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Une chance appelée Projet Employabilité Jeunes

Mirella Gontran est Assistant Cook au Royal Palm Hôtel.

Elles sont passées par le programme de formation du PEJ. Aujourd’hui, Mirella et Melissa encadrent à leur tour des jeunes en formation. Rencontre avec deux femmes déterminées qui prouvent qu’on peut réussir même si l’on n’est pas doué à l’école.

Royal Palm. Grand-Baie. Toque sur la tête, tablier serré autour de la taille, Mirella Gontran s’applique à réaliser ses hors-d’œuvre avec toute la concentration que cet exercice requiert. Ici, dans cette cuisine professionnelle, elle est comme un poisson dans l’eau. C’est là, derrière les fourneaux, qu’elle se sent le mieux. Depuis son arrivée dans cet hôtel de prestige, la carrière de la jeune femme n’a eu de cesse d’évoluer. Aujourd’hui Assistant Cook et responsable de la section des hors-d’œuvre, elle inspire respect et admiration, malgré son jeune âge et sa jeune carrière. Il faut dire qu’à seulement 23 ans, Mirella Gontran a derrière elle un parcours atypique. «J’ai arrêté l’école en Form 4 (Grade 10). Ce que j’aimais, c’était la cuisine. Je me suis mise à travailler dans un petit resto pendant quelque temps et puis, ma sœur a entendu parler du PEJ.»

 

Le Projet Employabilité Jeunes (PEJ) est un programme de formation et d’intégration mis en place par la Fondation Espoir Développement (FED) du groupe Beachcomber et qui est destiné aux jeunes en situation d’échec scolaire. La remise de certificats de la dernière cuvée a eu lieu le jeudi 18 octobre à l’Auditorium Octave Wiehe, à Réduit. L’objectif est de prendre par la main les jeunes âgés entre 16 et 22 ans, déscolarisés et issus de milieux vulnérables, pour leur permettre d’apprendre un métier d’hôtellerie et de pouvoir, par la suite, trouver un emploi stable. Le PEJ, c’est ce que Mirella appelle sa chance. Une chance qu’elle n’a pas voulu laisser passer.

 

Consciente de l’importance de cette opportunité, Mirella s’embarque entièrement dans cette nouvelle aventure avec une idée précise en tête : emmagasiner le maximum de connaissances pour pouvoir lancer sa carrière. Assidue, elle se donne au maximum dans les cours et s’applique lors du stage d’une année qui suit la formation. «Au début, j’étais un peu stressée. C’est normal. C’est un nouveau monde et vous êtes toute petite face aux grands chefs. Mais petit à petit, j’ai trouvé ma place. Et puis, il faut être sérieux dans ce qu’on fait, ne pas s’absenter sans raison valable.» Sa soif de connaissance est presqu’insatiable. «On a renouvelé mon stage pour une nouvelle année et ils ont décidé de m’employer.»

 

Ce parcours, elle le sait, aurait été impossible si elle n’avait pas fait le PEJ, sa première école. «Ils m’ont accueillie à bras ouverts et ils m’ont montré comment un hôtel fonctionne, comment il faut se comporter. Je ne vais jamais oublier.» Cinq ans plus tard, Mirella Gontran est toujours aussi déterminée à faire ses preuves. Sa motivation vient aussi du fait qu’elle est, depuis trois ans, maman d’un petit garçon qui la pousse à toujours aller plus loin.

 

Grâce au Royal Palm, la jeune femme a eu l’occasion de suivre des cours de spécialisation à l’école hôtelière et a bénéficié d’une autre formation avec plusieurs chefs. Lorsqu’il y a quelques mois, l’équipe du PEJ lui propose de devenir la marraine d’un des jeunes de la formation, Mirella Gontran sent comme une bouffée d’émotion. «C’était un peu comme un signe de reconnaissance qui venait dire qu’en quelque sorte, j’avais réussi. Même si j’ai moi-même encore tellement de choses à apprendre, d’expériences à vivre. Moi, ancienne du PEJ, devenir la marraine d’un autre jeune, c’est une fierté !»

 

Ainsi, depuis trois mois, elle a pris sous son aile Nathalina qui fait partie de la dernière cuvée du PEJ. «Je partage avec elle mes techniques, mes expériences. J’essaie de lui montrer les bases du métier et de la mettre en confiance.» Avec Nathalina, Mirella est une grande sœur qui accompagne et conseille sur la voie à suivre. 

