais a pu se construire une vie.»

 

Si les choses sont sur les rails, Raj Callychurn reconnaît toutefois qu’il y a eu des obstacles à franchir : «Le début a été très difficile. Des portes se sont refermées sur mon passage car certaines personnes dans le milieu ne croient pas en nous. Sunshine Pictures Ltd a décidé de relever le pari et de donner leur chance à beaucoup de débutants qui croient en eux. Nous avons un énorme soutien de la Mauritius Film Development Corporation. Ce qui nous encourage à nous donner encore plus pour l’aboutissement de ce projet. On a investi dans des équipements, notamment dans des caméras dernier cri. Parce que nous croyons vraiment en l’émergence de ce secteur. Si des étrangers peuvent venir dans notre île pour tourner des films, pourquoi les Mauriciens ne peuvent-ils pas le faire aussi ? Nous avons la chance de vivre dans un magnifique pays, avec des paysages de rêve… Alors, nous voulons voir jusqu’où ce projet peut nous mener. On a pris des risques et on est très déterminés.»

 

S’il souligne avoir encore tout plein de projets en tête pour l’avenir, sa priorité, pour le moment, reste la sortie du film sur SAJ : «On nous jugera dessus…» Porté par les encouragements, il se dit honoré des mots qu’a eus sir Anerood Jugnauth le 21 janvier, lors de la présentation du projet. Le discours de SAJ résonne encore en lui. «Se enn fim lor mwa me sirtou lor mo lanfans. Dan sa fim-la, zot pou sey dekripte dan ki landrwa monn ne, akot monn grandi, dan ki latmosfer monn viv, ki kalite lakaz ti ena, ki bann fasilite ki ti existe. Mo bizin dir seki existe azordi pa ti existe avan. Malgre tou difikilte zot inn gagne, mo pe trouve ki zot pe avanse pou ki li pare. Tou seki mo kapav dir, mo swet zot bon kouraz, bonn sans, bonn reisit ek mo espere ki kan mo pou get fim-la, mo pou fier mo lanfans, traze ki mo finn fer, kouma monn fer li ek akot finn arive apre», a déclaré sir Anerood Jugnauth lors de son allocution. 

 

Lui, et tous ceux qui étaient présents ce jour-là, ont hâte de découvrir cette histoire qui a commencé en 1930…