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Sinatambou : La chute

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L’ex-ministre des Télécommunications était considéré comme «un grand espoir du Parti Travailliste.»

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Étienne et Manisha Sinatambou se sont mariés le 6 septembre dernier en l’église St Andrews à Quatre-Bornes.

Un lauréat, détenteur de nombreux diplômes, qui devient ministre à l’âge de 42 ans. Une vraie success story ! Mais qui a vite fait de tourner au cauchemar pour l’homme politique. Révoqué de ses fonctions ministérielles, il est aujourd’hui accusé de maltraitance par sa femme.

Rien ne va plus pour l’ex-ministre. Et ce, depuis quelque temps. Mais, cette semaine, ce sont les allégations de son épouse, Manisha, 25 ans, qui remettent Étienne Sinatambou, 46 ans, sous les feux des projecteurs. Dans une déposition, dans la soirée du jeudi 22 janvier, elle affirme que son mari l’aurait brutalisée. Difficile de ne pas faire le lien, selon certains, avec la «mauvaise réputation» dont le notaire serait affublé. Il se chuchote qu’il aurait eu des mouvements d’humeur envers ses collaborateurs. Comportement qui ne serait pas étranger à sa révocation en tant que ministre des Télécommunications. En tout cas, celui que beaucoup qualifient de «brillant», ne s’est jamais prononcé sur ces allégations.

Mais aujourd’hui, face à l’ampleur que prend cette affaire de violence conjugale alléguée dont il serait responsable, Étienne Sinatambou, divorcé de sa première épouse et papa d’un adolescent, sort de son mutisme. Il déclare en fin de semaine sur Radio One : «Je regrette ces incidents. J’aime ma femme.» Manisha, née Bissoon et mariée au Deputy Speaker depuis le 6 septembre 2008, elle, ne souhaite pas faire de commentaire. Son avocate, Me Radha Gungaloo, non plus : «C’est une consigne de ma cliente.» Contactées au téléphone, la mère et la sœur de la jeune femme n’ont pas voulu non plus faire de déclarations.

Selon un proche, ces dernières seraient toujours sous le choc. Surtout Meera Bissoon, mère de la présumée victime. C’est grâce à elle que le couple s’était rencontré en 2003. Elle était agent du politicien – pendant les élections de 2000 et de 2005 – et aurait demandé à ce dernier de trouver un job pour sa fille dans le cabinet de notaire de son père. Manisha venait alors de finir ses études au collège de Lorette de Port-Louis. De plus, Meera Bissoon aurait assisté à toute la scène, jeudi…

Tout aurait commencé après une dispute entre les deux jeunes, mariés le 22 janvier dans la matinée. Manisha se serait, alors, réfugiée chez son père sans que son époux ne soit au courant. Plus tard, en fin d’après-midi, Étienne Sinatambou, qui habite Curepipe, se serait rendu au domicile de son beau-père à Vacoas pour demander des explications à son épouse, selon une source policière. Lors de la discussion, il se serait énervé et aurait frappé sa femme. Dans la soirée – dans la déposition qu’elle a consignée au poste de police de la ville – Manisha aurait indiqué aux enquêteurs que son époux avait été très violent envers elle.

Toujours selon notre source policière, cette dernière a des «scratch marks at the elbow», c’est-à-dire des égratignures aux coudes. De plus, d’après notre interlocuteur, elle serait déboussolée et aurait pleuré. Le père de la jeune femme a également porté plainte contre l’ex-ministre car ce dernier l’aurait insulté. Une enquête policière a été ouverte. La jeune femme bénéficie, pour le moment, d’un Protection Order intérimaire, après son passage en cour de Curepipe, le matin du vendredi 23 janvier. Celui-ci devrait – ou pas – devenir permanent le 2 février. Ce sera le jour de la confrontation entre les deux époux en cour.