 

Prendre par la main un jeune qui passe par le même chemin que celui qu’on a emprunté. C’est cette idée d’épauler et de guider qui a convaincu Melissa Gaiqui d’accepter. Animatrice polyvalente à l’hôtel Le Canonnier, elle est la marraine de Joëlle et Carla, qui ont déjà entamé le stage qui suit la formation théorique du PEJ. Lorsqu’elle regarde dans le rétroviseur, Melissa n’est pas peu fière de son parcours. «J’ai arrêté l’école à 16 ans. Ma mère avait besoin de quelqu’un pour veiller sur mon petit frère qui était malade. J’ai donc décidé de rester à la maison pour veiller sur lui», raconte la jeune femme. Sauf qu’avec les mois qui passent, Melissa Gaiqui rêve d’autre chose. Lorsqu’elle entend parler des cours de formation du PEJ, elle décide immédiatement de tenter sa chance. «Ma famille n’avait pas forcément les moyens de me payer des cours. Pour moi, c’était une chance extraordinaire.»

 

Pendant sa formation, Melissa rencontre des jeunes qui, comme elle, ont abandonné l’école pour une raison ou pour une autre. Elle prend conscience de l’opportunité qui se présente à elle et décide de ne pas la laisser filer. Elle tombe aussi sur Steeve Mashoull, celui qui deviendra son mentor. «Très vite, j’ai eu cette envie de travailler dans l’hôtellerie et d’avoir une carrière. Le PEJ était une superbe opportunité. J’ai saisi ma chance.» Un pari réussi puisque cela fait huit ans maintenant qu’elle travaille dans ce domaine.

 

Après un passage par les hôtels Le Victoria et Trou aux Biches, elle a intégré, il y a quatre ans, l’équipe de l’hôtel Le Canonnier où elle s’occupe du Kids Club, du mini club et des animations. À ceux qui croient qu’arrêter l’école plus tôt que prévu signifie la fin, Melissa Gaiqui se veut rassurante. «Il ne faut pas abandonner, même si c’est difficile. On peut ne pas être doué académiquement mais avoir un autre talent. Il faut juste avoir un plan, une vision et tout faire pour la réaliser.»

 

Lorsqu’on lui propose de prendre sous son aile deux jeunes filles en formation, Melissa ne met pas longtemps avant d’accepter. «Mon rôle, c’est de leur montrer comment fonctionne le département, comment se comporter face aux clients, comment gérer les enfants, mettre en place des activités.» Mais au-delà des techniques de travail, il s’agit surtout, explique Melissa, de les encourager, de créer avec elles une relation de confiance pour qu’elles puissent briser leur timidité et se donner au maximum dans ce qu’elles entreprennent.

 

Joëlle et Carla, elles, prennent plaisir à découvrir, un peu plus chaque jour, le monde de l’hôtellerie. «On ne se sentait pas vraiment à notre place à l’école, c’était difficile… Mais avec le PEJ, nous avons trouvé une alternative pour réussir notre vie avec une belle carrière», soulignent-elles. C’est après tout l’essence même du PEJ.

 


 

270 jeunes reçoivent leur diplôme

 

 

Prendre par la main les jeunes exclus du système scolaire et leur redonner le goût d'apprendre. C’est le pari que s’est lancé l’équipe de la FED du groupe Beachcomber en 2001, avec le programme de PEJ. Depuis son lancement, plus de 3 000 jeunes en situation d’échec scolaire ont été formés à un métier. Le jeudi 18 octobre, 270 filles et garçons de la promotion 2018 ont reçu leur diplôme lors d’une cérémonie à l’Auditorium Octave Wiehe, entourés de leurs proches et de la direction du groupe Beachcomber.

 

La mission du PEJ est d’œuvrer pour l’intégration de ces jeunes en les formant à un métier d’hôtellerie. Cette année, un projet-pilote du National Skills Development Programme, en collaboration avec la HRDC, a été lancé. Ce partenariat a permis à 40 jeunes de suivre des cours en Production alimentaire et Bar & Restauration Services. «Le PEJ n’est pas une formation classique. Notre défi aujourd’hui est de tout faire pour rendre les cours intéressants afin de susciter l’intérêt des jeunes et les motiver à continuer. Le taux de réussite est d’environ 73 %. Au fil des années, ce qui nous rend fier, c’est de voir nos jeunes réussir et avancer», souligne Frédéric Augustin, Project Manager du PEJ.

 

Le Chief Executive Officer du groupe Beachcomber, Gilbert Espitalier-Noël, a, lui, rappelé l’importance de cet engagement. «Beachcomber a un engagement sociétal et environnemental très fort mais le PEJ est clairement une de nos plus grandes fiertés. Ce programme permet aux jeunes de prendre un nouveau départ dans la vie.» Mais aussi de les aspirer à faire carrière au plus haut niveau de l’hôtellerie.