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L’ICAC ou le bouclier du Premier ministre

Tout ça pour ça ! On aura donc attendu huit longues semaines pour découvrir que les séances parlementaires se suivent et se ressembleront, tant qu’elles seront présidées par un speaker qui a fait du mot withdraw sa marque de fabrique quand il ne frise pas le grotesque avec une gestion faite de suspensions, d’expulsions, de sanctions infantilisant non seulement les locataires du temple du peuple mais aussi une population qui assiste en direct à ses grossières gesticulations et autres cris inutiles.

 

Mais au-delà de ces scènes pathétiques dont on a eu droit lors de la reprise parlementaire mardi dernier, au-delà de cette (ridicule) forme dont on se serait bien passé, reste le fond de cette séance, qui est la position incompréhensible du Premier ministre qui avait une occasion en or pour jeter un éclairage sur toutes les zones d’ombre entourant la polémique qu'est devenue l’affaire Angus Road.

 

En choisissant le mutisme, en refusant de répondre à la PNQ du leader de l’opposition qui, tenace, n'a rien lâché malgré les provocations (le Premier ministre est allé jusqu’à lui faire une remarque sur son frère qui occupe le poste de DPP), le chef du gouvernement rend sonore la question de Boolell : «Est-il coupable de son silence ?»

 

Ainsi donc, au lieu de mettre fin aux soupçons, au lieu de faire taire les graves allégations qui tournent autour de l’achat d’un terrain et de transactions financières d’une vingtaine de millions, voilà que le Premier ministre se sert du bouclier ICAC et nous sort la réponse commode qu’il ne peut commenter car il y a une enquête en cours. À croire qu’il commettrait une grave infraction s’il avait donné sa version des faits sur une question d’intérêt public. À croire que l’ICAC – qui, en plus, enquête sur ce dossier depuis environ sept ans – pourrait priver Pravind Jugnauth du droit de laver son honneur ! Que le chef du gouvernement s'en va-t-en guerre contre son ancien ministre Bhadain – qui avait lâché la bombe Angus Road lors d'un meeting public – est une chose. Que le chef du gouvernement utilise l’arsenal juridique, s’il se sent diffamé, est aussi dans l’ordre des choses. Mais qu’il refuse de donner des réponses à la question du leader de l’opposition – autour d’une plainte alléguée de corruption – amplifie davantage les doutes et provoque des interrogations de la part d’un public avide de transparence.

 

Pourtant, c’est le Premier ministre lui-même qui, le 27 octobre, déclarait aux journalistes qui l’interrogeaient sur cette affaire : «Nek atann zot pou gete. Zot nek fer tout sort kalite alegasion. Rakont tout sort kalite foste. Dir ninport kwa (...) Me atann ! Atann ! Mo pe fer tou pou rasanble tou bann eleman ki bizin, ek le moman venu, dimounn pou trouve.»

 

Quinze jours plus tard, la réaction du chef du gouvernement au Parlement laisse penser que tous les éléments ne sont toujours pas réunis. Ce qui provoque davantage de suspicion, l’opinion publique se demandant s’il est aussi compliqué de réunir ce genre de documents et de justificatifs. Le 30 octobre, c'est l'organisation Transparency Mauritius qui, à travers son directeur, Rajen Bablee, demandait, dans les colonnes de l'express, au Premier ministre, de dissiper tous les doutes dans cette histoire. Et hier, en conférence de presse, le leader du MMM a rajouté une couche sur les allégations tandis que Ramgoolam, de son côté, a appelé à la démission du Premier ministre. C’est dire à quel point, il serait dans l’intérêt même de Pravind Jugnauth, d’apporter des éclaircissements au lieu de nous dire : «Nek atann !»

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