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Ellizenda Vurdapanaicken : Moi, coupeuse de cannes et fière de l’être

Pour son entourage, c’est une force de la nature.

Son métier, elle l’a dans la peau. Et voilà 34 ans que, faucille en main, elle contribue au succès de la propriété sucrière où elle travaille. Cette habitante de Mahébourg, qui fait partie des dernières femmes à exercer la profession de coupeuses de cannes, nous parle du métier qui lui a permis de se construire…

En digne maîtresse de maison, elle nous accueille sur le palier de sa porte. Elle nous invite à entrer et à nous installer, tout en faisant tout son possible pour nous mettre à l’aise. C’est chez elle, à Cité-La-Chaux, Mahébourg, qu’Ellizenda Vurdapanaicken nous reçoit. Le sourire aux lèvres, joliment apprêtée, les cheveux tirés en arrière, la maman de quatre enfants affiche la forme.

 

Bien dans sa tête, dans sa peau et dans son corps, elle semble respirer la vie.  Une première question s’impose : qu’est-ce qui est à l’origine de cette joie de vivre ? «C’est mon travail», lâche-t-elle tout de go. Car à 63 ans et au bout de 34 ans d'années de service, Ellizenda est parmi les dernières femmes coupeuses de cannes qui continuent à donner de leur sueur pour l'industrie de la canne à sucre – secteur qui faisait vivre l'île il y a bien des années et qui, au fil du temps, s'est réinventé pour assurer sa pérennité. C’est avec beaucoup de tendresse que la sexagénaire, qui travaille sur la propriété de Ferney, se met à nous parler de son métier : «Mon père avait 17 enfants et j’étais la seule à travailler comme laboureur.»

 

La terre, elle connaît. Elle la connaît même très bien et les champs de cannes sont devenus comme un terrain de jeu où, année après année, elle se surpasse : «Il faut, certes, de la force physique mais une force morale est aussi importante. Puis, il faut également avoir une dose d’amour.»

 

Coquette

 

Si on la découvre coquette au moment de la rencontre, on aurait eu bien des difficultés à la reconnaître quelques heures plus tôt. Au moment où la récolte de cannes à sucre battait son plein. Une «période de coupe» qui s’est achevée le mercredi 15 janvier, après une extension. La sexagénaire était très tôt sur son lieu de travail : «Je me réveille à 3 h 30.» Chapeau vissée sur la tête, bottes aux pieds, gants enfilés et faucille en main, Ellizenda est toujours fidèle au poste. En plein soleil, qu’il vente ou qu’il pleuve, elle répond toujours présente, avec sa détermination et ses outils.

 

Et comme elle adore dépasser ses limites, Ellizenda, dont le rythme de vie est réglé comme du papier à musique au moment de la coupe – réveil très tôt avant le lever du soleil, un peu de ménage avant de se préparer pour aller bosser aux aurores –, se fait un devoir de pédaler de chez elle jusqu’à Ferney depuis plusieurs années : «J’aime cela et ça fait maintenant partie de ma routine.» Et comme si cela ne lui suffisait pas, elle se fait aussi un point d’honneur, chaque après-midi, à aller «pous pwa» dans une salle de gym : «Cela contribue à mon équilibre.»

 

Refermant cette parenthèse où elle a mis le doigt sur son besoin de veiller à ses conditions physiques, la sexagénaire nous entraîne à nouveau au cœur des champs de cannes où elle maîtrise aujourd’hui chaque geste, connaît presque chaque parcelle des terrains sur lesquels elle travaille et est habituée aux différentes étapes et aux divers processus de son travail : le dépaillage, la coupe, le désherbage, le nettoyage ou encore le chargement «en paquets sur la tête et sous les bras».

 

Gagne-pain

 

De la fierté dans les yeux, son gagne-pain, elle l’obtient à la sueur de son front : «Je n’ai jamais eu honte de ce que je fais. Je me suis retrouvée à un certain moment toute seule à devoir élever mes enfants. Ça a été difficile, pénible même, mais je ne me suis jamais défilée. J’avais des responsabilités, des enfants à élever, une maison à faire tourner, des engagements à respecter et j’ai tenu bon», dit celle qui carbure à la force et au courage, et qui n’a pas froid aux yeux. «En sus de mon travail, je devais aussi, à l’époque, rentrer chargée de bois que j’allais utiliser pour faire du feu afin de cuisiner.»

 

Le bruit du vent qui s’infiltre entre les cannes, le coup de la faucille et des haches, et le bruissement de la paille au sol une fois coupée, résonnent à ses oreilles comme une douce mélodie qui l’a accompagnée tout au long de sa vie. «C’est vrai qu’on parle particulièrement de ce métier comme d’un domaine fait pour les hommes, c’est vrai qu’il faut se réveiller très tôt et que c’est particulièrement pénible en hiver, c’est vrai qu’il faut faire usage de la force, de ses muscles et faire fi du mauvais temps. Mais quand on est appliqué et surtout quand on aime ce qu’on fait, tout est possible. La preuve : je suis restée toutes ces années et j’ai toujours été irréprochable dans ce que je fais. Et pour moi, je m’occupe des cannes comme si c’était mes enfants, en leur donnant tout ce qu’il faut, notamment beaucoup d’amour…» 

 

Bien que son métier soit dur, Ellizenda dit aimer donner de sa personne pour un travail qui a aidé à façonner Maurice : «C’est vrai que le travail est contraignant mais je dois dire que je suis très fière de mon parcours. Ce métier m’a permis de nourrir ma famille et de lui donner une éducation. Quand je regarde tout le chemin que j’ai fait, je suis heureuse d’avoir tenu bon.» Bien que les machines, confie-t-elle, gagnent du terrain et que la mécanisation s’installe à tous les niveaux, elle défend son métier : «Une machine ne pourra jamais égaler l’homme. Les coupeurs de cannes, bien que de plus en plus rares car les jeunes refusent d’exercer cette profession, sont en action partout, sur des terrains plats ou sur d’autres plus en pente ou rocailleux, là où les machines ne peuvent pas se rendre.» Mais elle est consciente que cela pourrait changer un jour : «Tout peut arriver avec la modernisation.»

 

Jusqu’à quand compte-t-ellecontinuer à travailler ? «Je le ferai tant qu’on aura besoin de moi et tant que j’aurai la force de le faire. Mais on va dire que je me donne jusqu’à l’âge de 65 ans. Pour après, on verra.» Ses enfants ne cachent pas leur admiration pour ce petit bout de femme à l’énergie débordante. «On ne sait pas comment elle fait. Elle ne se plaint jamais et je me demande toujours comment elle a fait, seule, avec un travail aussi difficile et avec un seul salaire», confie Terry, la benjamine de la famille.

 

Et c’est son quotidien depuis plus de 30 ans déjà. Car, chapeau sur la tête, bottes aux pieds, gants enfilés et faucille en main, en plein soleil, qu’il vente ou qu’il pleuve, elle est toujours d’attaque, fidèle à son poste dans les champs… Là où elle assume pleinement sa vie de coupeuse de cannes…