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Lutchmee Nobaub : Clinear Research Ltd, la belle histoire d’une start-up

«En gérant mon entreprise parallèlement à mon rôle de mère, j’apprends à mes filles qu’il est possible de s’accomplir sans rien sacrifier», confie Lutchmee Nobaub.

«Toute jeune, j’ai perdu ma voisine de 8 ans, ma copine de jeu, d’une leucémie fulgurante. Je découvrais alors la maladie, la souffrance et la mort. Aujourd’hui, je participe à l’aventure de la recherche médicale.» Dixit Lutchmee Nobaub qui nous invite à découvrir son univers...

Qui suis-je ? «Fille d’un policier altruiste et d’une agente d’assurance autodidacte, l’éducation et la culture étaient un enjeu principal dans notre famille. Après avoir fréquenté l’école primaire Notre-Dame-des-Victoires et le couvent de Lorette de Rose-Hill, j’ai pu convaincre mes parents d’investir dans mes études universitaires à la prestigieuse université Paris Denis Diderot et accomplir mon rêve de toujours : participer aux progrès de la médecine. Pari tenu, j’ai rejoint l’industrie de la recherche médicale en 2008 et travaillé sur de nombreuses études en Europe pour de grands laboratoires pharmaceutiques, dont Pfizer, Roche, Novartis...»

 

Il était une fois... Clinear Research Ltd : «En 2015, profitant de mon congé de maternité, je décide d’apporter mon expertise à mon pays natal. Je rentre donc à Maurice pour fonder Clinear Research Ltd. Il s’agit d’une start-up mauricienne spécialisée dans la recherche clinique couvrant divers domaines thérapeutiques. Nous fournissons des services pour aider les grands laboratoires pharmaceutiques et fabricants de dispositifs médicaux à transformer les découvertes scientifiques en nouveaux traitements.
Des essais cliniques aux services de réglementation et de conseil, nos compétences thérapeutiques, techniques et réglementaires sont sous-tendues par la conviction d’apporter à nos compatriotes un accès inespéré à des traitements innovants et gratuits. Avec son siège social à Maurice, Clinear Research couvre aussi bien notre île que La Réunion et l’Europe occidentale.»

 

Un douloureux souvenir : «Toute jeune, j’ai perdu ma voisine de 8 ans, ma copine de jeu, d’une leucémie fulgurante. Je découvrais alors la maladie, la souffrance et la mort. Je rêvais alors de marcher dans les traces de Marie Curie et de participer au combat de la science contre la maladie. Aujourd’hui, je participe à l’aventure de la recherche médicale, moteur des améliorations de la santé, du bien-être global et de l’augmentation de l’espérance de vie.»

 

Une belle aventure : «Tout au long de ces cinq dernières années, Clinear Research a acquis une grande expérience dans de nombreux domaines thérapeutiques, dont le diabète, le lupus, l’oncologie, l’obstétrique et les maladies rares, et a travaillé sur 25 études à Maurice, à La Réunion et en Europe occidentale, auxquelles plus de 200 patients ont participé. Nos valeurs : Patients, Personnels, Procédures. Nous nous impliquons personnellement dans la réalisation de notre travail, avec exigence, efficacité et empathie, et un souci constant de l’intérêt du patient. L’une de nos principales motivations est de contribuer aux progrès d’une médecine personnalisée. Imaginez un monde où la thérapie est adaptée aux différents types de personnes, en fonction de leurs caractéristiques génétiques ! En ouvrant des pays comme Maurice et La Réunion à la recherche médicale de pointe, nous avons élargi le champ des études internationales à des populations qui enrichissent de leur diversité génétique les résultats ainsi collectés. Nous pouvons espérer des améliorations majeures de qualité, en prescrivant le bon médicament, à la bonne dose, à la bonne personne. Pour atteindre cet objectif, nous avons investi dans des professionnels locaux hautement qualifiés. Avec notre équipe humaniste et complémentaire, composée de biologistes et de médecins, nous offrons transparence, accessibilité, flexibilité, réactivité et expertise. Par exemple : dans le cadre de notre récente étude sur la pré-éclampsie, maladie touchant les femmes enceintes, nous avons mis en place des ateliers de préparation à la grossesse et des séances d’information et de dépistage gratuites pour des futures mamans mauriciennes. Globalement, à travers toutes ces études, nous avons eu la satisfaction de pouvoir apporter des traitements novateurs, à la base très coûteux, gratuitement, à des patients mauriciens qui n’auraient eu aucune chance d’y avoir accès autrement. Les impacts sur leur santé ont été très encourageants.»

