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Not A Number : croire en une seconde chance

Services de réinsertion des détenus, projets pour les jeunes axés sur le développement personnel et le conseil professionnel, Capacity Building Training pour les organisations. L’ONG Not A Number travaille auprès de ceux qui doivent purger une peine d’emprisonnement afin qu’ils puissent, une fois dehors, retrouver leur place dans la société. 

Preetee Gopaul : le visage derrière Not A Number

 

Elle est la cofondatrice et la directrice de l’association. Preetee Gopaul a imaginé Not A Number après une étude de recherche menée au Correctional Youth Centre (CYC) en 2012. Passionnée par le travail qu’elle fait, la jeune femme a derrière elle un parcours riche en expériences. «Après mes études scolaires, j'ai choisi d'aller à l'université, à Londres. J'ai vécu, étudié et travaillé à Londres pendant plus de 10 ans. J'ai une licence en criminologie de l'Université de Greenwich et une maîtrise en Crime Science de l’UCL. J'ai fait du bénévolat et j’ai travaillé principalement dans le secteur de la justice pénale. L'un de mes rôles était celui de Functional Skills Trainer aidant les jeunes à risque de délinquance et mon dernier, avant de revenir à Maurice, était celui de Careers Adviser dans les prisons anglaises.»

 

De passage à Maurice, l’étude qu’elle mène au CYC la convainc qu’elle peut contribuer à améliorer le système en mettant en place des projets de réinsertion pour les jeunes contrevenants, que ce soit avant ou après leur sortie du centre de détention. L’idée de mettre quelque chose de concret en place germe dans son esprit. Son collaborateur, Michael Mumm, qui la rejoint dans ce projet, et elle, ainsi qu’une petite équipe, fondent Not A Number en 2017. «C’était un groupe de personnes qui croyaient aux secondes chances et que les êtres humains ont la capacité de changer. Nous avons commencé par de petites initiatives avant même la création de l'ONG. Nous avons envoyé des livres pour les bibliothèques pénitentiaires en 2015 quand nous étions toujours à Londres et avons dispensé une formation au personnel pénitentiaire en 2016 quand nous sommes arrivés ici. Ces petites initiatives étaient une démonstration de notre engagement à donner vie à d’autres projets à Maurice.»

 

Un projet d’autonomisation communautaire

 

Sécurité. Collaboration. Innovation. Voilà les trois points essentiels dans le travail qu’accomplit l’équipe de Not A Number auprès des détenus. La vision de l’ONG est la création d’un monde plus sécurisé, avec un environnement optimal qui permettrait à chaque être humain de découvrir son plein potentiel et de s’épanouir. Auprès des bénéficiaires, Preetee Gopaul et son équipe ont pour mission de mettre en place des projets et des activités innovants qui favorisent la réintégration et l’autonomisation communautaire. «Nous créons et exécutons à l’aide d’outils et de ressources qui visent à améliorer le travail déjà en cours dans le secteur de la justice pénale, des projets axés sur la prévention du crime et la réintégration des détenus dans la société. Pour cela, nous fournissons une plateforme qui rassemble la variété des parties prenantes impliquées dans la réduction du crime par le biais d'événements innovants, de formations et d'initiatives collaboratives. Nous utilisons cette plateforme pour faire avancer le dialogue, le débat et la poursuite des pratiques exemplaires.»

 

L’association travaille principalement sur deux projets, Brick by Brick et Inspir Mwa. Si le premier est une formation aux métiers de la construction, l’autre est un programme qui permet aux jeunes de découvrir leurs aspirations, d'apprendre à développer des objectifs, d’identifier les obstacles à surmonter et de travailler à la création d’un avenir meilleur.