En attendant le dénouement de cette histoire d’amour qui aurait viré au drame, les proches de l’ex-ministre s’inquiètent pour l’avenir politique de ce dernier : «Cette histoire va le poursuivre», confie l’un d’eux. Et dire qu’il y a quelques mois, Étienne Sinatambou était l’un des plus jeunes ministres du gouvernement de l’Alliance sociale, «un grand espoir du Parti travailliste», selon un autre proche. Il avait été même nommé, en 2007, Top Minister lors de l’African ICT Awards at the Gender and Media Organization for Excellence in Information and Communication Technology (ICT) Journalism in Africa.

C’est en 1999 qu’Étienne Sinatambou rejoint les rangs du PTr. Dans une édition de 5-Plus dimanche de 2002, il expliquait son choix. C’était suite à un appel de Navin Ramgoolam aux Mauriciens de bonne volonté qui voulaient aider à l’avancement du pays qu’il s’était dit : «J’ai mon rôle à jouer moi aussi.» Il déclarait, alors, n’avoir pas hésité à envoyer son curriculum vitae – étalé sur cinq pages A4 – pour demander son adhésion au parti. C’est ainsi qu’il participera en 2000, dans la circonscription no 15 (La Caverne-Phœnix) à ses premières élections qu’il ne remportera pas. En 2005, c’est une tout autre histoire. Il sortira en quatrième position, le 3 juillet dans la circonscription no 16 (Vacoas-Floréal) et deviendra député grâce au Best Loser System, et par la suite ministre. À un certain moment, le Premier ministre gèlera les activités des conseils d’administration de certains corps paraétatiques tombant sous la responsabilité du ministre Sinatambou. Un signe précurseur de sa perte de grâce auprès du chef du gouvernement. Alors qu’auparavant, il était tellement dans les bonnes grâces de son patron que celui-ci l’avait envoyé à la télé pour défendre la Prevention of Terrorism Act.

Mais en 2008, le Premier ministre procède a un remaniement ministériel et le samedi 13 septembre, lors de la prestation de serment au château de Réduit pour les nouveaux membres du cabinet, la nouvelle tombe : Étienne Sinatambou n’assumera plus les fonctions de ministre. Il sera désormais Deputy Speaker. Un poste moins prestigieux pour celui que le Premier ministre qualifie de «très intelligent».

Selon une source bien informée, c’est Navin Ramgoolam lui-même qui aurait commandé un rapport sur le comportement de l’ex-ministre. Et ce serait suite à cela qu’il aurait décidé de révoquer du conseil des ministres l’ancien secrétaire général du PTr. À cette époque, la presse fait état de nombreux conflits entre Étienne Sinatambou – fils du notaire Georges Sinatambou et de Claire Chantal – et ses gardes du corps, ses chauffeurs et ses autres collaborateurs au niveau de son ministère. Des histoires circulent. Certains des 14 bodyguards, membres de la Very Important Persons Security Unit (VIPSU) de la police qui ont défilé à son service, parlent de son «mauvais caractère.» Un chauffeur, «à bout», l’aurait même laissé en plan à proximité d’un hypermarché des hautes Plaines-Wilhems.

Pour d’autres, Étienne Sinatambou ne serait «pas méchant», comme le prétendent certaines «mauvaises langues», mais simplement «impulsif». Il l’aurait toujours été, selon quelqu’un qui le connaît bien. Même pendant ses années au Collège Royal de Curepipe : «C’est vrai qu’il était un peu mauvais joueur. Mais il adorait faire la fête et avoir des amis», souligne un proche. À l’époque, on le connaissait sous le nom de «Zorey» : «Ce qui est sûr, c’est qu’il sortait du lot. Il était très intelligent.»

L’homme politique est lauréat en 1984. Il obtient la State of Mauritius Scholarship, Arts side. Ce jour-là, raconte un proche,il aurait même été victime d’un accident de la route. La même année, il reçoit le premier prix de supériorité en terminale au concours de l’Alliance française. Il obtiendra, durant les années suivantes, son diplôme en droit à l’université d’Oxford et sa spécialisation, à la Sorbonne, en droit de l’environnement. Il sera même nommé Associate Research Fellow à l’Institute of Advanced Legal Studies à l’université de Londres. Il sera avocat à Maurice puis prêtera serment, après de nouvelles études, comme notaire.