 

La crise sanitaire et la recherche dans le domaine de la santé : «Tout le monde a été pris de court. Durant le confinement, le recrutement et le suivi des patients ont été extrêmement difficiles. Certaines études locales ont dû être ajournées, les déplacements professionnels internationaux empêchés, des contrats, notamment avec La Réunion, annulés. Des adaptations ont été nécessaires. Il était devenu, par exemple, quasi impossible d’accéder aux patients à l’hôpital ou en clinique, devenus particulièrement risqués. Nos médecins ont eu recours à des consultations par vidéo interposée, tandis que nos moniteurs opéraient à distance. Ceci dit, de par le côté international de notre métier, nous étions déjà rodés aux interactions en “remote”. Aussi, une part importante de la recherche mondiale hors Covid a été gelée durant cette période. Nous en avons profité pour monter en compétences, développer nos procédures et collaborer avec des chercheurs européens. Cette période a été certes difficile, mais aussi passionnante et fertile, tant en diversification de nos compétences qu’en élaboration de nouveaux partenariats.»

 

Mon actualité : «Je suis à Paris pour rencontrer mes clients, renforcer nos réseaux, négocier de nouveaux contrats et participer à plusieurs congrès. Ainsi, le 16 novembre, je serai présente à la rencontre AFCROs & DM, le rendez-vous des fabricants, des institutionnels, des sous-traitants et des CROs, pour suivre l’actualité de l’évaluation clinique pour les dispositifs médicaux. Début décembre, j’irai à Lagos, où je suis invitée comme oratrice au sommet Impact Africa, avec le thème Building Sustainable Capacity for Clinical Research through Partnerships in Africa. En effet, notre objectif ultime et le plus ambitieux est d’exporter ce modèle d’implantation mauricien afin de développer la recherche clinique panafricaine. De plus, depuis la décrue de la pandémie, la recherche médicale est en pleine effervescence et les projets affluent de plus belle. J’ai donc profité de mon séjour parisien pour ouvrir Clinear Research France qui gérera spécifiquement la partie ouest-européenne de notre activité.»

 

Mon équilibre : «J’ai de la chance d’avoir un socle familial solide qui me soutient dans les moments épineux. J’ai, depuis mes études, réussi à combiner les deux : il m’est même arrivé d’allaiter ma fille aînée entre deux cours à l’université ! Mon époux est mon meilleur soutien psychologique et contribue fortement à l’équilibre familial. Mes parents et ma belle-mère m’ont également toujours été d’un grand soutien. Ils sont des grands-parents exceptionnels pour mes filles et leur ont inculqué des valeurs et une richesse culturelle. La maternité s’est avérée être un moteur plutôt qu’un frein. En gérant mon entreprise parallèlement à mon rôle de mère, j’apprends à mes filles qu’il est possible de s’accomplir dans les deux, sans rien sacrifier. Aujourd’hui, ma fille de 18 ans s’engage à son tour dans des études de médecine. J’espère avoir été une inspiration pour elle, comme elle l’a été pour moi. Enfin, mes amis et collègues ont été mes coachs, tant dans le cadre personnel que professionnel. Faire évoluer les pratiques et les mentalités pour aider les femmes à mener de front carrière et vie personnelle est un travail de longue haleine, où politiques publiques, entreprises et individus ont leur rôle à jouer.»

 

Women in Africa (WIA)... «Être finaliste de WIA est une reconnaissance bienvenue pour le travail déjà accompli dans l’océan Indien par mon équipe mauricienne et moi-même. Je le prends comme un formidable tremplin, susceptible de braquer les projecteurs internationaux sur notre aventure et sur le développement de la recherche médicale sur notre île. C’est, bien sûr, également un encouragement, à travers toutes ces finalistes mauriciennes, pour toutes les femmes, d’Afrique et d’ailleurs, qui rêvent d’apporter au monde leur talent, leur enthousiasme, leurs idées et leur volonté de participer au progrès global.»

 

Le dernier Budget qui parle des mesures pour encourager l’industrie pharmaceutique et le développement d’essais cliniques et précliniques... «Il faut savoir que la recherche clinique favorise les investissements en santé et peut être source d’emplois très qualifiés. Elle permet évidemment aux malades de bénéficier de traitements innovants. Confrontées à une connaissance en constante évolution, les équipes médicales ont aussi l’occasion d’approfondir leurs compétences, contribuant ainsi à l’excellence scientifique des secteurs de santé, aussi bien publics que privés.C’est donc un excellent signal lancé aux entreprises mauriciennes du secteur, qui se voient encouragées dans leur élan pionnier. Maurice peut devenir, si on s’en donne les moyens, un nouveau petit dragon local, une plateforme ouverte sur le continent africain. Pour cela, il est impératif d’ouvrir des collaborations public/privé, à l’instar des CHU français, qui combinent soins, enseignement et recherche. Cela passera aussi inéluctablement par le développement de formations médicales et pharmaceutiques de haut niveau. Je crois que les ressources intellectuelles sont l’or noir de demain. À nous de prospecter intelligemment ces gisements !»