 

Pour une meilleure réintégration

 

Brick by Brick… pas à pas. C’est le nom d’un programme de formation à la construction que propose Not A Number aux détenus de la prison de Petit-Verger et de la prison de Rodrigues pendant leur détention mais aussi après leur libération. Ils sont 30 à avoir participé à cette formation à Maurice comme à Rodrigues. 12 d’entre eux ont obtenu un travail à leur libération. «Pendant que les participants suivent une formation professionnelle structurée, nous avons également intégré un soutien continu contribuant à leur réintégration individuelle et en groupe. Au fur et à mesure que les participants acquièrent des compétences en construction, ils apprennent également à développer des compétences en employabilité et bénéficient de séances individuelles avec un accompagnateur en préparation de leur sortie de prison. Ils sont suivis tout au long de leur parcours avant et après leur libération», explique Preetee Gopaul.

 

Une fois prêts à sortir, les participants ont la possibilité de rencontrer des employeurs potentiels afin d’obtenir un emploi une fois libérés. Le service de réintégration, poursuit notre interlocutrice, se concentre principalement sur deux parcours : la formation et l’emploi. «Dès les premières étapes du programme, une évaluation approfondie est faite sur leurs besoins et les obstacles qui pourraient nuire à leur réintégration. L’accompagnateur les aide à créer un action plan élaboré et des bilans réguliers au niveau de leur progrès sont faits pendant la durée du projet. Les facteurs criminogènes sont traités autant que possible en fonction de la durée du projet et du travail fait en partenariat avec d’autres organisations.»

 

En effet, la collaboration entre les services pénitentiaires et communautaires, les ONG et le gouvernement est une condition sine qua none à la bonne marche du projet. «Le travail en partenariat est essentiel à la réinsertion sociale des ex-détenus. Il nous faut une approche multipartite. Cette collaboration est ce qui permet une réinsertion plus efficace des détenus et ex-détenus. Ce n’est pas seulement au Mauritius Prison Service de fournir des services de réintégration. Il nous faut comprendre que c’est aussi notre responsabilité en tant que communauté de jouer notre rôle pour assurer la sécurité de notre société.»

 

Un engagement essentiel

 

Si Maurice, classée en 23e position au Global Peace Index 2020, est considéré comme un pays plus ou moins sécurisé, le taux de criminalité, estime Preetee Gopaul, doit être considéré avec précaution. «En examinant de plus près les statistiques, sur la base d'un rapport de 2020 réalisé par l’International Centre for Prison Studies sur la population carcérale mondiale, dans des pays à forte population tels que la Norvège, le Royaume-Uni et la France, les taux d'emprisonnement sont respectivement de 49, 130 et 90 par 100 000 habitants. À Maurice, ce taux est de 199 et la taille de la population est d’environ 1,29 million par rapport à ces autres pays avec des tailles de population plus élevées. Le rapport Crime, Justice and Security Statistics 2019 indique que “hors de 3 898 adultes condamnés et admis en prison en 2019, 69.2 % étaient des récidivistes qui avaient été incarcérés dans le passé”. Ce taux de récidive élevé démontre qu'il y a un besoin pour un système de réintégration plus efficace.»

 

De plus, souligne la spécialiste, le Mauritius Prison Service Strategic Plan 2013 – 2023 a révélé «qu’il y a un manque de programmes de réintégration fondés sur des données factuelles et qui ciblent les facteurs criminogènes des détenus adultes». Plusieurs éléments nuisent à la réinsertion adéquate des ex-détenus. Par exemple, le manque de soutien et de suivi. L’absence de logement et le manque d’ouverture d’emploi. «De plus, devoir divulguer les condamnations pénales aux employeurs réduit les chances d'un ex-détenu d'être embauché. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles une personne commet une infraction et il existe également de nombreux facteurs qui influencent la décision d'un ex-détenu de commettre à nouveau une infraction. Atténuer ces facteurs et permettre aux détenus et ex-détenus d'entreprendre leur parcours de réintégration à l'intérieur comme à l'extérieur des prisons, cela peut réduire les risques de récidive. Un taux de récidive plus faible signifie un taux de criminalité global plus faible. Moins de crimes commis signifient moins de victimes et une communauté plus sécurisée à long terme.»