Un parcours professionnel bien rempli. Mais cela suffira-t-il à lui garantir un futur au sein de l’Alliance sociale ? Difficile à dire. Mais, ce qui est sûr, pour l’instant, c’est que rien ne va plus pour l’ex-ministre ! Certains hiérarques rouges se demandent s’il aura l’investiture de leur parti aux prochaines législatives.

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Sheila Bappoo : «Le GM condamne toute agression envers les femmes»

Elle ne donnera pas de détails sur l’affaire. La ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, affirme simplement : «Comme tout le monde, j’en ai entendu parler à la radio et dans la presse. Je n’entre pas dans la vie privée d’Étienne Sinatambou.» La politicienne assure la suppléance au ministère de la Femme en ce moment car Indranee Seebun est «en mission». De plus, elle est présidente de l’aile féminine du Parti travailliste. Néanmoins, elle tient à préciser que l’Alliance sociale est très engagée dans la lutte contre la violence conjugale : «Le GM condamne toute agression envers les femmes. C’est le gouvernement de Navin Ramgoolam qui a proposé une loi protégeant celles-ci de la violence domestique, la Protection from Domestic Violence Act. C’était en 1997. De plus, nous avons signé la Convention des États-Unis visant à condamner toutes les agressions que subissent les femmes.» Sheila Bappoo a tenu à ajouter que : «Comme dans toutes les affaires de violence conjugale alléguée, l’affaire a été prise en charge par le Family Support Bureau.»

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Trois questions à…

Ambal Jeanne, présidente de SOS Femmes

Une réaction de SOS Femmes suite aux allégations de violence conjugale contre l’ex-ministre Étienne Sinatambou ?

Nous condamnons tous les cas de brutalités envers la femme. Surtout quand le présumé agresseur est quelqu’un qui fait partie du gouvernement, des instances de décision et qui est supposé maintenir l’ordre au sein du Parlement. Il devrait donner le bon exemple comme tous les autres dirigeants.

Si ce cas est prouvé, cela voudrait souligner, une fois de plus, que la violence conjugale n’est pas propre aux femmes venant de milieux défavorisés ?

Bien sûr. Les femmes qui se font agresser par leur conjoint viennent de toutes les classes sociales et de toutes les communautés. C’est un vrai problème de société.

Est-ce que ce sujet est toujours tabou ?

Oui, mais moins. Au centre, nous voyons de plus en plus de jeunes femmes. Elles acceptent bien moins de subir les coups de leur conjoint que leur mère, par exemple. C’est le point positif de nos nombreuses campagnes. Les compagnes violentées ont compris qu’elles ne devraient pas avoir honte. C’est à l’agresseur de se sentir mal.

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La loi sur la protection contre la violence domestique

C’est en mai 1997 que le gouvernement de l’époque, dirigé par Navin Ramgoolam avec Indira Sidaya comme ministre de la Femme, a voté la Protection from Domestic Violence Act. Cette loi a été proclamée en partie en août 1997, puis dans son intégralités le 8 mars 1998. La violence domestique s’exprime à travers différentes formes d’abus commis par une personne contre son conjoint ou l’enfant de ce dernier. Toute personne ne respectant pas la loi est passible d’une amende ne dépassant pas Rs 10 000 et une peine d’emprisonnement ne dépassant pas deux ans. Il est interdit de vouloir causer volontairement ou essayer de causer des sévices corporels, de placer volontairement ou essayer de placer le conjoint ou un enfant dans la crainte d’agression. L’intimidation, le harcèlement, la maltraitance, la brutalité ou la cruauté à l’égard du conjoint ou de l’enfant de ce dernier sont également punissables de même qu’obliger ce/s dernier/s par la force ou la menace à s’engager dans un acte sexuel ou autre dont le conjoint a le droit de s’abstenir. Enfermer ou retenir le conjoint contre son gré et tout tort ou menace de nuire à l’enfant du conjoint sont aussi interdits de même qu’endommager ou essayer d’endommager la propriété du conjoint.

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